Bye-bye, grippe!

Malgré un programme de vaccination gratuit pour certaines tranches de la population plus vulnérables, le vaccin annuel est loin d’être administré à une majorité de gens.
Photo: Annik MH de Carufel Archives Le Devoir Malgré un programme de vaccination gratuit pour certaines tranches de la population plus vulnérables, le vaccin annuel est loin d’être administré à une majorité de gens.

Les campagnes de vaccination contre la grippe battent leur plein au Québec. Si cette protection annuelle est un mal nécessaire pour les populations à risque, il y a cependant une lueur d’espoir : on pourrait en finir une fois pour toutes avec le virus de l’influenza. Grâce au vaccin universel, cette possibilité semble plus près de la science que de la fiction.

Chaque automne, c’est la même chose. Un ennemi dont on se passerait bien fait son apparition en même temps que la chute des feuilles : la grippe. On peut tenter de s’en protéger avec le vaccin saisonnier, mais avec des taux d’efficacité oscillant entre 0 % et 60 %, des doutes s’élèvent sur l’utilité de cette injection annuelle.

Tous les ans, dès janvier, les épidémiologistes de l’Organisation mondiale de la santé font leurs prédictions. Quelles seront les souches d’influenza en circulation sur la planète cette année ? Une fois que la ou les souches ont été sélectionnées, il faut compter entre six et huit mois avant que le vaccin ne soit prêt à être injecté. Autant dire une éternité dans le monde viral.

« Pendant cette période, les souches continuent à circuler et à muter. Souvent, on arrive à l’automne avec un vaccin qui n’est pas efficace parce que le virus s’est modifié en cours de route », explique Denis Leclerc, infectiologue et professeur à l’Université Laval. Les voyages internationaux et les nombreux contacts avec les animaux ne font qu’accélérer la mutation du virus.

Cette vulnérabilité s’est confirmée lors de la pandémie d’influenza A (H1N1) en 2009. Au lendemain de cet épisode pandémique, qui a nécessité l’hospitalisation de plus de 3000 personnes et entraîné une centaine de décès, les constats ont été brutaux pour les autorités de santé publique. Incapables de fournir assez de doses à temps, les campagnes de vaccination ont débuté alors que la pandémie était déjà chose du passé dans certains pays.

Une nouvelle solution s’imposait, et vite ! Certains laboratoires américains se sont attaqués à la vitesse de fabrication du vaccin afin d’arriver à isoler le virus en moins de deux mois. En cas de pandémie, les personnes à risque pourraient donc obtenir une protection rapidement.

Mais l’objectif ultime des chercheurs ne réside pas là. Pour eux, c’est le vaccin universel qui signerait l’arrêt de mort de l’influenza. Plutôt que cibler les structures mutantes du virus, pourquoi ne pas s’attaquer à certaines protéines qui demeurent constantes dans toutes les souches ?

« Pour tous les autres vaccins, on reçoit une seule dose ou quelques doses au cours de notre existence. Pourquoi ne pourrait-on pas avoir la même chose pour la grippe ? » demande le Dr Leclerc.

En effet, ce vaccin universel serait efficace pendant plusieurs années, voire toute la vie. Surtout, il protégerait contre les pandémies.

Un adversaire inoubliable

Le corps humain est une machine habilement perfectionnée. Une personne en bonne santé réussira à combattre le virus de l’influenza sans intervention pharmaceutique. Son système immunitaire déploiera l’artillerie lourde nécessaire pour éliminer les réservoirs d’infection. Ce qu’il cible, ce sont les structures stables de la grippe, celles qui sont constantes malgré toutes les mutations du virus. Il ne risque pas d’oublier de sitôt un adversaire aussi tenace. Grâce à sa mémoire immunitaire, il le reconnaîtra même si le virus réapparaît sous une autre souche.

Souvent, on arrive à l’automne avec un vaccin qui n’est pas efficace parce que le virus s’est modifié en cours de route

C’est sur cette capacité que se base le vaccin universel auquel travaille Denis Leclerc : « La qualité de la réponse immunitaire qu’on obtient après avoir guéri d’une infection virale est supérieure à celle obtenue par le vaccin saisonnier contre la grippe. Évidemment, pour protéger les gens, on ne peut pas tous les infecter de la grippe. Ce serait impensable. »

Il faut donc fabriquer un vaccin qui génère la même réaction qu’une infection virale, mais de façon sécuritaire. Toutefois, notre système de défense n’est pas infaillible et il en vient à ne plus reconnaître le virus qu’il a affronté lors d’une lutte acharnée. On ignore après combien de temps il devient amnésique. Grâce à des tests en laboratoire, on a néanmoins réussi à induire une réponse immunitaire chez la souris qui a duré toute la vie chez l’animal.

Le professeur au Département de microbiologie-infectiologie et d’immunologie de l’Université Laval est tellement convaincu de cette avenue qu’il a mis sur pied une entreprise, Folia Biotech, consacrée à cette révolution vaccinale.

Un gain de popularité

Malgré un programme de vaccination gratuit pour certaines tranches de la population plus vulnérables, le vaccin annuel est loin d’être administré à une majorité de gens.

Selon l’Institut national de santé publique du Québec, lors de la campagne 2017-2018, à peine le tiers des parents avaient fait vacciner leurs enfants âgés de 6 à 23 mois, même si ces derniers ont un risque élevé de complications. Même chose pour les personnes atteintes de maladies chroniques qui se sont prévalues de la couverture vaccinale (39 %).

Les personnes âgées de 65 ans et plus semblent prendre le virus au sérieux puisqu’un peu plus de la moitié d’entre elles ont profité de la protection contre la grippe saisonnière. Heureusement, car elles sont particulièrement vulnérables, le système immunitaire ayant tendance à perdre en efficacité avec l’âge.

« Le concept de la vaccination, c’est d’accepter un traitement médical alors que nous sommes en bonne santé dans le but de prévenir une maladie. Ce n’est pas évident à saisir pour les gens », admet le Dr Leclerc. Il croit qu’un vaccin universel d’une ou de quelques doses s’avérera plus attrayant qu’un vaccin à renouveler chaque automne.