Les malades chroniques sont doublement victimes de la crise des opioïdes

Plusieurs malades chroniques doivent prendre des opioïdes, dans un contexte de crise face à ces médicaments prisés des toxicomanes.
Photo: Sue Ogrocki Archives Associated Press Plusieurs malades chroniques doivent prendre des opioïdes, dans un contexte de crise face à ces médicaments prisés des toxicomanes.

Malgré la crise, les opioïdes sont des médicaments utiles s’ils sont bien administrés avec le suivi médical requis, plaide l’Association québécoise de la douleur chronique (AQDC).

L’association entend profiter de la Semaine nationale de la douleur chronique, qui se déroule du 3 au 9 novembre, pour sensibiliser la population à une situation qui touche de nombreux Québécois.

L’initiative vise à contrer la « stigmatisation » des malades chroniques, qui doivent prendre des opioïdes, dans un contexte de crise face à ces médicaments prisés des toxicomanes au pays et auxquels sont attribués plusieurs décès.

En entrevue à La Presse canadienne, la directrice de la Clinique antidouleur du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM), la docteure Aline Boulanger, souligne que la crise des opioïdes a non seulement fait peur aux patients, mais aussi aux médecins.

« La crise entourant actuellement l’usage des opioïdes et les décès qui sont survenus au cours des dernières années ont amené un sentiment de crainte et de culpabilité pour des patients souffrant de maladies chroniques, explique Dre Boulanger. Pour certains patients, c’est devenu tabou, un secret dont il ne faut pas trop parler parce qu’on va être jugés comme étant des toxicomanes. »

Si le mot « opioïde » peut faire peur à des patients, ce qui est plus inquiétant c’est que Mme Boulanger constate qu’il fait peur aussi à des médecins.

« Il y a aussi des médecins qui ont fait le choix de ne plus en prescrire ou même d’essayer de réduire les doses ou de sevrer les patients qui en prenaient. Il est clair que la crise elle-même a causé certaines problématiques », selon la directrice de la Clinique antidouleur du CHUM.

La docteure Boulanger, qui est aussi anesthésiste et membre de l’AQDC, explique que bien des patients souffrant de maladies chroniques faisaient déjà l’objet d’incompréhension de la part de leur employeur ou de leur entourage, étant parfois perçus comme étant « faibles » dans leur tolérance à la douleur. Selon elle, les douleurs chroniques ne sont pas nécessairement bien vues dans notre société.

La campagne de sensibilisation de l’AQDC vise donc à démontrer pourquoi les gens souffrent en silence, mais aussi à briser ce moule.

Pour certains patients, [utiliser des opioïdes] est devenu tabou, un secret dont il ne faut pas trop parler parce qu’on va être jugés comme étant des toxicomanes.

 

« Dépendamment des études, il est estimé que 30 à 50 % des gens qui ont des douleurs chroniques vont présenter un état dépressif. Évidemment, ce ne sont pas tous ces patients qui vont avoir des pensées suicidaires ou vont même considérer le suicide », dit Aline Boulanger.

Elle souligne aussi que la douleur chronique entraîne aussi son lot de malheurs et de multiples deuils pour l’individu.

« Sa vie est complètement chamboulée. Il y a l’emploi qui ne sera plus possible et des craintes face à l’argent qui ne rentre plus à la maison. La personne ne peut plus faire les activités quotidiennes qu’elle faisait. Elle ne peut plus s’amuser avec les enfants, sortir avec la famille alors ça crée chez les patients atteints tout un bouleversement. »

Selon les estimations de l’AQDC, plus de 1,5 million de Québécois souffrent de douleur chronique au Québec, soit 20 % de la population. L’association arrive à cette conclusion en appliquant le pourcentage de 20 %, selon diverses études au pays, à la population totale du Québec.

La campagne se déploiera sur le web, dans certains abribus à Montréal et à la radio dans les grands centres et en région.

« Ce ne sont pas tous les patients souffrants chroniques qui ont besoin d’opioïdes et qui en consomment », prévient Dre Boulanger. Toutefois, elle rappelle que « lorsque les choses usuelles échouent ou ne sont pas disponibles, les opioïdes demeurent un choix tout à fait acceptable, tout à fait légitime, mais il faut que ce soit encadré avec des gens bien formés. »