Liquides de vapotage: des ingrédients aromatisants non testés, dit Santé Canada

<p>Le ministère fédéral s’attend à ce que de « nombreux » produits de vapotage actuellement disponibles en magasin n’aient pas été testés pour cet usage.</p>
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Le ministère fédéral s’attend à ce que de « nombreux » produits de vapotage actuellement disponibles en magasin n’aient pas été testés pour cet usage.

Les ingrédients utilisés pour aromatiser les produits de vapotage n’ont pas tous été testés pour déterminer s’ils peuvent être inhalés sans danger, avertit Santé Canada, qui dit chercher à remédier à la situation.

Si ces ingrédients sont considérés comme sûrs pour être ingérés — étant normalement destinés aux aliments et aux boissons —, on sait peu de choses sur leurs effets potentiels sur la santé lorsqu’ils sont inhalés, indique le ministère fédéral.

En fait, « l’inhalation de saveurs, c’est arrivé avec la cigarette électronique. Ça n’existait pas avant », précise Mathieu Morissette, chercheur au Centre de recherche de l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec et professeur à la Faculté de médecine de l’Université Laval.

« Il n’y a aucune donnée là-dessus », renchérit le professeur pour qui le vapotage est un sujet de grand intérêt et de recherche.

Le ministère fédéral s’attend à ce que de « nombreux » produits de vapotage actuellement disponibles en magasin n’aient pas été testés pour cet usage.

Ces saveurs de liquides de vapotage sont plus que variées : menthe, vanille, raisin, chocolat-framboise, mais aussi barbe à papa, gomme balloune et gâteau au fromage. Il pourrait en avoir 7000, dit le chercheur.

Selon un relevé effectué par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), un fabricant offre à lui seul plus de 160 saveurs pour les cartouches de remplacement et les liquides de remplissage. La variété des saveurs proposées est impressionnante : tabac (plus de 45 sortes, dont Marlboro, Kent et Camel), jus (plus de 45 sortes, dont cerise, fraise, pomme et banane) et saveurs de boissons alcoolisées (près de 40 sortes, dont amaretto, bière et brandy).

Les cigarettes électroniques sont apparues dans des commerces de détail au Québec fin 2011, selon l’INSPQ.

Des tests

Santé Canada affirme être en train de se pencher sur la question. En plus de recueillir des données et d’analyser des études, il fait effectuer des tests sur ces produits : « Le Conseil national de recherches du Canada et d’autres entrepreneurs externes ont commencé à soumettre des ingrédients des produits de vapotage, y compris des ingrédients aromatisants, à des essais de toxicité in vitro (effets sur la santé) pour le compte de Santé Canada », a-t-il indiqué par courriel.

Pour le chercheur, des tests in vitro — soit dans des tubes, généralement hors de l’organisme vivant — ne serviront à rien.

« Des tests in vitro ne sont aucunement prédictifs de toxicité pulmonaire. Il n’y a aucun lien. » Ce n’est pas valide, a-t-il même déclaré, découragé.

Selon le professeur Morissette, les effets sur la santé de l’inhalation de ces liquides de vapotage peuvent être aigus, et d’autres peuvent probablement se produire sur plusieurs années. Interrogé à savoir quels sont ces effets sur la santé, le chercheur a rétorqué : « bonne question ». C’est pourquoi la recherche est si importante, s’est-il exclamé : « On nage dans le néant. »

La science sait toutefois que la cannelle est un irritant important pour les voies respiratoires : il rappelle le cinnamon challenge qui a sévi il y a quelques années. Des jeunes ont abouti aux urgences des hôpitaux après avoir tenté d’avaler une cuillère entière de cannelle, affectés de problèmes respiratoires après avoir inhalé sans le vouloir la substance.

Il parle aussi du diacétyle, un arôme au goût de beurre caramélisé, qui a déjà été associé à la maladie des voies respiratoires surnommée « poumons pop-corn », puisqu’elle affectait les travailleurs des usines de maïs soufflé. Il est présent dans bon nombre de saveurs, pas uniquement celles rappelant le beurre, selon une étude de 2016 de l’École de santé publique de l’Université Harvard.

Le ministère fédéral répète depuis un moment que le vapotage présente des risques pour la santé et que les effets potentiels de ce dernier « à court et à long terme restent inconnus ».

Par contre, il est aussi d’avis que « si vous êtes fumeur, le vapotage est une solution moins nocive que le tabagisme ».

M. Morissette est d’accord si le vapotage aide à arrêter de fumer, et si les autres options n’ont pas fonctionné. Selon l’état des connaissances, les bénéfices de l’arrêt tabagique pour les fumeurs dépassent largement les effets négatifs potentiels du vapotage. Mais pour les jeunes qui n’ont jamais mis une cigarette à leur bec, vapoter est une très mauvaise chose, avertit-il.

D’autres produits contenus dans les liquides de vapotage, outre les arômes, peuvent aussi être source d’irritation.

En vente même si non testés

Comment est-il possible que ces produits soient en vente au pays si tous leurs ingrédients n’ont pas été testés ?

Selon les réponses transmises par Santé Canada, il incombe aux fabricants, aux importateurs et aux vendeurs de s’assurer que leurs produits ne sont pas nocifs pour la santé et qu’ils respectent les lois en vigueur au pays. Ne pas le faire peut entraîner des poursuites ou d’autres mesures de conformité en vertu des lois canadiennes.

Mais les produits de vapotage (qui ne font pas d’allégations relatives à la santé) ne sont pas autorisés par Santé Canada avant leur mise en marché. Comme c’est le cas pour les produits du tabac, dit-il.

Santé Canada dit avoir examiné tous les incidents liés à des produits de vapotage signalés au gouvernement fédéral et n’avoir constaté aucune plainte associée à des ingrédients de produits de vapotage, y compris les arômes.