Veiller au bien-être des aînés

Rose Carine Henriquez Collaboration spéciale
Près de 9 aînés sur 10 vivent en ménage privé, ce qui pourrait expliquer l’isolement. Mais les 10% qui demeurent en ménages collectifs, comme les centres d’hébergement, n’échappent pas au phénomène.
Photo: Getty Images Près de 9 aînés sur 10 vivent en ménage privé, ce qui pourrait expliquer l’isolement. Mais les 10% qui demeurent en ménages collectifs, comme les centres d’hébergement, n’échappent pas au phénomène.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Du fait du vieillissement accéléré de la population, on prévoit que, d’ici 2036, la proportion d’aînés à Montréal atteindra 21 % et 28 % dans le reste du Québec, selon un portrait élaboré par la Direction régionale de santé publique du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal. L’isolement social des aînés constitue un problème grandissant, prévient l’organisme, auquel il faut s’intéresser de manière collective.

Le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) souligne que 36 % d’aînés montréalais vivent seuls ou sans soutien social comparativement à 29 % dans le reste du Québec. Alors qu’on sait que les relations sociales ont une grande influence sur l’état de santé, que peut-on faire pour lutter contre l’isolement des aînés ?

En juin dernier, le projet de gériatrie sociale Pour une communauté bienveillante envers ses aînés, initiative du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, recevait un financement de 400 000 $. Le projet en est encore à ses balbutiements, mais il sera implanté dans les deux prochaines années sur le territoire du réseau local Faubourg, Plateau-Mont-Royal et Saint-Louis-du-Parc. « L’objectif principal est de vraiment permettre à la personne de rester active dans sa communauté et on sait que, pour rester actif, il faut avoir une bonne capacité cognitive, physique, être capable de se déplacer et de s’occuper de soi », déclare David Lussier, responsable du programme AvantÂge du CIUSSS.

Un autre volet permettra également à la communauté d’apporter sa contribution, selon le gériatre. Cette communauté, c’est vous et moi. « Ce qu’on veut faire, c’est former des gens de la communauté pour savoir comment agir et comment aider au quotidien une personne aînée qui serait en perte d’autonomie ou qui aurait des difficultés quelconques », précise-t-il.

De l’importance des loisirs

Près de 9 aînés sur 10 vivent en ménage privé, ce qui pourrait expliquer l’isolement. Mais les 10 % qui demeurent en ménages collectifs, comme les centres d’hébergement, n’échappent pas au phénomène. « Il faut bien comprendre que les résidents qui arrivent ici ne viennent pas par choix, souligne Andrée Methot, responsable des services loisirs au sein de la Direction du programme SAPA du CIUSSS. C’est assez pour s’isoler et de ne pas avoir envie de socialiser. »

Les loisirs sont une solution pour donner aux personnes âgées tous les moyens de demeurer actives et de réduire les effets de l’isolement. « Pour notre clientèle plus isolée, par choix ou à cause de son état de santé, on a développé une gamme d’activités qui s’adressent à une clientèle à l’unité. » On parle de zoothérapie, de concerts personnalisés ou de visites amicales de la part de bénévoles, ainsi que d’activités de stimulations sensorielles.

De son côté, David Lussier mentionne un projet d’art-thérapie que son équipe souhaite mettre sur pied. « On veut essayer de rendre les musées plus accessibles aux personnes qui ont des difficultés de communication, poursuit-il. Il a été démontré que l’art-thérapie est une façon de se stimuler qui peut être bénéfique. »

Rebâtir un tissu social

« Il y a des études qui ont démontré, en Angleterre, par exemple, que la solitude était aussi dommageable que le tabac pour une personne âgée, raconte David Lussier. Quand le réseau social autour de soi est déficient, on a plus de risques d’avoir une perte d’autonomie importante, de tomber malade ou de souffrir de problèmes de santé mentale. »

Pour Mme Methot, l’objectif principal de ces activités récréatives est d’apprivoiser leur nouveau milieu de vie et de justement combattre cette solitude. « On essaie de stimuler les gens qui sont capables de le faire et qui ont envie de le faire, mentionne-t-elle. En venant aux salons d’étage, ils viennent créer des liens, développer plus de confiance envers les intervenants et les gens qui sont autour d’eux. Progressivement, on en vient aux activités en grand groupe. »

La présence familiale aux activités proposées par les centres d’hébergement joue également un rôle essentiel. « Quand on réussit à avoir les proches, je dirais que la vitesse d’intégration est accélérée, car un lien de confiance se tisse avec les membres de la famille, et ça va stimuler la personne », relève Mme Methot.

La qualité de vie s’en retrouve grandement améliorée et l’on mesure la transformation des résidents lorsqu’ils prennent part à la vie active de leur communauté, souligne Andrée Methot.

« On n’est jamais à l’aise avec la maladie, cela arrive comme un drame, souligne-t-elle. Le secteur loisir va beaucoup axer sur le potentiel qui reste, donc ça a un effet sur l’estime de soi, la confiance, le goût de vivre et la participation. »