Vieillir dans le Sud

Catherine Couturier Collaboration spéciale
Un moyen relativement accessible de vivre sa retraite sous des cieux plus cléments reste de partir durant la moitié de l’année.
Photo: Getty Images Un moyen relativement accessible de vivre sa retraite sous des cieux plus cléments reste de partir durant la moitié de l’année.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Passer sa retraite sur le bord d’une plage, au soleil, et en plus, payer moins d’impôt. Voilà une image qui fait rêver bien des retraités. Mais ce paradis est-il fait pour vous ?

« Passer sa retraite à l’étranger peut être techniquement avantageux, mais ce doit être bien planifié », explique Marcel Racicot, avocat associé principal chez Racicot et Associés et président de la Chambre de commerce Canada-Floride. Trois facteurs majeurs sont à garder en tête lors d’une telle décision : l’immigration, l’impôt et la RAMQ. Passer six mois à l’étranger ou déménager de façon permanente dans le Sud ? Chaque décision implique une planification attentive et différente.

Départ permanent : soleil et impôts réduits

S’établir à l’étranger, une décision économique ? « Il faut voir selon la destination, entre le coût de la vie, la devise et le régime d’imposition », nuance Martin Caron, directeur principal de la Mobilité internationale chez Raymond Chabot. Pour certaines personnes en moyens, le statut d’immigrant investisseur aux États-Unis leur permet d’y habiter à longueur d’année. Des États comme la Floride ne perçoivent pas d’impôt personnel ; ne reste que l’impôt fédéral à payer. « Pour quelqu’un qui a un bon patrimoine, ça peut valoir la peine », croit M. Racicot. Le Portugal, la France, le Mexique, le Panama et d’autres paradis fiscaux sont également des destinations envisageables.

Or, chaque pays et chaque situation individuelle changent la donne. La planification et l’accompagnement (fiscaliste, notaire, avocat) restent donc la clé : « On peut faire des simulations pour voir ce qui va vous rester en poche à la fin de l’année, au Canada et dans d’autres pays », poursuit M. Caron. Pour éviter de se retrouver dans une situation fiscale pire qu’avant le départ, mieux vaut établir plusieurs mois à l’avance un bilan des avoirs et évaluer les différents scénarios.

Faire ses devoirs

En parallèle des démarches d’immigration pour avoir le droit de résider ailleurs, il faut également s’assurer de devenir non-résident fiscal au Canada. Il faudra d’abord acquitter l’impôt de départ au Canada, qui s’appliquera à tous les biens autres que les REER et les comptes enregistrés.

Ensuite, il faudra s’assurer de minimiser les liens avec le Canada (résidence permanente n’égale pas résidence fiscale). Les régimes de retraite et certains actifs peuvent être conservés au Canada, mais « chaque individu doit prévoir avec son institution financière s’il va pouvoir garder son compte et ses investissements », précise Mélissa La Venia, avocate et directrice principale de la fiscalité américaine et internationale chez Raymond Chabot. La propriété principale, mais aussi l’adresse postale, les biens entreposés ou le permis de conduire sont aussi des preuves du maintien d’un lien avec le Canada qui pourrait s’avérer problématique si vous voulez devenir résident fiscal à l’étranger.

« Il faut aussi regarder s’il y a une convention fiscale avec le pays d’accueil, ajoute Mélissa La Venia. Chaque convention est unique. Ces documents statuent sur les critères qui déterminent la résidence fiscale de tel ou tel individu. » La présence d’une convention avec un pays ne signifie cependant pas nécessairement qu’il sera plus facile d’y déménager à la retraite : « Malheureusement, il n’y a pas de recette. C’est vraiment du cas par cas. Il est donc important de consulter avant de commencer la démarche », explique l’avocate.

Le rêve, 182 jours par année

Un moyen relativement accessible de vivre sa retraite sous des cieux plus cléments reste de partir durant la moitié de l’année. « Beaucoup de gens deviennent des snowbirds aux États-Unis ou dans d’autres pays. Dans ce type de dossier, on demeure résident au Québec et on paye de l’impôt ici », explique M. Racicot. Mais attention au chiffre magique de 182 jours et moins ! Les retraités qui font ce choix doivent s’assurer de rester admissibles au Régime d’assurance maladie du Québec (RAMQ), en étant présents au Québec 183 jours et plus par année (en excluant les courts séjours de 21 jours et moins).

« Il arrive souvent que l’assurance privée qu’on achète comme snowbird soit basée sur le fait qu’on reste admissible à la RAMQ au Québec », souligne M. Racicot. Perdre cette couverture obligerait donc à acheter une assurance maladie privée, beaucoup plus coûteuse. Cela dit, la RAMQ permet une exception à cette règle tous les sept ans, en remplissant le formulaire de départ temporaire du Québec. Or, il faut aussi vérifier les lois d’immigration du pays d’accueil. Par exemple, on doit s’assurer de ne pas passer plus de 183 jours par années (au total !) aux États-Unis pour ne pas contrevenir aux lois d’immigration américaines. À vos calendriers !