Santé Canada met en garde les vapoteurs

Dans sa mise en garde, Santé Canada a fait état d’un «risque possible de maladie pulmonaire lié aux produits de vapotage».
Photo: Eva Hambach Agence France-Presse Dans sa mise en garde, Santé Canada a fait état d’un «risque possible de maladie pulmonaire lié aux produits de vapotage».

À la suite de multiples cas de maladie pulmonaire sévère aiguë et de deux décès liés à l’utilisation de produits de vapotage aux États-Unis, Santé Canada appelle à la prudence. L’organisme met en garde les Canadiens qui consomment de tels produits et leur recommande fortement de consulter un médecin sans tarder s’ils commencent à éprouver des problèmes respiratoires, tels que de la toux, un essoufflement ou une douleur thoracique.

Cette mise en garde survient une semaine après celles annoncées par des organisations américaines. Le 30 août dernier, les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) et la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis annonçaient mener une enquête sur 215 cas de maladie respiratoire sévère ayant été rapportés — par 25 États américains — comme étant associés à l’utilisation de produits de vapotage, dont un décès survenu dans l’Illinois.

Le même jour, les CDC publiaient une alerte de santé publique invitant les vapoteurs à restreindre leur consommation, et surtout, à ne pas acheter de substances dans la rue et à ne pas modifier les produits qu’ils utilisent, ni de leur ajouter de composés normalement absents dans les produits conçus par les fabricants reconnus.

Mercredi, un second décès était signalé par les autorités sanitaires de l’Oregon, qui informaient la FDA et les CDC qu’un homme d’âge mûr avait succombé à une maladie pulmonaire sévère après avoir fumé une cigarette électronique contenant de l’huile de marijuana achetée dans un dispensaire légal.

Parmi les cas recensés, de nombreuses personnes ont affirmé avoir vapoté au moins un produit contenant du cannabis, d’autres n’avaient consommé que des cigarettes électroniques conventionnelles à la nicotine. Plusieurs ont avoué s’être approvisionnées au marché noir.

Échantillons analysés

Loin d’avoir élucidé la cause exacte de tous ces cas, les autorités de santé américaines continuent d’analyser les échantillons que leur fournissent les médecins ayant traité les vapoteurs mal en point.

Les analyses de plusieurs échantillons provenant notamment de New York pointent du doigt une huile dérivée de la vitamine E qui était présente dans des produits de vapotage contenant du tétrahydrocannabinol (THC). Même si la vitamine E est inoffensive lorsqu’elle est ingérée ou appliquée sur la peau, sa structure moléculaire s’avère par contre nocive lorsqu’elle est inhalée. Lorsque les vapeurs de vitamine E aspirées se refroidissent dans les poumons, elles retrouvent leur état initial, soit celui d’une huile qui tapisse alors les parois des poumons. Or, une pneumopathie huileuse a justement été diagnostiquée chez plusieurs patients vapoteurs qui présentaient des difficultés respiratoires et une douleur à la poitrine, précise-t-on dans The Washington Post.

Même si l’Agence de santé publique du Canada n’a pas encore constaté de décès et / ou de cas de maladie pulmonaire grave aiguë liés au vapotage sur notre territoire, Santé Canada a publié mercredi « une mise en garde concernant un risque possible de maladie pulmonaire lié aux produits de vapotage ».

Cette alerte de Santé Canada recommande aux usagers de ne pas prendre à la légère tout symptôme respiratoire à la suite de la consommation de produits de vapotage, et d’éviter d’acheter des produits de vapotage au marché noir. Elle invite aussi tous les professionnels de la santé à lui signaler les cas de maladie pulmonaire qui semblent être liés au vapotage.

Selon la codirectrice et porte-parole de la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac, Flory Ducas, Santé Canada a probablement réagi au second décès révélé cette semaine aux États-Unis. À ses yeux, cette mise en garde était nécessaire, car il y a un risque que surviennent ici aussi des incidents et des cas similaires. « Il n’est pas improbable que les mêmes substances en cause dans ces cas se retrouvent sur le marché noir ici aussi, car le marché noir ne connaît pas de frontières », dit-elle.

Flory Ducas reproche toutefois à Santé Canada d’être beaucoup trop timide dans son règlement sur l’étiquetage et l’emballage des produits de vapotage avec nicotine. « La mise en garde publiée cette semaine par Santé Canada est plus informative et plus complète que celle qui a été proposée pour le règlement concernant l’étiquetage et l’emballage des produits de vapotage. Cette dernière soulignerait uniquement que la nicotine contenue dans les produits de vapotage peut engendrer une dépendance. On ne mentionnerait pas les possibles risques à long terme des produits de vapotage sur la santé pulmonaire et cardiovasculaire de la population générale. Or, les mises en garde devraient s’adresser non seulement aux vapoteurs qui veulent cesser de fumer, mais aussi à toutes les personnes qui n’ont jamais fumé, comme les jeunes par exemple », insiste-t-elle.

« Santé Canada ne se préoccupe pas de prévention, ni du principe de précaution, alors qu’il y a des risques liés aux produits de vapotage pour le public, notamment pour les jeunes et les femmes enceintes. La glycérine et le propylène glycol qu’ils contiennent ne sont pas faits pour être inhalés. On en retrouve peut-être dans les pompes pour asthmatiques, mais ceux-ci ne les utilisent pas à la même fréquence que les vapoteurs. Les risques liés aux produits de vapotage sont de mieux en mieux documentés ; on sait notamment qu’ils renferment des irritants pulmonaires qui accroissent le risque de maladies graves, telles que la maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC) et l’asthme. Tous ces éléments devraient faire partie des mises en garde inscrites sur les emballages », fait-elle valoir.