La médecine combat mieux le cancer

Si les chercheurs n’ont pas encore trouvé de causes précises à l’apparition de certains cancers, d’autres sont inévitablement liés à l’obésité, la sédentarité, le cholestérol et le diabète par exemple.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Si les chercheurs n’ont pas encore trouvé de causes précises à l’apparition de certains cancers, d’autres sont inévitablement liés à l’obésité, la sédentarité, le cholestérol et le diabète par exemple.

Malgré le nombre croissant de diagnostics de cancer, le taux de mortalité liée à cette maladie a diminué d’environ 28 % au pays depuis 1988. Le cancer reste toutefois la première cause des décès vu que près d’un Canadien sur quatre y succombera.

C’est du moins ce que révèle le rapport Statistiques canadiennes sur le cancer 2019 publié mercredi et dont Le Devoir a obtenu copie. Le document, produit par la Société canadienne du cancer en collaboration avec Statistique Canada et l’Agence de la santé publique du Canada, s’appuie sur les plus récentes données sur le sujet pour dresser un portrait de la maladie au pays et émettre des projections sur le nombre de diagnostics de cancers et de décès qui lui sont attribuables pour l’année 2019.

On estime ainsi que cette année « à chaque heure de chaque jour, environ 25 personnes recevront un diagnostic de cancer et environ 9 personnes seront emportées par la maladie. » Autrement dit, 220 400 Canadiens recevront un diagnostic de cancer en 2019, dont 113 000 hommes et 107 400 femmes. À titre de comparaison, on comptait 89 200 nouveaux cas de cancer en 1984.

La Société canadienne du cancer évalue aussi que 82 100 Canadiens seront emportés par une des formes de cette maladie dans l’année. 53 % d’entre eux seront des hommes. Il y a une trentaine d’années, en 1988, 50 700 personnes sont décédées des suites d’un cancer.

Sur plus d’une centaine de types différents de la maladie, les cancers du sein, du poumon, de la prostate et le cancer colorectal compteront pour près de la moitié (48 %) des nouveaux cas diagnostiqués en 2019. Les plus meurtriers sont toutefois celui du poumon, responsable du quart (26 %) de tous les décès par cancer au Canada, suivi par le cancer colorectal (12 %) et celui du pancréas (6 %).

Malgré ce sombre portrait de la situation, le porte-parole de la Société canadienne du cancer, André Beaulieu, juge qu’« il y a beaucoup d’éléments positifs dans ce nouveau rapport » et qu’il faut garder espoir plutôt que de se décourager par ces chiffres à rallonge.

Car si le nombre de diagnostics et de décès par cancer a augmenté année après année, c’est surtout en raison de l’augmentation et du vieillissement global de la population canadienne, fait-il remarquer. Près de 90 % des cas de cancer sont effectivement détectés chez les personnes âgées de plus de 50 ans.

En réalité, le taux de mortalité par cancer a, lui, diminué de 28 % — précisément de 35 % chez les hommes et de 20 % chez les femmes — depuis 1988. Et ce, grâce à la prévention, aux méthodes de dépistage, à la détection précoce et à l’amélioration des traitements dans les dernières années, souligne le rapport.

« Ça laisse penser que le cancer va de plus en plus devenir une maladie chronique. Des gens vont vivre avec tout en ayant des traitements sur le long terme », note M. Beaulieu.

Les ravages du tabac

Il se dit même ravi de voir que pour la première fois les diagnostics de cancers du poumon et les décès qui y sont associés, ont commencé à diminuer chez les Canadiennes. « Ça fait une trentaine d’années que ça diminuait chez les hommes qui ont, pour plusieurs, arrêté de fumer dans les années 1960, quand on a commencé à faire le lien entre le tabac et le cancer. Mais les femmes ont continué jusque dans les années 1980. On commence donc seulement à voir l’effet de leur arrêt du tabac dans les statistiques », explique-t-il.

Une preuve que les campagnes de prévention et les politiques de lutte contre le tabac fonctionnent, d’après lui. Il encourage d’ailleurs le gouvernement du Canada, mais aussi celui du Québec, à continuer d’y investir du temps et de l’argent. « Une récente étude a démontré que le tabac est responsable d’au moins les trois quarts des cancers du poumon, insiste M. Beaulieu. Si on élimine la source du problème, la cigarette donc, on constatera moins de décès ». Car ce type de cancer reste difficile à dépister et à traiter, rappelle-t-il. C’est donc en amont qu’il faut agir.

D’après la Société canadienne du cancer, le cancer du poumon n’est pas le seul qui pourrait être évité par l’adoption de saines habitudes de vie. Si les chercheurs n’ont pas encore trouvé de causes précises à l’apparition de certains cancers, d’autres sont inévitablement liés à l’obésité, la sédentarité, le cholestérol et le diabète par exemple. « Avec un meilleur mode de vie, on pourrait prévenir 4 cancers sur 10, c’est 40 % de tous les cancers », insiste M. Beaulieu.