Antidote Prisme - Un « best-seller » informatique

Druide informatique, une entreprise montréalaise spécialisée dans la création et la distribution de logiciels, lançait en 2001 la cinquième édition de son logiciel-vedette: Antidote Prisme. Du même coup, il repoussait les frontières technologiques des correcteurs informatiques en utilisant une technologie multiphrases. Une innovation qui lui vaut d'être gagnant de l'Octas 2004 dans la catégorie Innovation technologique.

Le président et l'un des cofondateurs de Druide informatique, Éric Brunel, est clair en parlant de son produit: «Antidote Prisme n'est pas qu'un correcteur.» Hautement multifonctionnel, ce logiciel est à la fois un dictionnaire multifonctions, un dictionnaire de synonymes, un conjugueur et un correcteur grammatical.

«Prisme montre tous les rouages du texte. L'analyse ne se fait plus sur une seule phrase à la fois, mais bien sur l'ensemble du texte», permettant ainsi une analyse approfondie. L'utilisateur y retrouve avec une précision déconcertante les éléments syntaxiques et grammaticaux qu'il désire: les nominatifs, le lexique relatif, les incises, les répétitions, les tournures de phrases passives ou négatives, etc.

L'Octas reçu cette semaine souligne «qu'on a amené les correcteurs à un nouveau niveau, qu'on a dépassé le simple correcteur. Cela consacre notre innovation», note M. Brunel. Il admet que cela donnera un coup de pouce au marketing du produit. Ce prix, remis chaque année par la FIQ, récompense une réalisation qui exploite de façon inédite le potentiel des technologies de l'information. Cette reconnaissance s'ajoute aux deux Mérites déjà octroyés à la jeune entreprise, qui fête cette année son 11e anniversaire.

Réforme de l'orthographe

Mais au-delà des défis liés à la technologie, Druide s'attaque particulièrement aux difficultés de la langue. Force est d'admettre qu'il ne s'agit pas d'une mince tâche. Pour y arriver, un comité dactylographique — composé de trois linguistes, d'une traductrice et du président — se rencontre régulièrement afin d'analyser l'ensemble des nouvelles soumissions. À partir d'un nombre considérable de mots et d'expressions étudiés, quelques-uns seront insérés dans la nouvelle édition du logiciel.

En 1990, le Conseil supérieur de l'éducation, appuyé par l'Académie française, proposait une série de rectifications orthographiques. Celles-ci, qui touchent quelques milliers de mots de la langue française et sont aussi connues sous le nom de «réforme de l'orthographe», sont évidemment prises en compte par le logiciel.

L'entreprise énonce clairement, sur son site Internet, sa position concernant les changements proposés: «Druide considère les rectifications comme bienvenues et comme une source de consolidation du français, mais il ne lui appartient pas de les imposer.» Pour cette raison, le logiciel comporte des réglages qui permettent à l'utilisateur d'accepter aussi bien les nouvelles graphies que les anciennes.

Sur la francophonie

On compte aujourd'hui plus de 169 millions de francophones répartis aux quatre coins de la planète. Cela représente 3,2 % de la population mondiale. Druide informatique en rejoint déjà une bonne partie en concentrant ses activités au Québec, en France, en Belgique et en Suisse. «On est les leaders en Belgique et en Suisse», déclare M. Brunel, admettant toutefois que la compétition est féroce dans l'Hexagone.

À ce jour, plus de 1000 organismes à travers la francophonie utilisent le logiciel. Au Québec, on compte entre autres la Banque nationale du Canada, le Barreau du Québec, Bell, l'Assemblée nationale du Québec, Radio-Canada et plusieurs organismes gouvernementaux et institutions universitaires.

Druide a également publié deux ouvrages chez Québec Amérique: le Grand Druide des synonymes et le Petit Druide des synonymes. Quant à savoir si l'entreprise compte transposer sur version papier son dictionnaire lexical, le président explique simplement que «le marché est présentement saturé. Larousse et Robert, à eux seuls, détiennent une bonne part du marché».

Projet futur

Et à quand la conquête du marché anglophone? «On reçoit un minimum de trois demandes par jour pour une version anglophone d'Antidote», répond Éric Brunel, ajoutant immédiatement que l'élaboration d'un logiciel anglophone serait «plus difficile». En français, près de 40 % des erreurs que déniche le logiciel sont liées au lexique. En y ajoutant une analyse grammaticale, «on arrive à corriger près de 90 %» du contenu d'un texte. En anglais, la situation diffère grandement. La majorité des erreurs sont de nature lexicale. Par le fait même, un simple correcteur arrive déjà à déceler nombre des erreurs commises.

Cela n'empêche pas pour autant Éric Brunel et son équipe d'y rêver. Le marché anglophone est immense et l'aventure est tentante. «On a l'avantage d'être au confluent des deux cultures», note-t-il.

Pour l'instant, la vingtaine d'employés de Druide travaillent plutôt à l'élaboration d'un «Druide Mestre», un logiciel dont «l'application sera destinée à Internet». Pour en savoir davantage, il faudra attendre: «On reste flou et c'est voulu», avoue Éric Brunel. Néanmoins, il confie souhaiter «un succès au moins comparable avec ce nouveau projet qu'avec Antidote», pour cette réalisation qui sera, assure-t-il, «une première».