Aux États-Unis, un nombre «fou» de reins disponibles pour des greffes est refusé

La focalisation sur le score de qualité du rein offert pose problème, car des patients seraient tout à fait disposés à recevoir un organe de moins bonne qualité, ne serait-ce que pour ne plus être sous dialyse.
Photo: Mahmud Hams Archives Agence France-Presse La focalisation sur le score de qualité du rein offert pose problème, car des patients seraient tout à fait disposés à recevoir un organe de moins bonne qualité, ne serait-ce que pour ne plus être sous dialyse.

Quand un malade en attente d’une greffe de rein meurt, sa famille pensera généralement que la pénurie de dons d’organes est responsable. Aux États-Unis, la réalité est plus troublante : la plupart de ces morts avaient en fait reçu une offre de rein qui a été refusée.

« Nous avons découvert que 84 % des reins aux États-Unis étaient refusés au moins une fois, ce qui est fou », dit à l’AFP Sumit Mohan, professeur associé de médecine à l’Université Columbia à New York, et auteur principal d’une étude publiée vendredi dans une revue de l’Académie américaine de médecine (JAMA Network Open).

« C’est absurde », insiste le médecin.

Ce qui est plus problématique est que les médecins disent non sans parler aux patients.

Une première étude avait montré cette semaine que les médecins américains rejetaient le double de reins disponibles pour des greffes, par rapport aux médecins français (18 % contre 9 %). Les centres américains sont extrêmement conservateurs sur l’âge des donneurs décédés et jettent les reins jugés trop vieux... qui pourtant pourraient convenir à des malades plus âgés ou en danger.

La nouvelle analyse montre qu’un patient américain transplanté a reçu 17 offres précédemment rejetées par son médecin (nombre médian sur la période 2008-2015). Ceux qui meurent sur liste d’attente ont reçu 16 offres. Dix patients sur liste d’attente meurent chaque jour dans le pays alors qu’on leur avait proposé un rein.

« Ce qui est plus problématique est que les médecins disent non sans parler aux patients », poursuit Sumit Mohan.

L’obsession des indicateurs de performance

Quand une personne meurt, son rein est prélevé et proposé aux patients en dialyse selon leur place sur la liste d’attente. En fait, l’offre est envoyée à l’hôpital du patient, qui a une heure pour répondre. La plupart du temps, les centres passent leur tour en espérant qu’un autre avec un meilleur score de qualité arrivera plus tard.

Pour les auteurs, la focalisation sur ce score est un problème central, car des patients seraient tout à fait disposés à recevoir un rein de moins bonne qualité, ne serait-ce que pour ne plus être sous dialyse, un traitement extrêmement pénible qui nécessite de se rendre plusieurs fois par semaine à l’hôpital.

La prudence excessive des centres s’expliquerait en partie par leur désir de maintenir un taux de survie élevé à un an des patients greffés, dont dépend leur certification par les autorités.

« Il est évidemment mieux d’être greffé d’un rein de moins bonne qualité que de mourir », dit Sumit Mohan.

Pour ce médecin, une réforme simple permettrait d’augmenter radicalement les taux d’acceptation : informer le patient quand on refuse un rein en son nom. « Les gens veulent arrêter la dialyse, ils se fichent que le rein greffé soit de qualité 1 ou 2. »