Des drones pour lutter contre la tuberculose

Les drones sont utilisés pour l’envoi des prélèvements aux hôpitaux et le parachutage de médicaments dans des villages situés jusqu’à cinq jours de marche du plus proche établissement de santé.
Photo: Courtoisie Les drones sont utilisés pour l’envoi des prélèvements aux hôpitaux et le parachutage de médicaments dans des villages situés jusqu’à cinq jours de marche du plus proche établissement de santé.

Chaque année, environ 10 millions de personnes dans le monde contractent la tuberculose, maladie provoquée par une bactérie particulièrement virulente dans les pays en développement. Or, actuellement, de 30 à 40 % des cas ne sont pas diagnostiqués en raison, entre autres, d’infrastructures de transport et de communication déficientes.

Afin d’accroître le dépistage de la maladie, le chercheur québécois Simon Grandjean Lapierre, microbiologiste infectiologue au centre de recherche du CHUM, propose d’utiliser des drones pour atteindre les populations isolées. Un projet-pilote prometteur est présentement en cours à Madagascar et pourrait bientôt faire des petits.

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« La tuberculose, c’est la maladie infectieuse qui tue le plus d’êtres humains dans le monde chaque année, avant le VIH et la malaria », indique le docteur Simon Grandjean Lapierre en entrevue depuis l’île africaine.

Dans le cadre de ses Objectifs de développement durable (ODD) adoptés en 2015, l’ONU s’est donné comme cible d’éradiquer l’épidémie de tuberculose d’ici 2030. « Mais avec les mécanismes actuels, on n’y arrivera pas. Il faut qu’on innove et qu’on trouve de nouvelles méthodes d’intervention », souligne-t-il.

Conjointement avec des chercheurs de l’Université Stony Brook de New York et de l’Institut Pasteur de Madagascar, le docteur Grandjean Lapierre a mis sur pied un projet-pilote visant à envoyer, par drone, des échantillons d’expectoration, comme des crachats, de 61 villages isolés de la commune d’Androrangavola, dans le sud-est de Madagascar, vers un laboratoire qui y mène des analyses pour détecter la tuberculose.

Ces villages, comptant au total environ 27 000 personnes, sont situés à une distance d’une à cinq journées de marche de l’infrastructure de santé la plus proche, ce qui nuit au dépistage de la maladie.

« En étant non diagnostiqués et donc non traités, ces cas font proliférer l’épidémie », souligne le docteur Grandjean Lapierre.

Lorsque le diagnostic est confirmé, le drone emprunte le chemin inverse pour livrer la médication. Un agent de santé communautaire, qui se trouve sur place, fait le suivi avec le patient infecté. Et des outils technologiques permettent de s’assurer que le patient prend sa médication jusqu’à la fin de son traitement qui dure minimalement six mois. « On reçoit des signaux GPS ou téléphoniques lorsque le pilulier du patient est utilisé de façon quotidienne. »

Les résultats préliminaires du projet-pilote lancé en 2017 sont fort encourageants, détaille le chercheur, qui vient de cosigner un article sur le sujet dans le British Medical Journal. « On a observé une augmentation de 50 % de l’accessibilité au diagnostic, ce qui veut dire que deux fois plus de patients symptomatiques sont testés. On trouve plus de cas, et parmi les cas identifiés, il y en a deux fois plus qui se rendent au bout du traitement. »

Ce projet s’inscrit dans le cadre de l’initiative TB REACH financée par Affaires mondiales Canada et la fondation Bill et Melinda Gates, un programme visant à encourager la mise sur pied de solutions novatrices pour lutter contre la tuberculose.

La tuberculose — provoquée par une bactérie qui s’attaque particulièrement aux poumons — se transmet par voie aérienne. « Quand (un porteur de la maladie) tousse, éternue ou crache, des particules restent en suspension dans l’air pendant plusieurs heures. Il suffit que quelqu’un d’autre inspire ces particules pour être infecté », explique le docteur Grandjean Lapierre.

Une fois contractée, la bactérie peut entrer en latence et se réveiller plusieurs années plus tard.

En 2016, 1,7 million de personnes dans le monde sont décédées de la tuberculose ; le quart de la population mondiale serait porteuse d’une tuberculose latente.

« Il faut donc vraiment être très actif sur le traçage des cas et le traitement précoce pour que les gens arrêtent de transmettre la maladie. »

De nombreuses applications

En plus du transport bidirectionnel — comme dans le cas du projet-pilote à Madagascar pour la tuberculose — les drones peuvent également être utilisés dans le domaine de la santé pour livrer ou parachuter des médicaments dans des zones isolées ou pour effectuer des opérations de surveillance ou de reconnaissance dans des secteurs touchés par une catastrophe naturelle, par exemple.

De tels projets ont vu le jour dans les dernières années dans d’autres pays en développement, dont le Rwanda et la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Les villes de Bordeaux et de Zurich utilisent également des drones pour envoyer des échantillons d’un centre hospitalier à un autre, rapporte le chercheur québécois. Et des communautés du Grand Nord canadien bénéficient de livraisons de médicaments par drones.

 
Photo: Courtoisie Le village de Mangevo à Madagascar 

Pour l’instant à Madagascar, les drones sont uniquement utilisés dans la commune d’Androrangavola, précise le docteur Grandjean Lapierre. Mais des projets par drones visant la lutte contre la malaria pourraient bientôt voir le jour ailleurs sur l’île.

Le chercheur espère que l’utilisation de cette technologie deviendra bientôt plus systématique.

« Il faut visualiser le drone non plus comme un outil pour une maladie dédiée dans une région dédiée, mais plutôt comme un outil pour un système de santé qui peut l’utiliser lorsque bon lui semble. C’est en changeant ce paradigme et en utilisant le drone comme une voiture ou un téléphone qu’on va être vraiment capable de réduire les coûts et convaincre des bailleurs de fonds de soutenir ce genre de technologies dans une perspective de couverture de soins universels pour les populations rurales », croit-il.