Affiner la tactique contre la tique

La tique à pattes noires, surtout présente au Québec dans le nord et l’ouest de l’Estrie, en Montérégie, dans le sud-ouest de la Mauricie et du Centre-du-Québec et dans le sud-ouest de l’Outaouais, peut être porteuse de la maladie de Lyme.
Photo: iStock La tique à pattes noires, surtout présente au Québec dans le nord et l’ouest de l’Estrie, en Montérégie, dans le sud-ouest de la Mauricie et du Centre-du-Québec et dans le sud-ouest de l’Outaouais, peut être porteuse de la maladie de Lyme.

Devant la progression fulgurante de la maladie de Lyme au Québec, les autorités sanitaires multiplient les recommandations et les formations pour aider les médecins à mieux diagnostiquer et traiter la maladie. Une nouvelle qui pourrait signer la fin du parcours du combattant que doivent encore emprunter de nombreux patients.

Mandaté par le gouvernement Legault pour se pencher sur la question de la maladie de Lyme, l’Institut national d’excellence en santé et services sociaux (INESSS) offre depuis peu une panoplie de documents informatifs adressés aux cliniciens : fiche technique pour décrire les symptômes, feuille de suivi pour le patient, outil d’aide au diagnostic, guide d’usage des traitements antibiotiques, etc.

« On s’est rendu compte que les pratiques n’étaient pas uniformes chez les médecins. Il y avait un manque à pallier en matière de lignes directrices, tant pour diagnostiquer que pour traiter la maladie de Lyme », explique Olivia Jacques, porte-parole de l’INESSS.

 
304
C’est le nombre de cas de la maladie de Lyme enregistrés au Québec en 2018, contre 43 en 2012.

L’Institut national de la santé publique du Québec (INSPQ) est aussi en train de revoir une formation offerte en ligne sur la maladie. Plusieurs guides et dépliants pour les professionnels de la santé seront ajoutés sur son site Web au mois d’août.

« C’est une bonne nouvelle », dit Annie Roussy, présidente de l’Association québécoise de la maladie de Lyme (AQML), qui crie haut et fort depuis des années que le corps médical québécois n’est pas assez outillé face à l’émergence de cette maladie transmise par la piqûre d’une tique.

Parcours du combattant

À l’heure actuelle, obtenir un diagnostic de maladie de Lyme reste un vrai parcours du combattant pour de nombreuses personnes, qui se retrouvent souvent devant des médecins hésitants, sceptiques ou ignorant tout de la maladie.

Il faut dire qu’elle a longtemps été considérée comme une maladie rare. Son existence était méconnue du grand public et des professionnels de la santé. La maladie de Lyme est pourtant en progression au Québec, où le nombre de personnes infectées est passé de 43 en 2012 à 304 en 2018.

Jérémie Meier-Sénéchal en fait partie. Le jeune homme de 26 ans a consulté pas moins d’une dizaine de spécialistes au cours des six dernières années avant de recevoir son diagnostic de la maladie de Lyme en 2018.

C’est à 19 ans qu’il a commencé à ressentir les premiers symptômes : fièvre, douleurs articulaires, maux de tête, fatigue accablante. À partir de 2015, son état s’est détérioré. Il a même dû mettre sur pause ses études en génie mécanique.

Et malgré les nombreuses visites médicales, personne ne trouvait le noeud du problème. « En entendant parler de la maladie de Lyme en 2017, j’ai suggéré qu’on me fasse le test. Après tout, j’ai fait beaucoup de camping plus jeune, j’étais un habitué des activités de plein air. Mais les spécialistes n’ont jamais voulu le faire et m’ont dit que c’était juste un phénomène Facebook à la mode pour ceux qui cherchent une réponse à leurs problèmes », confie-t-il.

On a plutôt conseillé à Jérémie Meier-Sénéchal de consulter une psychiatre. « J’y suis allé, je finissais par croire les médecins, par croire que j’imaginais mes problèmes. » Parallèlement, sa médecin de famille a finalement accepté de lui faire passer le test pour la maladie de Lyme. Résultat positif. « Ç’a été un incroyable soulagement. Je ne virais pas fou depuis des années. Il y avait vraiment une maladie qui me rongeait de l’intérieur. »

Maladie émergente

Sans vouloir justifier le comportement de certains de ses pairs, la Dre Alejandra Irace-Cima, médecin spécialiste à l’INSPQ, tient à rappeler que la maladie de Lyme est encore très récente au Québec. « Les médecins de l’Estrie et de la Montérégie ont été les premiers confrontés à la maladie. D’autres ailleurs n’ont jamais vu une tique, jamais vu de patient atteint de la maladie. »

On s’est rendu compte que les pratiques n’étaient pas uniformes chez les médecins

D’après elle, le niveau de connaissance des médecins va augmenter petit à petit, grâce aux formations et aux outils qui sont actuellement développés — et à force de voir des patients qui ont la maladie. « Ça prend du temps pour entrer dans la pratique et comprendre comment fonctionne une nouvelle maladie, c’est normal », assure-t-elle.

Le Collège des médecins (CMQ) se veut aussi rassurant, affirmant que la maladie est bien connue par ses membres et que des traitements existent.

Le CMQ reconnaît toutefois que cette maladie peut être difficile à diagnostiquer, surtout si le patient ne montre aucun signe de piqûre de tique. « Les symptômes sont très généraux et peuvent être associés à une centaine de maladies différentes », explique Annie-Claude Bélisle, une porte-parole.

« Oui, la maladie de Lyme est émergente, mais elle progresse vite. Il faut faire plus de sensibilisation auprès de la population et des médecins », lance Annie Roussy, de l’AQML.
 

Voyez notre explicateur pour mieux comprendre la maladie de Lyme

 

Elle appelle aussi à faire plus de recherches sur la maladie de Lyme chronique. Certaines personnes assurent souffrir des mêmes symptômes, mais de façon prolongée. Un sujet qui fait débat actuellement, car cette forme de la maladie n’est pas reconnue au Québec, ni dans de nombreux pays. L’INESSS doit d’ailleurs se pencher sur la question et rendre ses conclusions en 2020.

Aux yeux de M. Meier-Sénéchal, la polémique ralentit la détection et les avancées sur la maladie, car elle rend craintifs certains médecins et alimente le scepticisme d’autres. « J’ai souffert du manque de connaissances sur le sujet à l’époque, mais aussi des réticences des médecins, qui ne voulaient pas en entendre parler. Ils n’y croyaient pas. »

Le jeune homme, qui souffre encore de certains symptômes même après son traitement, est depuis peu pris en charge par le Dr Amir Khadir. L’ex-député solidaire a été fortement critiqué récemment pour ses traitements prolongés aux antibiotiques prescrits à ses patients atteints de la maladie de Lyme, une pratique jugée à risque par le CMQ.

« C’est dommage, parce que M. Khadir est le premier médecin qui prend le temps de regarder mon dossier, de chercher si je n’ai pas une autre maladie rare, qui tente de comprendre ma situation », confie M. Meier-Sénéchal, qui dit espérer plus d’ouverture d’esprit dans le milieu médical au cours des prochaines années.

« Si on avait diagnostiqué plus tôt la maladie, je n’aurais peut-être jamais eu les complications que je vis aujourd’hui », laisse-t-il tomber.

D’où vient la maladie de Lyme ?
Décrite pour la première fois en 1977 dans la ville de Lyme aux États-Unis, la maladie a depuis été diagnostiquée dans de nombreux pays de l’hémisphère nord. Elle se transmet par la piqûre de la tique à pattes noires lorsque celle-ci est infectée par la bactérie Borrelia burgdorferi. Cette tique est surtout présente dans le nord et l’ouest de l’Estrie, en Montérégie, dans le sud-ouest de la Mauricie et du Centre-du-Québec ainsi que dans le sud-ouest de l’Outaouais.

Comment s’en protéger ?
Éviter de se faire piquer par une tique est la meilleure solution. Lors de randonnées, il faut rester sur les sentiers, porter des vêtements longs, utiliser du chasse-moustiques et inspecter son corps au retour pour vérifier qu’aucune tique ne s’y est attachée.

Que faire en cas de piqûre ?
Il faut utiliser un tire-tique ou une pince à épiler les sourcils pour la retirer, sans l’écraser contre la peau. Si la tique est accrochée à la peau depuis moins de 24 heures, il y a peu de risques d’avoir été infecté. Il faut tout de même surveiller les symptômes. Si cela fait plus de 24 heures, consultez un médecin.

Quels sont les symptômes ?
Le premier symptôme est généralement l’apparition d’une rougeur autour de la piqûre, qui grossit dans les premiers jours. Certaines personnes vont avoir de la fièvre, éprouver des douleurs articulaires et de la fatigue. Un traitement aux antibiotiques de deux à quatre semaines est efficace pour traiter la plupart des cas de maladie de Lyme.