Une dépendance aux opioïdes dès la naissance

L’étude menée entre 1989 et 2016 comporte des données de près de 2,2 millions de naissances au Québec.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’étude menée entre 1989 et 2016 comporte des données de près de 2,2 millions de naissances au Québec.

Le recours aux opioïdes pour contrôler la douleur postopératoire peut non seulement créer une dépendance chez les patients, mais risque aussi d’avoir des répercussions sur les bébés dont la mère a subi une intervention chirurgicale avant la grossesse, selon une récente étude du CHUM.

Le travail de la Dre Nathalie Auger, chercheuse au Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal, et de son équipe apporte un nouvel éclairage sur la dépendance aux opioïdes par rapport au traitement de la douleur.

Les bébés nés de mères ayant subi une chirurgie avant la grossesse présentent en effet un risque accru de manifester des symptômes de sevrage d’opioïdes à la naissance, d’après les résultats de cette étude de grande envergure, qui sont publiés dans le Canadian Medical Association Journal.

« L’un des problèmes est qu’il est difficile de savoir pourquoi les femmes prennent des opioïdes à la grossesse, une problématique qui est à la hausse aux États-Unis et dans les provinces canadiennes de l’Ouest », explique en entrevue téléphonique la Dre Auger, également professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

Menée entre 1989 et 2016, cette recherche comporte des données relatives à près de 2,2 millions de naissances au Québec. Elle révèle qu’une chirurgie ayant précédé la grossesse était associée à un risque 1,6 fois plus élevé de syndrome d’abstinence néonatale.

Fait à noter : les femmes ayant une dépendance aux opioïdes reconnue ont été exclues de la recherche.

Mieux comprendre la dépendance

Les chercheurs ont aussi établi que les chirurgies cardiovasculaires, thoraciques, urologiques et neurologiques étaient associées à des risques de syndrome d’abstinence néonatale plus élevés. Un jeune âge est aussi associé à des risques plus grands : près de 5 % des jeunes usagers d’opioïdes poursuivent leur utilisation plusieurs mois après une chirurgie, et les jeunes femmes peuvent être susceptibles de prolonger leur utilisation aux opioïdes pendant leurs années reproductives.

Selon la Dre Auger, s’il est difficile de déterminer la raison exacte pour laquelle un laps de temps plus long entre chirurgie et grossesse augmente le risque, l’une des hypothèses est que l’accoutumance vient avec le besoin de doses plus fortes. « Dans ces cas, les foetus sont exposés à des doses plus fortes et les niveaux de sevrage sont plus élevés. »

Les complications associées au syndrome d’abstinence néonatale incluent la fièvre, les complications respiratoires, la perte de poids et peuvent aussi se prolonger avec des désordres mentaux et comportementaux et des problèmes ophtalmologiques.

« Il s’agit de la première étude qui observe le syndrome de sevrage chez les nouveau-nés et les facteurs qui augmentent le risque », précise la Dre Nathalie Auger, qui espère que ces résultats apportent de nouveaux questionnements dans les pratiques de prescriptions de médicaments pour contrôler la douleur. « On espère que cela puisse contribuer au développement de façons de réduire les taux de dépendance. Trouver des options pour remplacer les opioïdes serait idéal. »

1 commentaire
  • Annie Pellerin - Abonnée 15 juillet 2019 21 h 59

    Opicés in utero

    Madame la journaliste,
    Est toujours intéressant pour le lecteur de savoir si le docteur dont il est question est un MD ou un Ph D. Il s'agit d'une bien grande différence, qui plus est ici, car les résultats de l'étude dont vous discutez dans votre article sont peut-être nouveaux pour le grand public, mais sont bien connus, et attendus, de la part des soignants lors d'une exposition anténatale à des opiacés.