Québec annonce 47 millions pour la DPJ pour réduire les listes d’attente

Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant

Pour se débarrasser des listes d’attente d’enfants signalés à la DPJ, le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, a annoncé jeudiqu’il va injecter une somme supplémentaire de 47 millions dans le système de protection de la jeunesse.

Cet argent doit notamment servir à embaucher près de 400 professionnels pour s’occuper des enfants.

Les 47 millions ont été répartis par région, en fonction des sommes allouées ainsi que du nombre d’employés à embaucher. Les régions de Montréal et de la Montérégie reçoivent la part du lion, avec l’ajout de 66 et 53 nouveaux intervenants respectivement. Cela s’ajoute aux 18 millions mis de côté dans le dernier budget provincial.

« Notre objectif est principalement d’éliminer les listes d’attente afin que chaque enfant puisse avoir droit aux soins et services dont il a besoin, et cela, rapidement », a souligné M. Carmant, en conférence de presse à Montréal. Il faisait ainsi référence aux enfants se trouvant à l’étape de l’évaluation des signalements par la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ).

L’un des problèmes auxquels fait face le ministre est toutefois la pénurie de personnel. Il croit cependant que l’annonce de jeudi va en partie régler cette difficulté : l’ajout de nouveaux employés va alléger la tâche de ceux déjà en poste, ce qui devrait les inciter à rester. Beaucoup ont quitté la DPJ en raison de la surcharge de travail, a-t-il affirmé.

Quant à savoir quand ces nouveaux intervenants seront en poste, le ministre n’a pu que répéter « dès que possible », soulignant que des emplois sont d’ores et déjà affichés.

En injectant ces nouveaux fonds, M. Carmant dit qu’il démontre qu’il n’a pas l’intention d’attendre les conclusions de la commission Laurent pour répondre aux besoins les plus criants.

Cette Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, dirigée par Régine Laurent, a été créée récemment et devrait entamer ses travaux cet automne. Elle a le mandat de revoir toute l’approche gouvernementale pour venir en aide aux enfants vulnérables.

Drame de Granby

Cet investissement est une réponse du gouvernement à un triste cas, qui a récemment braqué les projecteurs sur la DPJ : une fillette de sept ans de Granby, bien connue de la DPJ de l’Estrie, a succombé à ses blessures après avoir subi des mauvais traitements à répétition.

Il découle aussi d’un autre malheureux constat : le Québec a dépassé le cap des 100 000 signalements annuels à la DPJ qui a laissé des milliers d’enfants vulnérables sur des listes d’attente pendant des mois.

Pour le porte-parole libéral en matière de santé, André Fortin, il est évident que le ministre ne comprend pas la réalité du terrain.

« C’est bien d’injecter de l’argent, mais en pleine pénurie de main-d’oeuvre, il faudra trouver les gens pour remplir les 400 postes qui seront créés », a-t-il fait savoir dans une déclaration écrite.

Selon M. Fortin, le ministre n’a présenté aucun plan d’embauche, aucune cible précise ni échéancier. Bref, il est d’avis que cette injection de fonds semble être davantage « une opération cosmétique » qu’une réelle prise en charge de la situation.

Cette question d’embauche du personnel a aussi été soulevée par Carolle Dubé, présidente de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS).

Pour réellement s’attaquer au problème, il faut améliorer les conditions de travail des intervenants, dit-elle. « Il en va de l’attractivité de la profession et de la rétention du personnel qui est au bout du rouleau, épuisé par les demandes toujours plus nombreuses. »

Elle juge d’ailleurs que les 47 millions annoncés jeudi sont « nettement insuffisants » pour s’occuper correctement des enfants vulnérables.

Le syndicat évalue qu’il manque plutôt 270 millions dans les services de protection de la jeunesse pour répondre à l’augmentation des signalements des dernières années.