Le manque criant de places en CHSLD précipite les accidents, selon la FADOQ

En raison du manque de places en CHSLD, des personnes en perte d’autonomie sont transférées dans des résidences privées pour aînés qui ne sont pas accréditées pour offrir les soins plus soutenus que nécessitent ces résidents.
Photo: Renaud Philippe Archives Le Devoir En raison du manque de places en CHSLD, des personnes en perte d’autonomie sont transférées dans des résidences privées pour aînés qui ne sont pas accréditées pour offrir les soins plus soutenus que nécessitent ces résidents.

Le gouvernement doit mettre les bouchées doubles pour créer des places en CHSLD réellement adaptées aux personnes en perte d’autonomie, s’il veut éviter la répétition de drames comme ceux vécus par Hélène Rowley Hotte Duceppe en janvier dernier et une quinzaine d’autres aînés morts de froid depuis 2010.

Au lendemain de déclarations de la ministre responsable des aînés, Marguerite Blais, en réaction au rapport du coroner sur le décès de Mme Rowley Hotte Duceppe, le Réseau FADOQ estime que le resserrement de la certification des résidences privées pour aînés n’est qu’une solution à courte vue.

« Les résidences pour aînés [RPA] n’ont pas pour mission de prendre soin des personnes semi-autonomes ou à risque d’errance; elles n’offrent pas le niveau de protection requis pour s’occuper de ces personnes », a martelé jeudi Danis Prud’homme, directeur général du Réseau FADOQ, la plus importante association d’aînés au Canada.

Pour éviter de futurs drames, la ministre Blais a soutenu mercredi à Québec qu’une révision de la certification des résidences privées était en cours depuis avril et que le résultat serait connu à l’automne.

Pour la FADOQ, Québec évite de s’attaquer au coeur du problème, qui est plutôt l’inadéquation entre le type d’hébergements disponibles dans le réseau public et les soins requis par l’état de santé d’une grande proportion d’aînés vulnérables.

En raison du manque de places en CHSLD, le gouvernement transfère aujourd’hui des personnes en perte d’autonomie dans des résidences privées pour aînés qui ne sont pas accréditées pour offrir les soins plus soutenus que nécessitent ces résidents.

« Les personnes à risque d’errance, qui représentent 30 % des aînés, ne devraient tout simplement pas se retrouver en résidence privée. Le gouvernement a deux choix, offrir plus de places en CHSLD ou rehausser des résidences pour en faire des CHSLD. Malheureusement, les budgets requis ne sont pas nulle part au rendez-vous. »

Le Devoir révélait mercredi qu’une quinzaine d’aînés sont morts de froid depuis 2010 dans des conditions similaires à celles vécues par Mme Rowley Hotte Duceppe. Une preuve que trop d’aînés aboutissent dans des résidences inadaptées à leur état de santé, estime le Réseau FADOQ.

Selon l’organisme, plus de 2387 aînés sont en attente d’une place en CHSLD et la situation ira en s’aggravant. En 2011, le Québec comptait 150 000 aînés de plus de 85 ans, un nombre qui passera à 350 000 en 2031 et à 60 000 en 2041, affirme Danis Prud’homme. « Les besoins vont tripler. Depuis les années 90, déplore-t-il, on se contente de fausses solutions. »

Un aîné doit nécessiter trois heures de soins par jour pour être admissible en CHSLD, deux fois plus que dans les années 90. « On n’a fait que pousser le problème en avant, et de plus en plus de gens décèdent ou sont victimes d’accidents parce qu’ils n’ont pas accès aux soins dont ils auraient besoin. »

Pour la FADOQ, le resserrement de la certification des résidences privées n’est pas la panacée. Car comme ce fut le cas lors de l’instauration de nouvelles normes exigeant l’installation de gicleurs, plusieurs petites résidences, incapables de financer de tels changements, pourraient fermer, ce qui aggraverait encore davantage l’accès à l’hébergement supervisé pour les aînés.