Diane Francoeur en renfort à Amqui?

L’entrée du centre de natalité de l’Hôpital de La Sarre, qui éprouve aussi des ruptures de service en chirurgie
Photo: Catherine Legault Le Devoir L’entrée du centre de natalité de l’Hôpital de La Sarre, qui éprouve aussi des ruptures de service en chirurgie

La présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), Diane Francoeur, envisage de se rendre elle-même à l’Hôpital d’Amqui pour répondre à la pénurie de services pour les femmes enceintes.

« Oui, oui, elle l’envisage », a confirmé l’attaché de presse de la FMSQ, JacquesTétrault, au Devoir en fin de journée mardi.

Obstétricienne à l’Hôpital Saint-Justine, Mme Francoeur est originaire de la vallée de la Matapédia, où sa famille vit toujours. Elle en profiterait pour aller les visiter, a signalé son porte-parole.

Depuis le départ d’un de ses chirurgiens il y a un mois, l’Hôpital d’Amqui n’est pas en mesure de faire d’accouchements une semaine sur deux. Les femmes enceintes sont donc acheminées à l’Hôpital de Rimouski, à 105 kilomètres de là.

Mardi, la situation a été vivement dénoncée à l’Assemblée nationale.

« L’Hôpital d’Amqui, c’est le dernier à s’ajouter à la longue liste des hôpitaux de région en rupture de services de chirurgie », a déclaré le député libéral de Pontiac, André Fortin.

« Ça fait un mois que l’enjeu d’Amqui est connu et c’est toujours silence radio de la part de la ministre. »

La ministre Danielle McCann a alors rétorqué « qu’elle était en discussion » avec la FMSQ pour conclure une entente sur l’offre de service en chirurgie en région. Pourtant, le 22 mars dernier, le cabinet de la ministre disait que cette entente était « imminente ».

L’entente ferait en sorte que la Fédération garantisse la venue de chirurgiens dans les hôpitaux ruraux lorsqu’on manquera de spécialistes sur place.Pour y arriver, chaque hôpital de région est jumelé à un hôpital en ville, comme cela avait été fait l’an dernier avec les anesthésiologistes.

Les césariennes

Lors de la période de questions, la ministre McCann a laissé entendre que la FMSQ avait ses torts. « C’est une responsabilité des médecins spécialistes, de la Fédération des médecins spécialistes […] une responsabilité morale de voir aux services de proximité pour la population de toutes les régions du Québec », a-t-elle dit.

Du côté de la FMSQ, on prétend que les négociations stagnent parce que le ministère « tient » à ce que les chirurgiens envoyés en dépannage en région « fassent des césariennes », explique M. Tétrault. Selon nos informations, les chirurgiens refusent d’inclure les césariennes à l’entente parce que leur formation universitaire ne les forme plus pour en faire, cette pratique étant désormais réservée aux obstétriciens.

La question est au coeur du problème à Amqui où le chirurgien qui a été embauché par le Centre intégré de santé et de services sociaux du Bas-Saint-Laurent (CISSS) pour faire du dépannage affirme ne pas pouvoir pratiquer de césariennes.

Le Devoir n’a pas été en mesure de joindre le CISSS mardi pour avoir sa version des faits. Mais, selon nos informations, ce chirurgien avait suivi une formation spécifique en obstétrique à LaSalle avant de venir à Amqui pour pouvoir en pratiquer. Toutefois, une semaine avant d’arriver, il aurait appris qu’il n’était pas couvert par ses assurances.

Pendant ce temps, à Amqui, le niveau d’inquiétude est élevé. « C’est préoccupant », explique Catherine Poirier, une médecin de famille qui pratique des accouchements à l’hôpital. Lorsqu’il n’y a pas de chirurgiens sur place, il lui arrive de devoir partir en ambulance avec sa patiente à la dernière minute vers Rimouski.

La venue de Mme Francoeur en fin de semaine, dit-elle, est une bonne nouvelle. « On est contents. Ça veut dire que c’est important, que notre bataille est importante. On est contents qu’elle soit là. Ça nous fait quelques jours de découverture de moins ».

Mais ça ne règle pas tout, dit-elle « J’ai l’impression qu’au Québec, on accepte de plus en plus que les découvertures, ça puisse arriver. Il y en a eu à Charlevoix, à Sainte-Anne-des-Monts. Comme si c’était la norme en région, ce qui ne devrait pas être acceptable. »