Les préposés aux bénéficiaires au bout du rouleau

Le Québec compte un peu plus de 40 000 préposés aux bénéficiaires, surtout des femmes.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le Québec compte un peu plus de 40 000 préposés aux bénéficiaires, surtout des femmes.

Malgré les sommes qu’a prévues le gouvernement Legault pour bonifier les services du personnel soignant dans les hôpitaux et les centres de soins de longue durée, il faudra aller plus loin, car 74 % des préposés aux bénéficiaires vivent un niveau de détresse psychologique « élevé », affirme le milieu syndical.

Selon un sondage de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN) auprès de 8500 préposés, il faudra multiplier les embauches et revaloriser le travail rapidement pour que le réseau de la santé évite de se trouver en « situation de rupture de service ».

Outre le niveau de détresse élevé affectant 74 % des gens, nettement plus que le niveau de 18 % observé ailleurs sur le marché du travail, le sondage indique notamment que :

• 90 % des répondants disent être sans cesse pressés par le temps en raison de la charge de travail

• 16 % des gens disent qu’ils réussissent chaque semaine à donner le minimum d’un bain aux résidents dont ils s’occupent

• 40 % ont fait des heures supplémentaires obligatoires, et 30 % ont été soumis à des menaces de sanctions si les heures supplémentaires obligatoires étaient refusées

• 70 % doivent « faire des compromis sur la qualité du travail »

Les résultats du sondage ont été publiés dans le cadre d’un forum de réflexion auquel participaient une centaine de préposés aux bénéficiaires. La situation décrite par l’enquête est « incontestable », a dit le président de la FSSS-CSN, Jeff Begley. « Défaire les résultats de ce portrait-là, ça va être très difficile. »

De nombreuses participantes ont dit que l’enquête ne fait que traduire ce qu’elles vivent au jour le jour. « Le sondage ne me surprend pas », a dit Annie, préposée aux bénéficiaires à l’urgence de l’hôpital Charles-Lemoyne. « On voit ça au quotidien, jour, soir et nuit. » Depuis qu’elle a commencé il y a 16 ans, «[elle a] vu une détérioration du système de santé, [s]es conditions de travail ont diminué et la surcharge de travail est énorme ». Le nombre de patients par préposé a beaucoup augmenté également.

Le Québec compte un peu plus de 40 000 préposés aux bénéficiaires, majoritairement des femmes.

Message au gouvernement

« On vient lancer un cri du coeur auprès du gouvernement, auprès de la ministre [de la Santé], Danielle McCann, pour qu’ils prennent des mesures urgentes pour corriger les problèmes que vivent les préposés aux bénéficiaires, pour éviter qu’on finisse par se retrouver dans une situation de rupture de service avec les patients dans les hôpitaux et les résidents dans les CHSLD », a dit Jean Lacharité, vice-président à la CSN. Les directions d’établissement ont aussi un rôle à jouer, a-t-il précisé.

Le sondage ne me surprend pas. [...] On voit ça au quotidien, jour, soir et nuit.

Québec a récemment engagé de nouvelles sommes pour renforcer le réseau, mais « ce n’est pas suffisant », a dit M. Lacharité, qui impute l’essentiel des problèmes aux compressions du gouvernement Couillard et aux réformes de l’ex-ministre de la Santé, Gaétan Barrette.

Le budget présenté en mars par le gouvernement Legault a promis 215 millions par année, dès 2019-2020, pour l’ajout de personnel soignant. De cette somme, 200 millions permettront d’« améliorer les services » et 15 millions iront à la formation de nouveaux préposés.

Le cabinet de la ministre n’a pas souhaité commenter directement le sondage, mais il « entend les défis auxquels font face les préposés aux bénéficiaires », selon un attaché de presse en mentionnant les montants réinvestis dans le réseau.

M. Lacharité doit rencontrer la ministre McCann prochainement, et le sondage fera partie des sujets abordés.