Multiplication des intoxications au cannabis chez les enfants

Les produits comestibles de cannabis — croustilles, muffins, boissons, bonbons — seront mis en vente dès octobre prochain.
Photo: Chris Young La Presse canadienne Les produits comestibles de cannabis — croustilles, muffins, boissons, bonbons — seront mis en vente dès octobre prochain.

Le nombre de mineurs se retrouvant à l’hôpital après avoir fait une intoxication au cannabis a considérablement augmenté depuis la légalisation de cette drogue au Canada l’automne dernier.

Le centre de traumatologie de l’Hôpital de Montréal pour enfants (HME) a traité 26 cas pour intoxication ou usage du cannabis depuis l’entrée en vigueur de la loi légalisant la marijuana au pays, le 17 octobre dernier.

Parmi eux, neuf étaient âgés de moins de sept ans. À titre de comparaison, l’hôpital traitait un enfant de ce groupe d’âge pour intoxication au cannabis tout au plus tous les trois ans avant la légalisation.

« Dans [le cas des plus jeunes], c’est souvent accidentel. Les parents font des brownies ou des biscuits au pot et laissent ça traîner sur le comptoir de cuisine ou dans le frigo. Mais un enfant qui passe par là, son réflexe, ça va être d’en prendre sans se poser de questions », explique l’urgentologue et toxicologue au HME Dominic Chalut.

Même constat au Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine, à Montréal. Les intoxications au cannabis, qui s’élevaient à deux par année entre 2013 et 2016, sont passées à cinq en 2017-2018, pour finalement grimper jusqu’à 11 en 2018-2019.

Du côté de la capitale nationale, le centre antipoison de Québec a également enregistré un nombre d’appels plus élevé concernant des intoxications au cannabis depuis sa légalisation. « Il est difficile de déterminer s’il y a plus d’expositions ou si les gens se sentent plus à l’aise de nous appeler, mais nous avons répertorié 15 cas chez des enfants âgés de moins de cinq ans depuis le 6 février 2019 », précise Maude St-Onge, directrice médicale du centre.

Appel à la prudence

Elle estime nécessaire de rappeler aux consommateurs que le cannabis est « une substance psychoactive qui doit être placée hors de la portée des enfants, et ce, même lorsque le cannabis est dans son contenant original. »

« On ne laisse pas traîner des médicaments sur le comptoir, ça devrait être pareil avec le cannabis », renchérit le Dr Dominic Chalut, du HME, appelant les parents — et l’ensemble de la population — à faire preuve « d’extrême prudence ».

Le médecin fait remarquer que les effets du cannabis sont « considérables » sur les enfants. En raison de leur petite taille et de leur poids léger, ils sont plus vulnérables et ressentent d’autant plus les effets de cette drogue.

Étourdissements, perte d’équilibre, vomissements, anxiété sont les symptômes les plus courants. « Certains ont même du mal à respirer assez rapidement, ou à l’inverse ils sont très agités », raconte-t-il.

Dans des cas plus graves, les enfants ont subi des convulsions et ont dû être hospitalisés à l’unité de soins intensifs pédiatriques.

Inquiétudes

La situation est d’autant plus inquiétante, selon le Dr Chalut, que les produits comestibles de cannabis — croustilles, muffins, boissons, bonbons — seront mis en vente dès octobre prochain. « Il faut protéger nos enfants de ce type de produits. Mais surtout, comme société, on devrait se demander : voulons-nous vraiment que des drogues psychoactives se retrouvent dans des aliments inoffensifs et attirants comme des bonbons ou des biscuits ? » laisse-t-il tomber.

Prolongation des heures d’ouverture à la SQDC

À compter de lundi, les succursales de la Société québécoise du cannabis (SQDC) auront des heures d’ouverture commerciales normales. Elles seront ouvertes de 10 h à 18 h les lundis, mardis et mercredis, jusqu’à 21 h les jeudis et vendredis, et de 10 h à 17 h les fins de semaine.

De plus, une nouvelle succursale verra le jour à Gatineau le 22 mai, portant à 15 le nombre d’établissements ayant pignon sur rue dans le réseau. À court terme, six succursales doivent ouvrir dans les prochaines semaines : à Sainte-Agathe-des-Monts, à Granby, sur le chemin Queen-Mary à Montréal, à Saguenay, à Sherbrooke et à Châteauguay.

Le réseau sera porté à 43 succursales d’ici au 31 mars prochain, selon le plan de déploiement de la SQDC.
La Presse canadienne
5 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 17 mai 2019 01 h 08

    Le manque de jugement de certains décideurs publics

    Au sein de la machine de l’État canadien, personne ne semble soupçonner que c’est une mauvaise idée que de mettre de la drogue dans quelque chose d’aussi attrayant pour les enfants que des bonbons, des chocolats, des biscuits ou des petits gâteaux.

    L’expérience désastreuse des États américains qui ont légalisé cela aurait dû tuer dans l’œuf l’intention stupide de les imiter.

    Dans tous les États où on a autorisé la vente des produits dérivés, on a assisté à une augmentation significative et durable du nombre d’admissions aux urgences pour empoisonnement, notamment chez les enfants.

    À voir ce à quoi mène la légalisation du cannabis, il n’est pas étonnant que l’appui à légalisation diminue dans l’opinion publique, notamment chez les parents de jeunes enfants.

    Heureusement, les parents inquiets auront bientôt l’occasion de régler le portait des politiciens fédéraux qui n’ont pas de jugement.

    https://www.ledevoir.com/opinion/libre-opinion/544886/non-a-la-bouffe-psychedelique

  • Alain Miville de Chêne - Abonné 17 mai 2019 06 h 49

    Un peu de perspective SVP

    Ne perdons pas de vue le contexte. Les enfants s'empoisonnent régulièrement avec toutes sortes de choses dont le cannabis qui est le moindre de nos soucis.

    Près de 200 jeunes enfants au Québec ont été victimes d’une intoxication à l’acétaminophène en moins de deux mois.
    Entre le 6 février et le 28 mars dernier, le Centre antipoison du Québec a dénombré 187 cas d’enfants de moins de cinq ans qui ont été victimes accidentellement de ce médicament.

    Cannabis 11, acétaminophène 1200.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 17 mai 2019 14 h 32

      Cannabis 11, acetaminiphene 1200 _avant_ la légalisation des produits dérivés. C’est 11 enfants de trop.

      Au sujet de l’acétaminophene (Tylenol), on n’a pas le choix; c’est de loin l'analgésique le plus sécuritaire chez les nourrissons et les enfants.

      Mais avons-nous vraiment besoin de friandises au THC ? Où est le _besoin_ M. Miville de Chêne ?

      Pour imaginer ce que ce sera après, voir l’expérience désastreuse des États américains qui ont commis l’imprudence de légaliser les produits dérivés et qui ne peuvent retourner en arrière de peur d'être poursuivis par les entreprises qui réclameraient alors leurs pertes financières.

  • Roxane Bertrand - Abonnée 17 mai 2019 07 h 17

    Pour l’Halloween....

    ....on fait quoi comme parent pour trier les bonbons s’ils ont l’air d'être dans leur emballage d’origine?

    Pas une bonne idée!

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 17 mai 2019 08 h 57

      Le problème ne viendra pas des friandises dans leur emballage d’origine parce que c’est cet emballage, différent, qui permettra de reconnaître les friandises au cannabis.

      Le problème viendra des friandises qui ne sont pas enveloppés individuellement.

      Dorénavant, à l’Halloween, les parents devront, dès leur retour à la maison, jeter _systématiquement_ toutes les friandises sans enveloppe de cellophane, de peur que ce soit des friandises au THC déballées.

      À part les breuvages au cannabis, la légalisation de tous les autres produits dérivés est une décision stupide dont le gouvernement Trudeau paiera très certainement les conséquences politiques.

      À sa place, s’y renoncerais immédiatement, alors que ce n’est pas encore un enjeu électoral.