Des médecins spécialistes au «chômage médical»

Ce sont d’ailleurs dans les spécialités chirurgicales et dans celles nécessitant d’importantes ressources — comme la neurochirurgie, la radio-oncologie, l’orthopédie ou encore la médecine nucléaire — que les médecins peinent à trouver un emploi.
Photo: iStock Ce sont d’ailleurs dans les spécialités chirurgicales et dans celles nécessitant d’importantes ressources — comme la neurochirurgie, la radio-oncologie, l’orthopédie ou encore la médecine nucléaire — que les médecins peinent à trouver un emploi.

Diplôme en main, les nouveaux médecins spécialistes au Canada doivent jouer du coude pour décrocher un poste. Près de 19 % d’entre eux se retrouvent sans emploi en sortant de leur formation. En dessous de la moyenne canadienne, le Québec compte pour sa part 14 % de nouveaux spécialistes au « chômage médical ».

C’est du moins ce que révèle une enquête réalisée par le Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada (CRMCC), publiée mercredi et dont Le Devoir a obtenu copie. Dans son rapport, le CRMCC s’appuie sur les données d’une précédente enquête sur le sujet datant de 2013, ainsi que sur le point de vue de 6200 répondants d’un sondage envoyé en ligne.

À travers le pays, ce sont donc 19 % des nouveaux médecins spécialistes et surspécialistes qui ont témoigné de difficultés à se trouver un emploi en 2017, tandis que 43 % ont préféré tout de suite se lancer dans une autre formation ou dans un stage de perfectionnement, par passion ou pour s’assurer d’avoir ensuite un poste.

Parmi ceux qui étaient en recherche active d’un travail, 7 % ont d’ailleurs déclaré envisager de suivre une formation complémentaire pour contourner le chômage et améliorer leurs chances de décrocher un emploi à long terme.

Pour l’une des chercheuses principales de l’étude, Danielle Fréchette, la situation est d’autant plus préoccupante qu’elle semble devenir une norme avec les années. Elle rappelle qu’en 2011, lors de la première étude du CRMCC sur le sujet, 14 % des répondants avaient déclaré avoir du mal à trouver un emploi dans leur domaine.

Trop de spécialistes ?

« On ne peut pas dire qu’on a trop de médecins spécialistes si l’on regarde les listes d’attente pour les opérations, mais aussi les taux d’épuisement professionnel dans la profession. On manque de postes plutôt », laisse tomber Mme Fréchette, qui est aussi directrice exécutive au bureau de la recherche et des politiques de la santé au Collège royal.

Et les répondants au sondage lui donnent raison : 82 % d’entre eux estiment qu’il n’y a pas assez d’emplois à temps plein pour accueillir tous les nouveaux certifiés. Le manque d’accès aux postes affichés et le besoin de rester proche de sa famille — qui empêche donc de présenter sa candidature dans une autre ville ou province — sont également mentionnés.

Mais d’après la chercheuse du CRMCC, il est surtout question d’une pénurie d’effectifs et de lacunes dans la planification des soins de santé. « Ces médecins étudient pendant 10, 12, voire 15 ans, mais se heurtent à un manque de ressources disponibles. » En raison des compressions budgétaires dans le milieu de la santé, le temps d’utilisation des salles d’opération diminue, de plus en plus de lits sont fermés, et les établissements réduisent le nombre de postes.

Ce sont d’ailleurs dans les spécialités chirurgicales et dans celles nécessitant d’importantes ressources — comme la neurochirurgie, la radio-oncologie, l’orthopédie ou encore la médecine nucléaire — que les médecins peinent à trouver un emploi, selon l’enquête du CRMCC.

« Au moins, la bonne nouvelle, c’est que la majorité de ces spécialistes qui ne trouvaient pas d’emploi (61 %) en ont finalement trouvé un dans leur domaine, mais ça peut prendre pour certains jusqu’à 75 mois. Ça prend du temps, mais c’est encourageant de voir que ça aboutit », conclut Mme Fréchette.

Et au Québec

De son côté, Diane Francoeur, la présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), ne s’inquiète pas outre mesure de la situation. Elle se dit même « contente » de voir que la province se situe en dessous de la moyenne canadienne en ce qui concerne la proportion de médecins spécialistes sans emploi en sortant de leur formation.

« Dans les dernières années, on a eu moins de postes vacants pour faire sa résidence dans certaines spécialités », reconnaît-elle, rappelant que le Québec a plutôt favorisé la première ligne, en augmentant le nombre de postes en médecine familiale, au détriment des spécialisations.

Il n’en reste pas moins que les régions vivent une pénurie de main-d’œuvre, dit-elle. « Il y aura toujours des postes à pourvoir en région, et ce n’est pas une punition d’aller là », poursuit la présidente de la FMSQ.