Les inondations mettent aussi la santé des sinistrés à l’épreuve

Les crues printanières font présentement des dégâts au Québec et dans l'est du Canada.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Les crues printanières font présentement des dégâts au Québec et dans l'est du Canada.

Les inondations ont des conséquences physiques et mentales sur les sinistrés, prévient une sociologue du Nouveau-Brunswick au moment où de nouvelles crues dévastent aussi bien sa province que le Québec voisin et l’Ontario.

Julia Woodhall-Melnik, une professeure adjointe à l’Université du Nouveau-Brunswick à Saint-Jean, étudie les effets qu’ont eus sur la santé des sinistrés les inondations et les évacuations de l’an dernier.

« La perte de logement en général peut entraîner fatigue, dépression, anxiété, chagrin, troubles du sommeil et développement du syndrome de stress post-traumatique », a-t-elle déclaré lors d’une entrevue.

Mme Woodhall-Melnik a interrogé des personnes en mars et en avril, avant le début des inondations de 2019, mais tous s’inquiétaient déjà d’une répétition de la catastrophe de l’an dernier, a-t-elle dit.

Plusieurs Néo-Brunswickois étaient déjà inquiets et stressés, selon elle.

« Une femme a décrit cela de la manière suivante : “Nous prévoyons des inondations chaque année, nous ne savons tout simplement pas à quel point ce sera grave” », a-t-elle déclaré.

« Certains d’entre eux s’en tiraient très bien, croyant que 2018 était une inondation unique. “Nous ne reverrons probablement jamais cela, alors ça va” . D’autres disaient, cela pourrait être la nouvelle normalité. »

Se remettre sur pied

Son étude est financée par l’Institut de prévention des sinistres catastrophiques, mais Mme Woodhall-Melnik a assuré qu’elle ne serait pas utilisée pour établir des facteurs de risque pour les compagnies d’assurance.

Au lieu de cela, dit-elle, son but est d’apprendre à réduire l’impact de ces événements — en particulier sur la santé mentale — et de déterminer le capital social nécessaire pour se remettre des inondations.

« Le rôle des voisins et des amis, des politiciens, des systèmes officiels, des premiers intervenants, de la province et du gouvernement fédéral — nous avons examiné quels obstacles les sinistrés rencontraient pour accéder à différents types de capitaux et comment cela les affectait », a-t-elle expliqué.

Elle a ajouté que la plupart des gens ont parlé des soutiens informels qu’ils ont reçus l’année dernière, tels que des voisins et même des étrangers apportant de la nourriture, offrant des bateaux et aidant à remplir des sacs de sable.

Les chercheurs ont organisé des groupes de discussion avec plus de deux douzaines de résidents et ont également parlé à dix personnes impliquées dans la réponse officielle aux inondations.

Des choix déchirants

Mme Woodhall-Melnik a précisé que plusieurs sinistrés doivent maintenant choisir entre déménager et rendre leur maison plus résistante aux inondations.

« Ça va de ceux qui disent : “J’aime vraiment ma communauté et je ne veux pas partir, mais je ne sais pas si je peux rester”, à ceux qui habitent sur des propriétés qui ont appartenu à leurs grands-parents, a-t-elle dit. Ils ont un lien familial profond avec leur maison et devoir partir serait déchirant pour eux. »

Elle a ajouté que l’une des recommandations les plus courantes formulées par les habitants était d’inviter l’armée à apporter son aide en cas d’inondation — ce qui a été fait rapidement cette année.

Un rapport sur l’étude sur les inondations de 2018 devrait être publié début juillet.

Mme Woodhall-Melnik a révélé que les recommandations iraient des moyens de fournir les informations dont le public a besoin aux moyens de réduire l’impact sur la santé mentale des résidants — à la fois pendant et après les inondations.

Et elle a ajouté qu’avec la répétition d’inondations majeures dans la province cette année, un financement a été obtenu pour poursuivre l’étude dans l’année à venir.