Nouvelle peau, nouvelle vie

Simon Bessette a pu retrouver une vie normale après avoir subi de graves brûlures sur plus de la moitié de son corps. Il est entouré du Dr Ali Izadpanah, chef du département de chirurgie au Centre des grands brûlés du CHUM, de Nathalie Rouchet, infirmère en chef, et de Vanessa Pelletier-Jourdain, porte-parole d’Hema-Québec.
Photo: CHUM Simon Bessette a pu retrouver une vie normale après avoir subi de graves brûlures sur plus de la moitié de son corps. Il est entouré du Dr Ali Izadpanah, chef du département de chirurgie au Centre des grands brûlés du CHUM, de Nathalie Rouchet, infirmère en chef, et de Vanessa Pelletier-Jourdain, porte-parole d’Hema-Québec.

Méconnus, les dons de peau et d’autres tissus humains peuvent pourtant sauver des vies. Comme celle de Simon Bessette, dont 52 % du corps a subi des brûlures sévères après que le jeune homme eut été électrocuté. C’est pourquoi le CHUM a mis en place une équipe spéciale qui a réussi en peu de temps à générer une hausse de 182 % des recommandations de dons de tissus humains.

Cette peau donnée et précieusement conservée à –80 °Celsius a été essentielle pour soigner Simon et assurer son rétablissement.

Tout le haut du corps du jeune homme de 28 ans a été brûlé au 3e et au 4e degré — sauf les paumes de ses mains et un côté de son visage. Il a perdu une oreille et un pouce. Plus de 50 chirurgies ont été nécessaires dans le premier mois qui a suivi son accident d’escalade urbaine, en 2012.

Il a eu besoin de nombreuses greffes de peau — en plusieurs étapes — qui provenaient de dons de tissus, préservés et distribués aux hôpitaux par Héma-Québec. L’organisme en distribue plus de 5000 par an pour des personnes malades ou accidentées.

Je suis tellement reconnaissant envers l’équipe médicale, mais aussi envers les donneurs. Moi, sans ça, je serais mort, c’est sûr.

Outre la peau et les produits biologiques comme le sang, il recueille aussi des tendons, des tissus oculaires (pour des greffes de cornée) et des tissus cardiovasculaires et musculo-squelettiques, entre autres.

Il ne s’agit pas d’esthétique : les plaies causées par les brûlures doivent absolument être recouvertes car la peau est essentielle pour protéger le corps des infections et contrôler sa température.

Aujourd’hui, Simon a 35 ans et étudie en agronomie. « Mon niveau de vie, de bonheur, est le même qu’avant », dit le jeune homme, qui a repris sa vie normale et ses sports préférés. Il a voulu faire part de son expérience pour faire connaître le don de tissus humains.

« Je suis tellement reconnaissant envers l’équipe médicale, mais aussi envers les donneurs. Moi, sans ça, je serais mort, c’est sûr. »

Il a ce message pour les Québécois : signez l’envers de votre carte d’assurance maladie et avisez vos proches que vous souhaitez faire don de vos organes et tissus humains.

Nouvelle approche

Parce qu’ils sont si essentiels, le Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) a revu ses façons de faire pour approcher les familles et discuter avec elles des dons de tissus. Une équipe de 12 personnes a été formée pour rencontrer les proches et leur parler non seulement des possibilités, mais de tout le bien que les dons peuvent réaliser.

Le système est maintenant centralisé et harmonisé, mais aussi plus intime pour les familles qui traversent des moments difficiles. Le Québec est la deuxième province à avoir instauré cette façon de fonctionner, après le Manitoba. Les responsables attribuent le succès du programme à l’expertise de la nouvelle équipe.

Depuis sa création en mai 2018, le CHUM a calculé une hausse de 182 % de ses recommandations de donneurs à Héma-Québec, passant de 20 à 381. Ces recommandations sont transmises à Héma-Québec, qui s’occupe de transformer ces donneurs potentiels en réels donneurs.

Héma-Québec ne manque pas de tissus humains pour l’instant, mais préfère en avoir plus que moins, en cas d’accidents majeurs. Et puis, cela lui permet de conserver les donneurs de meilleure qualité parmi ceux qui sont recommandés.

Pour le docteur Ali Izadpanah, directeur de la chirurgie à l’Unité des grands brûlés au CHUM, cette peau humaine donnée a littéralement changé la donne.

Il explique que, lorsqu’un patient qui arrive dans son unité est brûlé sur 70 % de son corps, il reste peu d’endroits où la peau peut encore être prélevée pour être placée sur les plaies. Sans oublier que, peu de temps après l’accident, le patient est souvent trop instable pour des prélèvements de peau.

Il y a 10 ou 15 ans, la peau animale pouvait être utilisée en attendant de pouvoir prélever la peau du patient, précise-t-il. Mais cette peau animale ne peut rester en place que quelques jours, alors que la peau humaine a une longévité de trois à quatre semaines.

Ces homogreffes servent de « pansements biologiques » et tombent au bout de quelques semaines, en attendant que l’on puisse utiliser la peau du patient qui, elle, pourra rester de façon permanente. La peau peut aussi être développée en laboratoire à partir d’un échantillon, mais cela prend environ cinq semaines. Pour certains patients, ce serait trop tard.

Sans cette peau provenant de donneurs, « la mortalité va beaucoup augmenter », tranche le Dr Izadpanah.

Le CHUM traite 75 % des grands brûlés du Québec. L’autre centre de soins spécialisés est situé à Québec.