Soigner la planète pour guérir les malades

L’Association canadienne des médecins pour l’environnement appelle les citoyens à se mobiliser contre les changements climatiques.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne L’Association canadienne des médecins pour l’environnement appelle les citoyens à se mobiliser contre les changements climatiques.

Inquiète de soigner et même de perdre de plus en plus de patients en raison des changements climatiques, une coalition de médecins, d’infirmiers, et de professionnels de la santé lance un cri d’alarme et presse le gouvernement du Québec d’agir.

« Comment vivre en santé alors que notre environnement, lui, est malade ? » a lancé d’un air indigné Shirley Dorismond, vice-présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) lors d’une conférence de presse mardi matin, à Montréal.

 

À l’appel de l’Association canadienne des médecins pour l’environnement (ACME), une vingtaine d’organisations du milieu de la santé ont décidé d’unir leurs voix pour rappeler que les changements climatiques représentent une des plus grandes menaces à la santé du XXIe siècle, comme l’avait déjà souligné plus tôt cette année l’Organisation mondiale de la santé.

D’après les membres du regroupement, les impacts se font d’ailleurs déjà sentir dans les salles d’urgence. « Quand j’ai commencé, il y a trente ans, il n’y avait pas de décès aux urgences liés aux vagues de chaleur intense, on ne voyait jamais ça. [Désormais] c’est devenu absolument infernal dans nos urgences l’été », a indiqué l’urgentologue Éric Notebaert. Il rappelle que ce sont les personnes les plus fragiles qui en souffrent le plus et sont le plus à risque d’en perdre la vie.

« Le diachylon ne suffit plus : c’est un véritable “code bleu” qui est lancé, comme ce qu’on crie à l’urgence lorsqu’un patient tombe en arrêt cardiaque ! » a renchéri Claudel Pétrin-Desrosiers, porte-parole de l’ACME.

Le diachylon ne suffit plus : c’est un véritable “code bleu” qui est lancé, comme ce qu’on crie à l’urgence lorsqu’un patient tombe en arrêt cardiaque !

Aux yeux de ces travailleurs du milieu de la santé, le lien entre les changements climatiques et les problèmes de santé de la population n’est plus à prouver. Et la situation va inévitablement s’intensifier dans les années à venir. Ils évaluent que d’ici 50 ans, 20 000 personnes décéderont à cause des changements climatiques au Québec.

Les vagues de chaleur intense se feront plus fréquentes, la plus grande pollution atmosphérique augmentera les crises d’asthme et les problèmes cardiorespiratoires, tandis que les insectes responsables de la propagation de diverses maladies — comme la maladie de Lyme — s’étendront sur de plus grands territoires. C’est sans parler des inondations et autres catastrophes naturelles qui engendrent beaucoup de stress chez les sinistrés.

Au Québec, ce sont les vagues de chaleur qui inquiètent particulièrement la coalition. La Dre Claudel Pétrin-Desrosiers rappelle que 86 personnes ont perdu la vie l’été dernier, principalement des personnes âgées, en raison de la canicule. « 86 décès en excès qui n’auraient pas dû arriver », déplore-t-elle.

Interpellée sur le sujet en après-midi, la ministre de la Santé, Danielle McCann, s’est voulue rassurante. « On fait le tour des CHSLD en ce moment [et] 92 % [d’entre eux], notamment dans les zones les plus chaudes du Québec, ont un endroit climatisé. Pas nécessairement dans les chambres, [mais] dans des aires communes. »

Appel à l’action

Pour les vingt organisations en santé, le gouvernement doit en faire plus. Plusieurs gestes pourraient déjà être faits, tels que la réduction de la dépendance au pétrole, la transition vers le transport collectif et actif ou encore le verdissement des villes.

Des actions qui ne devraient pas être vues comme des dépenses, mais des investissements en santé, car elles diminueront les visites aux urgences, les hospitalisations et les maladies chroniques, d’après le regroupement.

Elle en a profité pour appeler la population à se mobiliser et à faire entendre sa voix auprès des élus en participant à la grande manifestation de la Semaine de la Terre qui aura lieu samedi prochain.

1 commentaire
  • Daniel Bérubé - Abonné 25 avril 2019 21 h 06

    C'est officiel...

    la chaleur est plus dur a combattre que le froid, car face au froid, nous n'avons qu'à nous habiller et le tour est joué; par contre, de par la chaleur, même quand nous somme en "caleçon"... il fait encore chaud !

    Malheureusement, pour nos gouvernements, se préoccuper de la santé pour les années à venir c'est trop long... surtout si ça dépasse les prochaines élections... c'est trop loin. La vision du court terme sera sans doute une des raisons principale du boulversement climatique qui nous attend, car reconnaissons-le, nous ne voyons encore aujourd'hui que " l'ombre " de ce qui nous attend. Si nous comparerions à un accouchement, nous n'en somme aujourd'hui qu'à la période de fatigue AVANT le début des contractions... imaginez le reste.