Taxer le sucre, une stratégie efficace?

Aujourd'hui, une trentaine de pays imposent une taxe sur le sucre par souci de santé publique.
Photo: Eric Piermont Agence France-Presse Aujourd'hui, une trentaine de pays imposent une taxe sur le sucre par souci de santé publique.

Alertés par l’épidémie mondiale d’obésité, plusieurs pays songent à taxer les boissons sucrées ou à interdire les distributeurs en milieux scolaires et sportifs. À la surprise générale, l’Organisation mondiale de la santé n’a pas appuyé cette solution en juin dernier, les avis « étant contradictoires ». Mais que disent les études ?

Ces dernières années, plusieurs pays, dont la Grande-Bretagne, la France et le Mexique, ont mis en place une taxe sur les boissons sucrées afin de décourager les mauvaises habitudes alimentaires et de prévenir, entre autres problèmes de santé, le diabète et l’obésité. Est-ce une stratégie efficace ?

L’origine de l’idée

L’idée de taxer le sucre, en ciblant notamment les boissons gazeuses et les jus de fruits additionnés de sucre, n’est pas nouvelle. La Norvège et le Danemark ont été parmi les premiers à instaurer cette taxe en 1922 et en 1930 ; il s’agissait toutefois à cette époque de décisions économiques. Ce ne sera qu’en 2011 que des pays, à commencer par la Hongrie, imposeront une taxe par souci de santé publique. Ils sont maintenant une trentaine.

 
10 %
L’OMS recommande de limiter à moins de 10 % l’apport calorifique quotidien issu des sucres libres. Ceux-ci incluent les sucres ajoutés aux aliments et aux boissons par le fabricant, le cuisinier ou le consommateur, ainsi que les sucres naturels présents dans le miel, les sirops, les jus de fruits et les jus de fruits à base de concentré.

En 2016, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) incitait d’ailleurs les différents gouvernements à adopter cette mesure fiscale. « Tout comme la taxation du tabac contribue à réduire la consommation de tabac, la taxation des boissons sucrées peut contribuer à réduire la consommation de sucre », lisait-on au terme d’un rapport consacré à une analyse comparative des politiques fiscales.

Qu’en dit la recherche scientifique ?

Certaines données semblent aller dans le sens des promoteurs de cette mesure. Par exemple, d’après une méta-analyse publiée en 2013 dans BMC Public Health, qui a examiné neuf études, les auteurs remarquent que, quand on applique une taxe sur les boissons sucrées, la consommation de lait et d’autres boissons plus santé tend à augmenter.

À l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), des chercheurs ont scruté les études empiriques sur l’effet de la taxation des boissons sucrées à Berkeley, une ville californienne, et au Mexique. « On observe une diminution de l’achat de boissons sucrées », confirme Marie-Claude Paquette, diététiste et conseillère scientifique spécialisée à l’INSPQ, qui est coauteure du document Analyse d’une politique publique : la taxation des boissons sucrées, publié en 2018.

Toutefois, de là à avancer qu’une taxe sur les boissons sucrées aide à prévenir le diabète et l’obésité, il y a un grand pas à faire. « Il n’y a pas d’étude qui va aussi loin pour démontrer les effets positifs de la taxe. Possiblement parce que ce sont des initiatives récentes et que ces effets se mesurent à long terme », indique Mme Paquette.

Comme le concluait d’ailleurs la méta-analyse de BMC Public Health, « les quelques études disponibles donnent à penser que des prix plus élevés sur les boissons sucrées pourraient entraîner de légères réductions de poids dans la population », mais des recherches futures sont nécessaires pour comprendre les conséquences d’une telle taxe.

« C’est difficile de faire un lien entre un aliment, même si on le consomme quotidiennement, et le développement, par exemple, de l’obésité sur une longue période. Parce que c’est une condition complexe influencée par l’alimentation, mais également par l’activité physique, le stress, la génétique », ajoute Mme Paquette.

Un signal fort

Au bout du compte, cette décision d’imposer une taxe sur les boissons sucrées serait un choix politique plutôt que scientifique. Les pays qui introduisent cette taxe lancent un signal fort à la population, souligne Marie-Claude Paquette. L’attention médiatique et le débat qui sera effectué autour de la taxe conduiront les individus à se poser des questions et à être davantage sensibilisés. Et, qui sait, à changer leurs habitudes alimentaires.

Mais il faudra bien plus qu’une taxe sur les boissons sucrées pour venir à bout des problèmes de santé reliés au surplus de sucre. « La taxe sur les boissons sucrées doit faire partie d’une série de mesures, comme promouvoir la consommation d’eau, assurer un accès à des aliments sains et améliorer la qualité de l’alimentation dans son ensemble », souligne la chercheuse de l’INSPQ.

Verdict

La taxe sur les boissons sucrées pourrait avoir comme effet de diminuer leur consommation, sans pour autant qu’on puisse affirmer que cette mesure ferait diminuer le taux d’obésité.

Les Canadiens et le sucre

Chaque Canadien consomme 110 g de sucre en moyenne par jour.

Les boissons (lait, jus, etc.) comptent pour :

44 % du sucre consommé par les enfants et les adolescents
35 % de celui consommé par les adultes

Source: Statistique Canada (2011)