Danielle McCann veut «prendre soin» du personnel hospitalier

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Photo: Getty Images

«Ça change actuellement. Je ne vous dis pas "ça va changer", ça change», a insisté Mme McCann au sujet des représailles auxquelles ont dû faire face des infirmières pour avoir dénoncé leurs conditions de travail et leur épuisement.

L’époque des représailles est révolue dans le système de santé au Québec, assure la ministre Danielle McCann. Elle invite tous les acteurs du réseau à parler et à entreprendre le dialogue afin de reconstruire un système à partir de la base.

La ministre de la Santé et des Services sociaux a lancé cet appel à la toute fin du panel politique du sommet du Forum de la relève étudiante pour la santé au Québec (FRESQue), samedi après-midi, à l’Université de Montréal.

« Sentez-vous à l’aise, parlez. Dites-nous ce que vous pensez. Donnez-nous des solutions », a-t-elle lancé à l’intention des dizaines de futurs professionnels de la santé qui assistaient au débat réunissant les porte-parole en santé de chaque parti de l’Assemblée nationale ainsi que la ministre.

« Ça change actuellement. Je ne vous dis pas "ça va changer", ça change », a insisté Mme McCann qui réagissait à une intervention du député Sol Zanetti de Québec solidaire au sujet des représailles auxquelles ont dû faire face des infirmières pour avoir dénoncé leurs conditions de travail et leur épuisement.

Selon la ministre, cette pratique a bien été exercée dans le réseau dans les dernières années, mais elle a confirmé à La Presse canadienne que cela est terminé.

« Il faut que ce soit terminé. On est dans un contexte de bienveillance pour les citoyens, pour les patients et pour le personnel. On parle de dialogue constructif, de collaboration et pour qu’il y ait un dialogue il faut s’ouvrir des deux côtés », a-t-elle réitéré après l’événement.

Le thème du sommet annuel du FRESQue portait sur l’environnement de soins et particulièrement sur les conditions de travail ainsi que le partage des tâches dans le système de santé. La détresse que vivent des milliers d’intervenants de la santé, des préposés aux infirmières et jusqu’aux médecins représente un enjeu majeur.

Pour la première fois en quatre éditions, le panel politique comptait un représentant de chaque parti, soit Mme McCann de la Coalition avenir Québec, André Fortin du Parti libéral, Sol Zanetti de Québec solidaire et Sylvain Gaudreault du Parti québécois.

Maximiser les compétences

Les panélistes n’ont pas eu à débattre farouchement, alors que plusieurs éléments semblaient plutôt faire consensus. Principalement l’importance de l’interdisciplinarité, soit améliorer la collaboration entre les divers professionnels de la santé et déléguer des tâches à des gens qui ont la compétence de les accomplir, mais à qui on ne permet pas de le faire.

Danielle McCann en a profité pour faire une promesse aux étudiants : il n’y aura pas de nouvelle réforme dans la structure du système de santé. « On va faire une réforme qui n’a jamais été faite, c’est une réforme de l’accès et on ne peut pas la faire sans prendre soin de notre personnel, a-t-elle soutenu. Aujourd’hui, on a l’opportunité de régler le problème de l’accès au réseau de la santé une fois pour toutes. »

Pour y arriver, elle mise sur la redistribution des tâches. Déjà, les médecins ont accepté de déléguer certains actes aux infirmières praticiennes spécialisées (IPS). Elle entend poursuivre dans cette voie et mettre à contribution les pharmaciens et les travailleurs sociaux.

Une mission qui devrait pouvoir facilement s’accomplir une fois que le modèle de rémunération des médecins sera modifié, croit la ministre.

« Nous sommes mûres pour le faire. Quand on va modifier le mode de rémunération des médecins, il va y avoir un décloisonnement », a-t-elle promis en martelant l’importance de déployer la totalité des compétences et des capacités de chaque professionnel qui travaille dans le réseau.

De son côté, Sol Zanetti a plaidé pour une « révolution copernicienne ». Selon lui, tout comme Copernic a découvert que le soleil ne tourne pas autour de la Terre, il faut arrêter de croire que le système de santé tourne autour des médecins. Il doit tourner autour des patients, dit-il.

Entre autres choses, Sylvain Gaudreault a soulevé l’importance de prendre en considération les impacts de l’urgence climatique sur le système de santé. « Dans tous les projets du gouvernement, il faut évaluer les effets sur la santé publique », a réclamé le député péquiste.

André Fortin a rappelé que le principal défi est celui de la main d’oeuvre. Le gouvernement peut bien augmenter les dépenses de 5,4 pour cent ou injecter 200 millions $ pour créer plus de postes d’infirmières, il faut que la main-d’oeuvre qualifiée soit disponible.

Faire bouger les choses

Selon la vice-présidente affaires externes du FRESQue, Jennifer Dahak, ce sommet est l’occasion de rassembler tous les intervenants de la santé pour faire bouger les choses.

Elle souligne notamment que pour offrir de meilleurs soins, une meilleure coordination et une meilleure accessibilité, il faut d’abord du personnel en forme, apte à travailler, qui bénéficie de conditions de santé gagnantes qui se reflètent ensuite sur la qualité du service au patient.

Les discussions ont d’ailleurs porté sur cinq grands axes : les conditions de travail, l’interdisciplinarité, le patient partenaire au centre des discussions, les ressources matérielles et physiques ainsi qu’un réseau numérique mieux connecté.

Au terme du sommet, dimanche, un cahier des recommandations sera envoyé au bureau de la ministre de la Santé.

« L’idée est de faire escalader les recommandations des étudiants. Ces propositions sont basées sur les données probantes, sur la science et sur le savoir pour faire bouger les choses et de faire du Québec un milieu de soins plus orienté vers le rétablissement », explique Mme Dahak qui est candidate au doctorat en santé publique, en organisation des soins.

Fondé en 2016 par des étudiants des universités Laval et McGill, le FRESQue a pour objectif d’unir les futurs professionnels du milieu de la santé et de la recherche en santé afin de bâtir un réseau « plus juste, équitable, publique et plus fort », précise Jennifer Dahak.