Le nouveau «Guide alimentaire» permet de réaliser des économies

Les auteurs de l'étude ont constaté qu’une famille de quatre personnes, par exemple, pourrait économiser près de 7% sur sa facture annuelle d’épicerie.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Les auteurs de l'étude ont constaté qu’une famille de quatre personnes, par exemple, pourrait économiser près de 7% sur sa facture annuelle d’épicerie.

Si plus du quart des Canadiens estiment que le nouveau Guide alimentaire les dirige vers des choix peu abordables, suivre ses recommandations dégage pourtant des économies sur leur facture d’épicerie… du moins pour l’instant.

C’est ce que révèle l’étude Le « Guide alimentaire canadien » : sensibilisation, compréhension et obstacles à l’accessibilité et son adoption par les Canadiens, publiée conjointement par l’Université Dalhousie et l’Université de Guelph jeudi, et dont le Devoir a obtenu copie.

En comparant les coûts et les portions recommandées dans les versions de 2007 et 2019 du Guide alimentaire, les auteurs ont constaté qu’une famille de quatre personnes, par exemple, pourrait économiser près de 7 % sur sa facture annuelle d’épicerie en préparant ses repas en fonction des nouvelles recommandations.

Rappelons que la dernière version du guide, dévoilée en janvier, a mis l’accent sur les fruits et légumes ainsi que les protéines végétales. De leur côté, les produits laitiers et les protéines animales, sans disparaître, y ont perdu leur piédestal.

« C’est une bonne nouvelle de voir les familles épargner en mangeant sainement, mais ça risque de ne pas durer », laisse tomber Sylvain Charlebois, l’un des auteurs de l’étude et professeur en distribution et politiques agroalimentaires à l’Université Dalhousie.

26,5 %
C’est le pourcentage de Canadiens qui estiment que les recommandations du nouveau Guide alimentaire canadien ne sont pas abordables.

Il rappelle que la croissance du prix des fruits et légumes est plus rapide que celle de la viande. De plus, la forte demande en aliments d’origine végétale — générée par les conseils du nouveau guide — pourrait encore plus faire grimper la facture d’ici quelques années.

Cela fait déjà un moment que les Canadiens se tournent davantage vers la cuisine végétale, certains ayant même tiré un trait sur toutes les protéines animales. D’après M. Charlebois, on compte près de 466 000 véganes au pays. Et plus de 3 millions de Canadiens se disent végétariens ou végétaliens.

D’ailleurs, à titre d’exemple, certains commerces se sont retrouvés en rupture de stock de tofu début janvier au Québec, avant même la publication du nouveau Guide alimentaire canadien. Les principaux producteurs de la province, Unisoya et Soyarie, ont alors décidé de doubler leur capacité de production cette année pour répondre à la demande grandissante pour cette protéine végétale.

« Si on aspire à une assiette comme celle présentée par Santé Canada, il faudrait arrimer nos ambitions nutritionnelles avec notre capacité de production nationale », croit M. Charlebois.

Il suggère notamment de développer des économies d’échelle. « Il y a des serres énormes qui se bâtissent au Canada pour le cannabis. Pourquoi ne pas le faire pour les tomates, le céleri, les concombres, etc. ? »

Le directeur général de l’Union des producteurs agricoles (UPA), Charles-Félix Ross, n’est pas de son avis. Il soutient que les importations, les aléas climatiques ainsi que la fluctuation du dollar canadien ont bien plus d’impact sur le coût des fruits et légumes que l’adhésion des Canadiens à une alimentation végétale.

Jocelyn St-Denis, directeur général de l’Association des producteurs maraîchers du Québec (APMQ), abonde dans le même sens. « Avec les aléas de la température en Californie, on se souvient tous des choux-fleurs à 7 $ il y a deux hivers. »

«On est au deuxième rang des provinces productrices de fruits et légumes au Canada. Si la demande augmente, on va juste moins exporter et vendre davantage localement », assure M. St-Denis.