Un vaccin contre la coqueluche gratuit, mais d’accès limité

Vacciner la femme enceinte, entre la 26e et la 32e semaine de grossesse, permet de protéger le nourrisson en début de vie. Il faut quatre semaines pour que l’immunité se développe.
Photo: iStock Vacciner la femme enceinte, entre la 26e et la 32e semaine de grossesse, permet de protéger le nourrisson en début de vie. Il faut quatre semaines pour que l’immunité se développe.

Le vaccin contre la coqueluche a beau être recommandé et gratuit pour les femmes enceintes depuis près d’un an au Québec, seules 29 % des futures mères l’ont reçu, a appris le Devoir. Sans s’alarmer, des experts proposent de simplifier l’accès à la vaccination des patientes.

« Les obstétriciens et médecins de famille prescrivent le vaccin, mais n’en ont pas dans leur bureau. Les femmes enceintes doivent prendre rendez-vous en CLSC. Mais les CLSC ne semblent pas prêts aujourd’hui à accueillir cette nouvelle vague de patientes », laisse tomber Bruce Tapiero, pédiatre et chef du service des maladies infectieuses au CHU Sainte-Justine.

Suivant une recommandation du Comité sur l’immunisation du Québec (CIQ), le vaccin contre la coqueluche — une infection contagieuse des poumons et des voies respiratoires — est depuis juin 2018 offert systématiquement et gratuitement aux futures mères pour protéger leur enfant.

Comparée à un rhume persistant accompagné de fortes quintes de toux chez l’adulte, la coqueluche est particulièrement dangereuse pour les enfants de moins d’un an et peut causer des dommages au cerveau, voire la mort. Au Québec, où la maladie doit être déclarée, on dénombre chaque année entre 240 et 1600 cas.

Vacciner la femme enceinte, entre la 26e et la 32e semaine de grossesse, permet ainsi de protéger le nourrisson en début de vie puisqu’il ne peut être vacciné qu’à deux mois et qu’il faut quatre semaines pour développer l’immunité.

Mais seules 18 736 femmes enceintes, soit 29,4 %, se sont prévalues du programme entre le 1er juin 2018 et le 28 février 2019, selon le ministère de la Santé et des Services sociaux. « Il faut être prudent, puisqu’il peut y avoir un délai dans la saisie des données, ce qui a pour résultat une sous-estimation de la couverture vaccinale réelle », précise le ministère.

Choix limité

Aux yeux de Bruce Tapiero, ce faible résultat découle du manque de choix offerts aux femmes enceintes quand vient le moment de se faire vacciner. Suivies par des médecins de famille, obstétriciens, gynécologues ou encore sages-femmes, les futures mères sont envoyées en CLSC ou en pharmacie pour recevoir l’injection contre la maladie. « Diriger ailleurs, c’est prendre le risque que la personne oublie ou qu’il soit difficile de prendre rendez-vous rapidement », s’inquiète M. Tapiero.

Citant une étude publiée en septembre 2018 dans le Journal de l’Association médicale canadienne — à laquelle il a collaboré —, le pédiatre souligne que seulement 10 % des CLSC de la province offrent des visites sur place avec une infirmière pour les femmes enceintes dans leurs deuxième et troisième trimestres.

« On donne la prescription aux patientes et on leur demande au rendez-vous suivant si elles ont bien eu le vaccin. On insiste si ce n’est pas fait. Mais on ne peut pas les prendre par la main pour les emmener se faire vacciner », lance de son côté Fabien Simard, président de l’Association des obstétriciens gynécologues du Québec.

Pour Caroline Quach, pédiatre microbiologiste-infectiologue au CHU Sainte-Justine, obstétriciens et médecins de famille devraient justement penser à vacciner directement leurs patientes lors d’une consultation. Son collègue, Bruce Tapiero, suggère que le vaccin contre la coqueluche soit administré en même temps que le test d’hyperglycémie entre les 24e et 28e semaines de grossesse.

Des solutions qui devraient d’ailleurs être prochainement testées, d’après Nicholas Brousseau, qui est membre du CIQ et a participé à l’écriture du document provincial recommandant cette nouvelle stratégie de vaccination contre la coqueluche. Un projet-pilote doit commencer d’ici un mois ou deux pour évaluer quel modèle d’offre de vaccination pour les femmes enceintes serait le plus efficace. Quatre régions ont été retenues pour évaluer les différentes possibilités : Montréal, Québec, la Montérégie et la Mauricie. « Dans un endroit, les femmes seront dirigées vers les CLSC ; ailleurs, elles seront vaccinées dans leur clinique de suivi de grossesse. Dans une troisième région, on demandera aux obstétriciens de vacciner, et dans une dernière, on donnera le vaccin en même temps que le test de diabète », explique M. Brousseau.

« On n’est pas les premiers à faire ça, les États-Unis recommandent le vaccin contre la coqueluche aux femmes enceintes depuis 2011 et l’Angleterre, depuis 2012, entre autres. Ils ont commencé avec des taux de vaccination comparables au nôtre. Et après un ou deux ans, c’est monté à environ 50-60 % », rapporte-t-il. L’Angleterre, qui a intégré la vaccination des futures mères dans les suivis médicaux, a même pu atteindre une couverture vaccinale de près de 80 %.

Mais d’ici là, un travail de sensibilisation et d’information reste à faire, car certaines femmes ignorent encore que ce vaccin est recommandé et gratuit. Enceinte de 32 semaines, Noémie n’a jamais été mise au courant par sa sage-femme qu’elle pouvait protéger ainsi son enfant de la coqueluche. « Comme j’ai entendu parler du vaccin, j’en ai discuté avec elle… Elle m’a seulement [répondu] que c’était vraiment nouveau et que son équipe ne s’était pas encore positionnée sur la question », raconte-t-elle.

Contacté par Le Devoir, l’Ordre des sages-femmes du Québec ne s’est pas prononcé sur le sujet.