Le Pharmachien se dit victime de menaces et d’attaques

S’appuyant sur les connaissances scientifiques actuelles sur le sujet, Olivier Bernard avait démontré le manque de preuves sur l’efficacité des injections de vitamine C pour traiter le cancer.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir S’appuyant sur les connaissances scientifiques actuelles sur le sujet, Olivier Bernard avait démontré le manque de preuves sur l’efficacité des injections de vitamine C pour traiter le cancer.

Le pharmacien et vulgarisateur scientifique Olivier Bernard, mieux connu sous le nom de Pharmachien, a lancé un cri du coeur lundi, se disant victime « d’une série de menaces, d’attaques et de tentatives d’intimidation » depuis la publication d’un texte sur l’injection de vitamine C.

« Je comprends que mon implication dans le dossier de la vitamine C ne plaît pas à tout le monde. Mais on devrait être capables d’être en désaccord sans que ça génère ce type de comportements inquiétants. Ce n’est PAS normal », a-t-il écrit sur les réseaux sociaux lundi midi.

Le pharmacien explique avoir été la cible de menaces d’internautes souhaitant « régler [son] cas » et lui « faire perdre [son] émission ». Certains sont allés jusqu’aux appels à porter plainte « massivement » contre lui à l’Ordre professionnel des pharmaciens ou à faire pression sur le diffuseur de son émission, Radio-Canada, et au Fonds Telus qui la finance. « J’ai dû m’expliquer avec eux à ce sujet samedi d’ailleurs », précise-t-il.

Et c’est sans parler de la publication sur Internet de l’adresse de son lieu de travail ou encore des appels au boycottage des livres de sa conjointe, qui n’a pourtant « absolument rien à voir là-dedans ». « Je vous épargne évidemment les pages et les pages d’insultes, où on me souhaite entre autres d’avoir un cancer, où on rit de mes problèmes de fertilité avec ma conjointe, où on me dit que j’ai besoin de “la p’tite pilule bleue”, où on me dit que je suis “s’ul bord de mourir”, etc. »

M. Bernard assure prendre ces menaces au sérieux et garder précieusement les messages problématiques au cas où il devrait prendre « les mesures légales nécessaires pour que ça cesse ».

C’est le billet « Injection de vitamine C. La cause vs la réalité » — publié sur son site initialement le 3 juillet 2018 et mis à jour une dizaine de fois depuis — qui a mis le feu aux poudres.

S’appuyant sur les connaissances scientifiques actuelles sur le sujet, il avait démontré le manque de preuves sur l’efficacité des injections de vitamine C pour traiter le cancer.

Il a également « émis certains doutes » quant à l’implication du député Youri Chassin, de la Coalition avenir Québec, dans ce dossier. En février, ce dernier a indiqué qu’il déposerait une pétition citoyenne pour demander à Québec d’autoriser les prescriptions de perfusions de vitamine C en complément des traitements pour le cancer.

S’il sait pertinemment que ces menaces n’ont pour but que de lui « faire peur [et de le] faire taire », le pharmacien confie avoir « atteint la limite de ce [qu’il est] capable de prendre psychologiquement dans cette affaire ». « Si vous jugez, comme moi, que le lobbying politique actuel quant au dossier de la vitamine C injectable mérite une attention plus soutenue de la communauté scientifique et médicale, je vous invite à vous faire entendre. Car moi, j’ai besoin d’une pause », poursuit-il.

Problème récurrent

Aux yeux d’observateurs consultés par Le Devoir, cette situation, bien que « déplorable », n’a rien d’étonnant.

« Dans le domaine de la santé, il y a beaucoup de croyances. Et quand on vient les contredire, ça soulève de vives émotions », note Yves Gingras, professeur de sociologie des sciences à l’Université du Québec à Montréal.

Il faudrait davantage de sujets scientifiques dans les médias pour que les vraies informations circulent et combattent les fausses nouvelles et fausses croyances 

 

Il explique subir lui-même son lot de commentaires et de critiques de la part d’auditeurs mécontents de certaines de ses chroniques radio à l’émission Les années lumière.

« Dans ce domaine, on dirait qu’il faut toujours s’attendre à des répercussions à ce qu’on dit, croit-il. Il y aura toujours des gens qui vont nous dire qu’on a tort, même si on s’appuie sur des faits et des études scientifiques solides ».

Et l’émission du Pharmachien l’expose encore plus à de tels commentaires négatifs, voire menaçants, puisque son but est justement de s’attaquer aux fausses croyances, estime de son côté Jean-Marc Fleury, titulaire de la chaire de recherche Bell Globemedia sur le journalisme scientifique.

À son avis, le travail d’Olivier Bernard n’en reste pas moins essentiel pour vulgariser et éclaircir certains sujets controversés parfois boudés par les médias traditionnels. « Il faudrait davantage de sujets scientifiques dans les médias pour que les vraies informations circulent et combattent les fausses nouvelles et fausses croyances », conclut M. Fleury.

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