Un code-barres qui en dit long

On peut utiliser son téléphone intelligent pour connaître la valeur nutritive des aliments transformés.
Photo: Valerian Mazataud Le Devoir On peut utiliser son téléphone intelligent pour connaître la valeur nutritive des aliments transformés.

Glucides, sodium, protéines, édulcorants, gras trans ou saturés : face au manque de clarté des étiquettes sur les produits alimentaires, les applications cellulaires se multiplient au Québec pour aider les consommateurs à faire des choix plus sains en parcourant les rayons d’épicerie.

Téléphone à la main, il suffit désormais de scanner le code-barres ou l’étiquette nutritionnelle sur sa boîte de céréales, son pot de margarine ou encore sa boîte de conserve de sauce tomate pour jauger leur qualité et démasquer les « mauvais » ingrédients.

« Au quotidien, je rencontre des patients avec du cholestérol ou du diabète qui disent ne rien comprendre aux étiquettes des produits qu’ils achètent. Avec tous ces chiffres qui portent à confusion et les nombreux nutriments, difficile de s’y retrouver. Ces personnes ont besoin de conseils », explique Sonia Lachance, nutritionniste à Granby.

Avec sa soeur Mélissa Lachance, elles ont lancé l’application Zoom nutrition, qui permet de « vulgariser » et de guider les consommateurs d’ici et d’ailleurs. En prenant une simple photo du tableau des valeurs nutritionnelles affiché sur l’emballage, l’application mobile reconnaît des mots-clés — tels que lipide, sucre ou sodium — et détecte rapidement si un produit est trop salé, trop sucré ou trop gras. Le résultat est présenté sous forme de code couleur : des pastilles vertes, jaunes ou rouges s’affichent après l’analyse des nutriments. On retrouve ensuite un conseil de Sonia Lachance, qui s’est appuyée sur les critères de saine alimentation du Centre de référence en nutrition de l’Université de Montréal Extenso, pour aider l’utilisateur à trancher. Des barres de céréales riches en sucre mais faibles en sodium et lipides seront ainsi accompagnées d’une mention « à consommer avec modération », tandis qu’un sac de croustilles trop grasses et trop salées sera considéré comme « à éviter ».

« Le problème, c’est que parfois un produit trop sucré par exemple va s’en sortir avec des pastilles vertes, donc comme un bon choix, simplement parce que pour la portion recommandée la quantité de sucre n’est pas excessive. Mais les portions préconisées sur l’emballage par les fabricants sont minuscules et on sait très bien que les gens en mangent le double », s’inquiète la nutritionniste.

Combler un vide

Une stratégie marketing des entreprises qui devrait prendre le bord d’ici 2022, date limite fixée par Santé Canada pour forcer les fabricants à se conformer à de nouvelles règles d’étiquetage strictes. L’organisme fédéral prévoit notamment l’ajout d’un symbole sur le devant de l’emballage des aliments considérés comme trop riches en sucres, en sodium et en gras saturés. Une mesure qui pourrait encourager certains à revoir leurs recettes pour ne pas avoir mauvaise presse.

« On vient combler un vide avec notre application en attendant que l’étiquetage soit simplifié », estime Sonia Lachance.

Les soeurs Lachance ne sont pas les seules à donner un coup de pouce aux consommateurs. Plusieurs applications ont fait leur apparition dans les dernières années. L’application française Foodvisor par exemple — téléchargeable au Québec — propose de scanner les code-barres des produits ou de prendre en photo son assiette de déjeuner pour en analyser la valeur nutritive. Fooducate, qui vient des États-Unis, fonctionne aussi par balayage des code-barres, mais ne reconnaît pas certains produits québécois.

Yuka, une autre application française, va encore plus loin en permettant, toujours par balayage de code-barres, d’analyser la valeur nutritive, la présence d’additifs et le caractère biologique ou non d’un produit. Lancée essentiellement sur le marché français pour l’instant, l’application a su rejoindre 8,8 millions d’utilisateurs en un an. Elle devrait être téléchargeable au Québec cet été, selon la responsable des relations presse, Ophélia Bierschwale.

Simple accompagnement

« C’est une façon de s’informer sur l’alimentation qui fit avec notre société. On a tous un téléphone dans notre poche. Avec la quantité de nouveaux produits alimentaires chaque année, les gens ne savent plus qui croire, comment trouver l’information et que choisir pour rester en santé », note le nutritionniste Bernard Lavallée.

Il estime néanmoins que ces applications doivent rester un accompagnement pendant une période de transition. « Les gens doivent réaliser qu’ils peuvent d’eux-mêmes faire de bons choix en limitant les aliments transformés, lance-t-il. Idéalement, ce qu’on mange ne devrait pas avoir de code-barres ou d’étiquette, car on devrait surtout consommer des produits frais ».

Un avis partagé par le professeur de nutrition à l’Université de Montréal Jean-Claude Moubarac qui estime qu’un plus gros travail de sensibilisation et d’éducation devrait se faire dès l’enfance.

Ces applications ne doivent pas non plus remplacer le travail de Santé Canada, qui devrait mettre les bouchées doubles pour faire appliquer ses nouvelles règles avant 2022, croit-il. « Santé Canada espère que les compagnies vont commencer à réformer leurs produits et les rendre plus sains avant que la politique entre en vigueur. Mais les entreprises vont sûrement attendre la dernière minute et arriver avec de nouvelles stratégies pour jouer avec le tableau de valeurs nutritionnelles. »

« Les applications s’adressent à un public avisé qui surveille son alimentation. Alors que les mesures de Santé Canada vont inévitablement rejoindre tous les consommateurs », renchérit Corinne Voyer, directrice de la Coalition Poids. Elle espère aussi que le gouvernement Trudeau respectera ses engagements électoraux en matière d’étiquetage des aliments avant la fin de son mandat.

2 commentaires
  • Luc St-Denis - Abonné 28 février 2019 10 h 23

    Présentation

    J'ai laissé l'abonnement papier il y a de cela quelques mois, je le regrette aujourd'hui amèrement. Je ne remets en aucune façon la qualité des articles et différents textes du journal. Ils sont toujours pertinents, bien écrits et démontrent bien toute la rigueur de vos journalistes. La présentation pause à mon sens le plus grand problème. Deux exemples,; le premier, moins irritant, ne nous offre pas une vue d'ensemble sur ce qu'il nous sera permis de lire jour après jour. Je lis particulièrement les éditoriaux, chroniques et textes d'opinions.
    Le second, franchement exaspérant, fait en sorte que chacun des articles est accompagné de réclames et autopublicités en ANIMATION.
    Cela bouge constamment et nuit certainement à la lecture nous obligeant à forcer la concentration. C'est désagréable à souhait. Il me semble que lire Le Devoir, le matin, pourrait se faire sans ces tonitruantes images animées.

  • Tessa Goulet - Abonnée 1 mars 2019 11 h 16

    version pdf

    Cher monsieur St-Denis, dans votre menu à droite de votre écran, allez sélectionner la version pdf du journal. Vous n'aurez plus de publicité en animation... Mieux encore, demandez à votre information d'installer un bloqueur de publicité dans votre ordinateur et vous ne verrez plus ces publicités envahissantes.