Les polluants chimiques affectent les bébés exposés dès la grossesse

Une étude franco-espagnole est la première à examiner l’exposition globale des bébés, avant et après leur naissance, à toute une série de polluants.
Photo: Thomas Samson Agence France-Presse Une étude franco-espagnole est la première à examiner l’exposition globale des bébés, avant et après leur naissance, à toute une série de polluants.

Les enfants exposés à un cocktail de polluants chimiques pendant la grossesse de leur mère et les premiers mois de leur vie ont plus de risque d’avoir une fonction respiratoire réduite, montre une étude franco-espagnole.

Certaines substances « pourraient être associées à une fonction respiratoire diminuée chez l’enfant », ont expliqué dans un communiqué commun l’INSERM, le CNRS et l’Université Grenoble Alpes.

Les chercheurs citent notamment les composés perfluorés (les PFC, qu’on trouve notamment dans les poêles antiadhésives, certains emballages alimentaires et les revêtements antitaches), l’éthylparabène (un conservateur utilisé dans de nombreux cosmétiques) et plusieurs molécules issues de la dégradation des phtalates.

Il s’agit d’une des premières études sur le sujet à prendre en compte l’exposition globale à toute une série de polluants (l’« exposome »), et pas seulement substance par substance, soulignent les auteurs de l’article, publié dans la revue médicale britannique The Lancet Planetary Health.

L’équipe de chercheurs a recueilli des données sur le mode de vie et les expositions à plusieurs dizaines de substances (particules fines dans l’air, perturbateurs endocriniens, métaux, polluants organiques persistants, etc.) d’environ 1000 femmes enceintes et leurs enfants dans six pays européens.

Fonction respiratoire diminuée

Dans le cadre de l’étude, à laquelle a participé également l’Institut de santé globale de Barcelone, les scientifiques ont ensuite mesuré la fonction pulmonaire des enfants à un âge compris entre 6 et 12 ans, grâce à un test mesurant le volume d’air inspiré et expiré.

Ils ont ainsi observé, par exemple, qu’un taux deux fois plus élevé d’acide perfluoro-octanoïque (PFOA en anglais, un composé perfluoré très persistant dans l’environnement) dans le sang de la mère pendant la grossesse était corrélé quelques années plus tard avec une baisse de près de 2 % du volume d’air expiré par seconde chez leurs enfants.

Le développement pulmonaire de l’enfant est un facteur déterminant de sa santé globale

Concernant les expositions après la naissance, neuf facteurs sont associés à une fonction respiratoire moins performante, dont le cuivre, l’éthylparabène, cinq molécules issues de la dégradation des phtalates, mais aussi le surpeuplement du logement.

Cette analyse statistique, qui ne démontre pas de lien de cause à effet, « doit être vue comme une première étape de sélection permettant de déterminer des expositions suspectes pour lesquelles des travaux plus précis sont nécessaires », estiment ses auteurs.

« Déterminer les facteurs de risque d’une fonction respiratoire diminuée dans l’enfance est important, car le développement pulmonaire de l’enfant est un facteur déterminant de sa santé globale, et pas seulement respiratoire, tout au long de la vie », souligne Valérie Siroux, chercheuse à l’INSERM et cocoordinatrice de l’étude.