Congrès de l'ACFAS - L'allergie au pollen, maladie des pauvres?

Présent partout sur l'île de Montréal, le pollen de l'Ambrosia, plus connue sous le nom d'herbe à poux, frapperait plus durement certains quartiers. Sa cible préférée: les quartiers aux revenus plus modestes. C'est du moins ce que laissent présumer les résultats préliminaires d'une étude réalisée par la jeune chercheuse uqamienne Marie-Claude Breton, qui livrait hier cette conclusion surprenante à l'occasion du 72e congrès de l'ACFAS.

Attachée au consortium Ouranos, qui met en commun les savoirs et disciplines d'un ensemble de chercheurs pour l'avancement des connaissances en matière d'enjeux et d'adaptation aux changements climatiques en Amérique du Nord, Marie-Claude Breton a recensé, pour la période allant de 1994 à 2002, 41 109 cas de rhinite allergique causée par le pollen à Montréal et 5475 à Québec. Ses résultats intègrent la dynamique spatiotemporelle des valeurs météorologiques, polliniques, socioéconomiques et sanitaires, données qui ont été synthétisées à l'aide d'un Système d'information géographique (SIG).

À Montréal

Si à Québec l'étude de Mme Breton s'est dégonflée en raison notamment de la petitesse de son échantillon et de la relative homogénéité des revenus entre les différents quartiers, elle a en revanche mis en lumière des traits fort intéressants pour la ville de Montréal. «On a pu voir que l'Est et le Sud-Ouest, moins favorisés économiquement, présentent un haut taux de consultation pour des rhinites allergiques causées par le pollen alors que c'est l'Ouest, beaucoup plus favorisé, qui en compte le moins», explique la chercheuse dont le travail a été coordonné par Michelle Garneau, professeur au département de géographie à l'UQAM.

Ce lien entre les indicateurs socioéconomiques et l'épidémiologie recensée est significatif, croit la chercheuse, qui a établi mathématiquement sa relation à 60 %. D'autres facteurs entreraient donc en ligne de compte, au nombre desquels la direction des vents, la répartition des terrains vagues — particulièrement prisés par l'Ambrosia et les zones plus industrielles — et l'effet protecteur du mont Royal, qui pourrait constituer une barrière naturelle efficace aux allergènes, notamment pour le quartier d'Outremont.

Une corrélation entre une température élevée et une concentration pollinique élevée intervient également, faisant du milieu urbain, déjà soumis à de fortes concentrations atmosphériques, un véritable terrain de jeu pour les allergènes de l'Ambrosia. À cet égard, Québec et Montréal sont pour cela sur la même longueur d'onde, présentant depuis 1994 une augmentation constante — avec un léger pic en 1995 pour Montréal — du nombre de consultations médicales pour des rhinites allergiques. Une sensibilité accrue que la chercheuse attribue à la hausse des concentrations polliniques engendrées par les modifications climatiques récentes.