Congrès de l'ACFAS - Cancer: et si le traitement était dans l'assiette

Le traitement et la prévention du cancer par les aliments n'auraient rien d'utopique ou d'échevelé selon une équipe d'une cinquantaine de chercheurs de l'UQAM. Tant et si bien qu'elle a décidé d'en faire une spécialité qu'elle a baptisée «nutrathérapie», en écho à la chimiothérapie qui, comme elle, a recours à des molécules, naturelles pour la première, synthétiques pour la seconde. Si on en croit son directeur, Richard Béliveau, qui a présenté hier les grandes lignes de son projet à l'occasion du 72e congrès de l'ACFAS, l'avenue serait plus que prometteuse.

«Pour moi, la nutrathérapie, c'est l'avenir», a dit en guise d'introduction le professeur titulaire en biochimie et directeur du laboratoire de médecine moléculaire de l'UQAM. Au moyen d'un projet-pilote fait en collaboration avec le service d'héma-oncologie de l'hôpital Sainte-Justine, le chercheur a expérimenté les effets de la nutrathérapie combinée à la radiothérapie sur des patients en récidive. Les résultats sont surprenants. «Nous avons prouvé qu'il est possible de réduire les doses de radiothérapie si on les couple avec une certaine dose de nutrathérapie», a-t-il confirmé.

Par comparaison avec l'industrie pharmaceutique, qui jongle avec seulement quelques milliers de molécules développées synthétiquement par les pharmacologistes — souvent au prix d'effets secondaires plus ou moins forts —, la nutrathérapie séduit avec un potentiel fort de plusieurs millions de molécules naturelles qui n'ont généralement aucun effet secondaire. Au nombre de ces aliments dits fonctionnels: le thé vert, bien sûr, mais aussi le bleuet, le chou, le brocoli, le chocolat, le poivre noir et, champion toutes catégories, le curcuma.

Le problème avec le curcuma, c'est que l'intestin a de la difficulté à absorber ses éléments actifs. «Si on lui ajoute du poivre noir, a expliqué le Dr Béliveau, son action est beaucoup mieux ciblée et son composé actif est alors absorbé dans une proportion qui grimpe de 2000 %.» Même principe avec le thé vert, bien plus efficace quand on le combine avec cette épice performante. Et nul besoin d'en engloutir de grandes quantités pour que l'effet soit au rendez-vous. Une tasse de thé suffit, une bonne pincée de curcuma aussi.

À l'inverse, de nombreuses combinaisons peuvent aussi s'avérer négatives, par exemple le lait et le chocolat, pourtant des inséparables dans l'alimentation moderne. En effet, le lait empêche le système de bien absorber les éléments actifs du chocolat. D'autres aliments doivent être consommés prudemment, comme le jus de pamplemousse, qui accroît tellement la biodisponibilité (de 30 à 1000 %) qu'il peut avoir une influence sur la médication que prend un patient.

Jusqu'à 30 % des cancers sont associés à l'alimentation, une proportion deux fois plus importante que celle associée aux facteurs génétiques, ceux-là mêmes qui accaparent la plus grande part des énergies et des fonds de recherche. Une incidence très claire existe d'ailleurs entre le risque de développer un cancer et la consommation de fruits et légumes. «Moins on en consomme, plus les risques de contracter un cancer sont élevés», a confirmé le Dr Béliveau.

Les possibilités d'une telle approche, en raison notamment de ses incalculables combinaisons possibles, rend toutefois la nutrathérapie encore difficile à saisir. C'est pourquoi l'équipe québécoise entend mettre sur pied «une cartographie des aliments comme on l'a fait avec le génome», a expliqué Richard Béliveau. Ce vaste programme pourrait mener à l'établissement d'une approche globale en nutraprévention. «On ne veut pas seulement en faire un traitement, on veut mettre sur pied des protocoles qu'il sera possible d'observer à la maison.»