CHSLD: les besoins croissent plus vite que les embauches

Les besoins ne cessent d’augmenter dans les CHSLD du Québec.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Les besoins ne cessent d’augmenter dans les CHSLD du Québec.

Le deuxième bain offert aux résidents des CHSLD a nécessité l’ajout de 1,3 million d’heures de travail, soit l’équivalent de 915 préposés aux bénéficiaires de plus dans le réseau depuis un an et demi.

C’était en septembre 2017. Après deux ans à répéter qu’un deuxième bain n’était pas nécessaire, l’ex-ministre de la Santé Gaétan Barrette s’était engagé à investir 36 millions pour offrir le service à plus de 35 000 personnes. Il estimait alors devoir embaucher 600 préposés pour y parvenir. Or le nombre d’heures nécessaires pour faire le travail serait beaucoup plus élevé, soit l’équivalent de 915 préposés à temps plein, selon des données du ministère.

Cette bonification du service complique la tâche du réseau, qui n’arrive déjà pas à embaucher autant de préposés qu’il en a besoin. À l’heure actuelle, il en manque 927 dans 13 centres intégrés de santé et de services sociaux du Québec (CISSS), selon une compilation réalisée par Le Devoir publiée vendredi. Et c’est sans compter les dix autres CISSS et les préposés manquants dans le réseau privé. Lors de l’annonce du ministre Barrette, des voix s’étaient d’ailleurs élevées pour dire que le recrutement des préposés allait poser problème. « Il y aura un défi de recrutement des préposés », avait fait valoir le directeur de Usagers de la santé du Québec, Pierre Blain.

915
C’est le nombre de préposés aux bénéficiaires qu’il a fallu embaucher pour offrir un deuxième bain par semaine

« Ce que M. Barrette ne dit pas, c’est qu’il a de la difficulté à pourvoir les postes de préposés qu’il a annoncés l’année passée », avait quant à lui avancé le député Amir Khadir.

En plus des bains, les besoins ne cessent d’augmenter dans les CHSLD du Québec, où le nombre de préposés aux bénéficiaires a augmenté de 2102 (5 %) en deux ans, selon des données du ministère de la Santé.

Le rythme des embauches

Pour améliorer le service tout en répondant aux nouveaux besoins, les embauches augmentent à un rythme impressionnant. « Il y a plus de nouveaux préposés qui arrivent que par le passé », résume la porte-parole du ministère, Marie-Claude Lacasse.

Ainsi, le nombre de recrues en 2016 pour tout le réseau public était de 5294, alors que, deux ans plus tard, en 2018, on en embauchait 7570. Au total, on en recense 41 599. Malgré la pénurie de main-d’oeuvre, les CISSS n’ont jamais engagé autant de personnel.

Au CISSS du Bas-Saint-Laurent, par exemple, on souhaite recruter 200 préposés cette année, soit l’équivalent de 20 % de l’ensemble des effectifs. Un recrutement jugé nécessaire non seulement pour combler l’ajout de services, mais aussi pour compenser les départs à la retraite et tous les congés prévus.

Du côté du CISSS de l’Estrie, c’est 597 personnes qu’on cherche cette année pour se joindre aux 2446 préposés actuels. Un défi de taille quand on sait que, l’an dernier, la cible n’a pas été atteinte alors qu’elle était encore moins ambitieuse.

Avant la création du CISSS en 2014, la région manquait déjà de préposés, une réalité qui s’est détériorée depuis, signale la porte-parole Geneviève Lemay.

Au CISSS de Chaudière-Appalaches, on s’attend à une telle hausse des besoins que la direction vient de mandater une firme pour recruter du personnel en Tunisie. Le CISSS avait pourtant réussi à embaucher plus de préposés que prévu l’an dernier, mais ça n’a pas suffi. « Les besoins de la population sont de plus en plus importants et le nombre d’embauches annuelles ne suffit pas à répondre à ces besoins ainsi qu’au nombre d’absences et de départs », résume la porte-parole Mireille Gaudreau.

 
 

Une version précédente de cet article, qui indiquait que Pierre Blain était toujours porte-parole du Regroupement provincial des comités des usagers (RPCU), a été corrigée.