Iniquité dans l’accès à la sédation: la ministre de la Santé doit sévir, croit Véronique Hivon

«Ce n’est pas vrai que des gens doivent être obligés de se battre contre le système quand leur proche est à l’agonie», estime la députée péquiste Véronique Hivon.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Ce n’est pas vrai que des gens doivent être obligés de se battre contre le système quand leur proche est à l’agonie», estime la députée péquiste Véronique Hivon.

La critique péquiste en matière de santé et de soins de fin de vie, Véronique Hivon, juge inacceptable que des patients à l’agonie se voient refuser l’aide à mourir et même la sédation palliative dans certaines régions. Elle presse la nouvelle ministre de la Santé, Danielle McCann, de ne plus tolérer les disparités flagrantes observées dans l’application de la loi garantissant des services de fin de vie égaux à tous les Québécois.

« C’est une question de justice ! » a déploré jeudi la députée Hivon, marraine de la loi sur l’aide à mourir, indignée par les informations révélées mercredi par Le Devoir révélant qu’à Montréal, à Laval et à Lanaudière il est difficile d’obtenir non seulement l’aide à mourir, mais également la sédation palliative continue (SPC) pour atténuer la souffrance des patients condamnés.

Le Devoir publiait hier le témoignage d’une famille dont le proche atteint d’un cancer en phase terminale, en grandes souffrances, s’est heurté à de trop longs délais pour obtenir l’aide à mourir et s’est aussi vu refuser la SPC pour des raisons administratives. La SPC plonge les patients souffrants dans un état d’inconscience jusqu’à ce que survienne la mort.

« Ce n’est pas vrai que des gens doivent être obligés de se battre contre le système quand leur proche est à l’agonie. La ministre doit sans tarder remettre les pendules à l’heure », estime Mme Hivon, qui rappelle que la loi québécoise est claire et qu’aucune « norme administrative » n’est exigée par la loi pour offrir ces soins de fin de vie. « La ministre doit veiller à ce que la loi soit respectée et il est clair qu’il y a encore des poches de résistance chez les médecins. »

La ministre de la Santé n’était pas disponible jeudi pour commenter les disparités entre régions mises au jour par Le Devoir. Son attaché de presse, Alexandre Lahaie, a fait savoir que le ministère attendait le dépôt de deux rapports, l’un attendu en janvier, sur les motifs de refus des demandes d’aide à mourir, et l’autre au printemps, rédigé par des experts sur le bien-fondé d’élargir l’aide à mourir aux patients atteints de démence, par le biais de demandes médicales anticipées.

En point de presse jeudi à Montréal, le premier ministre François Legault ne s’est pas prononcé sur la disparité d’accès aux soins de fin de vie entre régions, mais a répété que son gouvernement avait promis « de se pencher sur l’élargissement de l’aide médicale à mourir », et notamment sur les cas d’Alzheimer. Il prévoit cependant de faire preuve de précaution et de prendre le temps nécessaire pour régler ce dossier délicat de « façon correcte ».

Par ailleurs, dans le contexte où se poursuit ces jours-ci la contestation judiciaire en Cour supérieure de la loi fédérale sur l’aide à mourir par deux patients incurables qui en contestent les critères trop stricts, le premier ministre Legault a dit : « Je trouve ça triste, ce que j’ai vu. »

La députée Hivon, quant à elle, juge indigne que des patients souffrants doivent porter le fardeau de contester cette loi, alors que le gouvernement précédent aurait pu demander un renvoi en cour d’appel, pour juger de la validité de certaines dispositions de la loi fédérale. « En faisant sa loi, Ottawa n’a pas fait ses devoirs. L’arrêt Carter de la Cour suprême n’a jamais évoqué le critère de la fin de vie dans sa décision. Le tribunal va apporter une réponse juridique, mais c’est aussi un sujet qui commande une réponse sociale. »