Les accidents toujours aussi nombreux dans les établissements de santé

Dans son rapport, le ministère rappelle que «la surveillance des incidents et des accidents est d’abord une responsabilité locale».
Photo: Rawpixel Unsplash Dans son rapport, le ministère rappelle que «la surveillance des incidents et des accidents est d’abord une responsabilité locale».

Le nombre d’incidents et d’accidents, majoritairement des chutes, ne cesse d’augmenter dans les établissements de santé du Québec. Un plan d’action pour réduire la récurrence et la gravité de ces chutes devait être présenté cet automne, mais son dévoilement a été reporté à l’an prochain.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux a publié mardi son rapport annuel sur les incidents (usager non touché) et accidents (usager touché) survenus lors de prestations de soins de santé. Résultat : 513 357 « événements indésirables » ont été déclarés entre avril 2017 et mars 2018. Si l’augmentation n’est que de 2 % comparativement à l’année précédente, le nombre croissant de chutes — parfois mortelles — inquiète sérieusement des experts et organismes de défense des patients.

« C’est très préoccupant comme situation, d’autant plus que ça concerne majoritairement les personnes âgées de plus de 65 ans. Sachant que le vieillissement de la population va s’accentuer dans les quinze prochaines années, il y a peu de chances que ces chiffres diminuent », craint Régis Blais, vice-doyen aux études à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

À ses yeux, le Québec a besoin d’un plan d’action concret pour diminuer le risque que des personnes âgées perdent la vie en tombant simplement dans un établissement de santé. « Si on n’analyse pas les raisons et les circonstances de ces chutes, ces chiffres ne disent pas grand-chose. Ils n’indiquent pas la façon d’éviter que ça se reproduise et d’améliorer nos soins de santé », explique-t-il.

Avec davantage de personnel, on aurait une meilleure surveillance, un meilleur accompagnement des patients. Quand on manque de monde, on fait des raccourcis et c’est ça que ça donne, un triste portrait de la situation.

Il y a deux ans, l’ancien gouvernement libéral avait pourtant mis sur un pied un Groupe de travail sur la sécurité des soins et des services (GTSSS), dont la mission principale était de « proposer des mesures concrètes visant à réduire la survenue, la récurrence et la gravité des chutes à conséquences graves ». Un plan d’action était prévu pour l’automne 2018, mais il a été reporté.

« Le GTSSS a fait des recommandations qui font actuellement l’objet d’une consultation auprès des différentes tables ministérielles concernées par la question des chutes. Une fois cette étape franchie, le suivi de ces recommandations sera effectué par l’entremise du plan de travail de la Table ministérielle sur la qualité et la sécurité des soins et des services en 2018-2019 », a indiqué au Devoir le ministère de la Santé et de Services sociaux, sans donner de date précise.

Surveillance

Dans son rapport, le ministère rappelle que « la surveillance des incidents et des accidents est d’abord une responsabilité locale ». Les gestionnaires de risques et les instances des établissements de santé sont déjà au travail pour analyser les données et prendre des mesures localement pour éviter que ces événements indésirables se reproduisent.

Les données du rapport annuel peinent toutefois à témoigner de leurs efforts, considère pour sa part le président du Conseil pour la protection des malades, Paul G. Brunet. « Que font les comités de vigilance des établissements ? Comprennent-ils la problématique ? Moi, je vois des chutes de plus en plus fréquentes, des morts plus nombreux, je ne trouve pas que leurs actions apportent des résultats », s’offusque-t-il.

À ses yeux, une part du problème repose sur les compressions effectuées par l’ancien ministre de la Santé Gaétan Barrette. « Avec davantage de personnel, on aurait une meilleure surveillance, un meilleur accompagnement des patients, dit-il. Quand on manque de monde, on fait des raccourcis et c’est ça que ça donne, un triste portrait de la situation. »

Régis Blais abonde dans le même sens. « Dans les coupes, on a sabré le personnel qui faisait de l’analyse et du soutien à la qualité des soins. C’est ce type de ressource qui pourrait interpréter les chiffres et en faire des suivis pour arriver avec des mesures concrètes sous les directives du ministère », fait-il remarquer.

En chiffres

184 473 C’est le nombre de chutes survenues au cours de l’année 2017-2018 dans le réseau de la santé, soit 36 % de l’ensemble des événements indésirables déclarés

54% C’est le pourcentage d’événements déclarés qui concernaient les personnes âgées de 75 ans et plus

85,1% C’est le pourcentage d’incidents et d’accidents qui n’ont eu aucune conséquence sur le patient

421 C’est le nombre de décès déclarés à la suite d’un accident survenu dans le réseau de la santé entre avril 2017 et mars 2018