Santé Canada veut limiter la teneur en alcool des boissons sucrées

Le caractère sucré et aromatisé de la boisson masque complètement le goût d’alcool, donnant l’impression de boire du jus.
Photo: Elain Thompson Associated Press Le caractère sucré et aromatisé de la boisson masque complètement le goût d’alcool, donnant l’impression de boire du jus.

Pressé de toutes parts depuis des mois, Ottawa compte sévir contre les boissons alcoolisées sucrées vendues à l’unité. Si leur teneur en alcool pourrait être limitée, des organismes en santé publique jugent cette restriction insuffisante pour protéger les jeunes Canadiens.

« C’est extrêmement décevant, c’est une demi-mesure qui ne va pas assez loin pour changer réellement les choses. Rien sur la publicité, rien sur l’emballage et, surtout, pourquoi ne pas limiter une cannette à un verre d’alcool standard, comme on l’avait recommandé ? » s’offusque le directeur général d’Éduc’alcool, Hubert Sacy.

Dans la dernière année, deux Québécois ont perdu la vie après avoir consommé ce type de boissons à haute teneur en alcool, ce qui a alerté Santé Canada. Après neuf mois de consultations, l’organisme fédéral a annoncé mardi vouloir modifier le Règlement sur les aliments et drogues pour réduire la quantité d’alcool dans les boissons sucrées alcoolisées qui peuvent, à l’heure actuelle, contenir jusqu’à quatre verres d’alcool standards. Leur teneur en alcool serait donc limitée à l’équivalent d’une consommation et demie, comme pour la bière ou le cidre. La quantité permise serait majorée selon la quantité. Par exemple, une canette de 568 ml pourrait uniquement contenir 4,5 % d’alcool, tandis qu’une consommation de 355 ml pourrait monter jusqu’à 7,2 %.

Cette mesure concernera tous les produits emballés dans des contenants d’un litre ou moins, refermables ou non. Une exception sera faite pour les contenants de verre, de 750 ml ou plus — comme les bouteilles de vin —, puisqu’ils « servent habituellement à des produits à portions multiples ».

Publiées dans la Gazette du Canada samedi, ces règles feront l’objet d’une consultation publique de 45 jours et pourraient entrer en vigueur au printemps 2019.

Consommation à risque

Santé Canada s’est dit préoccupé par la popularité grandissante de ces boissons sucrées à haute teneur en alcool qui, en cas de surconsommation, peuvent représenter un risque pour la santé publique et surtout les jeunes. « Les recherches démontrent que ces produits […] sont associés à des hospitalisations pour cause de surconsommation non intentionnelle ou de consommation excessive d’alcool parmi les jeunes ». En effet, le caractère sucré et aromatisé de la boisson masque le goût d’alcool, donnant l’impression de boire du jus.

Mais selon l’organisme Éduc’alcool, le gouvernement ne va pas assez loin en limitant simplement la teneur en alcool à 1,5 verre standard plutôt qu’un verre, comme suggéré par plusieurs organismes.

L’Association pour la santé publique du Québec (ASPQ) partage cet avis. « Dans la tête des consommateurs, une canette équivaut à une consommation standard. Une femme qui boit deux cannettes dépasse sans s’en rendre compte le nombre de consommations d’alcool recommandé par jour, soit deux », insiste Émilie Dansereau-Trahan, spécialiste de contenus en substances psychoactives à l’ASPQ.

Elle regrette qu’aucune mesure n’ait été prise pour réglementer leur prix « plus que dérisoire », qui devient un fort incitatif à l’achat.

Réal Morin de l’Institut national de santé publique du Québec abonde dans le même sens. « Il faut empêcher que les compagnies baissent encore plus leur prix, considérant qu’il y a moins d’alcool dedans. Ce serait trop attrayant, surtout pour les jeunes ». S’il se réjouit de voir le gouvernement fédéral prendre les choses en main, il estime que diminuer la teneur en alcool n’est qu’une « avenue qui ne règle pas tout le problème. »

La façon dont le produit est présenté et commercialisé constitue aussi un enjeu majeur, aux yeux de Hubert Sacy, d’Éduc’alcool. Emballage, lettrage, étiquetage ou encore publicités, tout du produit vient surtout s’adresser aux plus jeunes. « L’absence de toute mesure [à cet égard] constitue non seulement une déception, mais un véritable danger pour cette clientèle vulnérable, soutient-il. C’est difficilement compréhensible, près d’un an après la mort d’Athena Gervais. »

Du côté du gouvernement, on indique que le prix de ces boissons ne dépend pas du ministère de la Santé. Quant aux publicités, elles pourraient être plus encadrées lors du renouvellement de la Stratégie canadienne sur les drogues et autres substances au printemps 2019, le dossier faisant toujours l’objet de discussions au sein des différents ministères concernés.

Des vies en moins

Si Santé Canada a rappelé mardi le cas de Pierre Parent, un Québécois de 30 ans décédé en décembre 2017 après avoir consommé quatre canettes de Four Loko — une boisson sucrée dont la teneur en alcool est de 11,9 % — combinées à de l’alcool, de la caféine et des médicaments, c’est le décès d’une adolescente québécoise en mars dernier qui a véritablement tiré la sonnette d’alarme auprès de la classe politique et du reste de la population.

Athena Gervais, 14 ans, avait été retrouvée sans vie dans un ruisseau à Laval en mars. Le coroner n’a pas encore rendu son rapport, mais elle serait morte après avoir consommé une boisson alcoolisée sucrée de la marque FCKDUP, selon des témoins. Une cannette de cette boisson était alors vendue pour moins de 4 $ dans les dépanneurs dans un format de 568 ml contenant 11,9 % d’alcool.

Peu après le décès de la jeune fille, le groupe Geloso, à Laval, avait annoncé l’arrêt de la production de la boisson en question. Le producteur de la version américaine Four Loko a aussi suspendu pour une durée indéterminée sa distribution au Québec.

Deux semaines après le drame, le gouvernement du Québec a annoncé le retrait des boissons sucrées à forte teneur en alcool des rayons des commerces. La loi 170, entrée en vigueur en juin, interdit la vente de mélanges à bière de plus de 7 % dans les dépanneurs et les épiceries. Seule la Société des alcools du Québec est ainsi autorisée à vendre ce type de boisson, mais elle a refusé de les offrir.

Il n’en reste pas moins que nombre de ces cannettes — même si elles ont moins de 7 % d’alcool — sont encore dans les rayons alors qu’elles n’auraient jamais dû s’y trouver, insiste M. Sacy.

1 commentaire
  • Chantale Desjardins - Inscrite 19 décembre 2018 08 h 30

    Et le cannabis...

    Le cannabis aussi est sale que les cannettes à forte teneur d'alcool. Pourtant Trudeau n'a pas hésité à légaliser le cannabis qui lui fera perdre ses élections. Depuis quand légalise-t-on une drogue?