L'OMS demande un sursaut mondial pour soigner les malades du sida

Genève — Moins de 7 % des six millions de personnes gravement malades du sida que compte la planète reçoivent un traitement médical, a dénoncé hier l'Organisation mondiale de la santé (OMS) en réclamant un effort massif de fourniture de médicaments en direction des pays pauvres.

Dans son Rapport sur la santé dans le monde 2004, l'OMS souligne que le pourcentage est encore plus faible dans les régions les plus pauvres du globe: seuls 100 000 Africains — soit 2 % des patients arrivés à un stade avancé de la maladie — ont accès aux médicaments nécessaires.

«Un tel écart est inadmissible et le combler est une nécessité absolue pour la santé publique, écrit l'OMS. Le traitement est une question de vie ou de mort pour les personnes séropositives actuellement incapables d'accéder à un traitement antirétroviral.»

Dans le monde, 34 pays rassemblent 90 % des adultes gravement malades du sida et sept d'entre eux (l'Inde et six pays d'Afrique) représentent la moitié des besoins en médicaments.

«Le déséquilibre mondial du traitement anti-VIH-sida reflète le tableau général des inégalités en matière de santé et donne à la communauté internationale l'occasion de prouver qu'elle est véritablement décidée à y mettre fin», souligne l'OMS.

Au total, entre 34 et 46 millions de personnes dans le monde vivent avec le virus ou avec la maladie et trois millions en sont mortes l'an dernier.

Mais l'augmentation des investissements dans la santé donne «une occasion de changer l'histoire», estime l'organisation. «L'urgence de ce combat contre l'épidémie fait maintenant du VIH-sida le principal champ de bataille de la santé publique dans le monde.»

Pour y parvenir, l'OMS a lancé l'an dernier un plan destiné à fournir un traitement antirétroviral à trois millions de patients d'ici la fin de 2005. Le Canada a annoncé lundi une enveloppe de 72 millions $US pour ce programme, doublant son budget actuel destiné à l'aide technique. Mais il manque encore 74 millions de dollars à l'OMS pour financer le projet. En comptant l'achat de médicaments, à la charge des États, le coût total du projet se monte à 5,5 milliards de dollars.

Alors qu'approche la date butoir de fin 2005, l'OMS doit obtenir le soutien des pays riches pour prendre le relais des pays d'Afrique, d'Asie

et d'Amérique latine qui bénéficieront le plus du plan, souligne la porte-parole de l'OMS, Samantha Bolton.

«Il existe un fort soutien politique de la part des pays qui perdent leurs enfants ou leurs avocats à cause du sida, estime-t-elle. C'est un défi, mais nous pensons que c'est possible.»

À l'appui de sa démonstration, l'OMS publie les photos de Joseph Jeune, un agriculteur haïtien de 26 ans. Sur la première, l'homme, au stade avancé du sida, est décharné au point où ses parents ont déjà fait l'achat d'un cercueil. Sur la deuxième, prise six mois plus tard et après un traitement antirétroviral contre le sida et la tuberculose, Joseph Jeune a repris 20 kilos et retrouvé le sourire.