La série «District 31» transmet de fausses informations sur les séropositifs, selon COCQ-SIDA

«On ne peut exiger d’une émission dramatique, et encore moins de personnages de fiction, d’aborder de tels sujets en explorant toutes leurs nuances», a fait valoir Radio-Canada en réaction aux critiques portées contre «District 31».
Photo: Radio-Canada «On ne peut exiger d’une émission dramatique, et encore moins de personnages de fiction, d’aborder de tels sujets en explorant toutes leurs nuances», a fait valoir Radio-Canada en réaction aux critiques portées contre «District 31».

Les derniers épisodes de District 31, diffusés sur les ondes de Radio-Canada, ont soulevé l’ire d’organismes impliqués dans la lutte contre le VIH, cette semaine. Ils reprochent à la série de Luc Dionne de propager de fausses informations alimentant la stigmatisation des personnes atteintes de cette maladie.

« Je comprends qu’une oeuvre de fiction ne peut expliquer un sujet si délicat en vingt minutes. Mais ce n’est pas une raison pour omettre des informations cruciales et créer un nouveau comportement criminel », affirme Léa Pelletier-Marcotte, avocate de la Coalition des organismes communautaires québécois de lutte contre le SIDA (COCQ-SIDA).

L’organisme a envoyé mardi soir une missive au diffuseur et au producteur (Aetios Productions), dénonçant la façon dont ont été abordés la non-divulgation de la séropositivité et le secret professionnel, dans les épisodes 52 et 53. Il leur demande de diffuser « un avis rectifiant les faits » d’ici le 17 décembre.

« L’un des personnages martèle l’idée qu’avoir des relations sexuelles sans divulguer qu’on est séropositif à son partenaire, c’est criminel. C’est faux », explique l’avocate dans une lettre envoyée au Devoir.

Toute non-divulgation n’est pas criminelle, nuance-t-elle, rappelant qu’au regard du droit, une personne séropositive a l’obligation d’informer son partenaire de son statut seulement s’il existe une « possibilité réaliste » de transmission du VIH. Ce qui n’est pas le cas lorsqu’un préservatif est utilisé et que la personne a une charge virale faible ou indétectable.

« Mais jamais on ne fait mention de traitement, ou de protection. C’est un grave manque de rigueur », insiste-t-elle.

La façon dont est traité le secret professionnel est aussi montrée du doigt. La série affirme — à travers l’un des personnages — que d’après la Cour suprême du Canada, un médecin a l’obligation de révéler que son patient a le VIH s’il représente un danger pour la santé publique. « C’est une permission, non une obligation, s’offusque Me Pelletier-Marcotte. On bafoue les enseignements de la plus haute cour du pays sur la question de la criminalisation, on l’instrumentalise au service de la fiction. »

COCQ-SIDA regrette de voir la personne séropositive dépeinte comme un « monstre », considérée d’emblée comme « une tueuse en série » et « un danger public ». Ces épisodes sont « une insulte à la lutte menée depuis tant d’années » pour faire cesser la stigmatisation à l’égard des personnes vivant avec le VIH, d’après l’avocate.

Aetios Productions a refusé de commenter le dossier. Du côté de Radio-Canada, pas question de répondre à la demande de COCQ-SIDA.

« On ne peut exiger d’une émission dramatique, et encore moins de personnages de fiction, d’aborder de tels sujets en explorant toutes leurs nuances. Il y a manifestement matière à débat, mais celui-ci trouvera mieux sa place dans une émission d’information », indique-t-on.

Il précise que l’auteur de la série, Luc Dionne, s’est « appuyé sur [la] jurisprudence, vue d’un autre angle, dans l’écriture de ces épisodes ». Là est le problème, aux yeux de l’avocate. « La jurisprudence ne s’interprète pas en fonction de points de vue. Elle dit quelque chose que l’émission ne dit pas », tranche-t-elle.