Avis du Conseil de la famille - La société en demande trop aux aidants naturels

Préparer les repas d'un parent âgé, faire son ménage, veiller au suivi de sa médication, c'est le lot d'un million de Québécois qui prennent soin de parents âgés. Quelque 60 000 y consacrent plus de 20 heures par semaine.

Selon le dernier avis du Conseil de la famille et de l'enfance (CFE), intitulé Vieillissement et santé fragile, un choc pour la famille?, cette tendance est appelée à s'accroître de façon exponentielle au cours des prochaines années, puisque le nombre de personnes âgées doublera d'ici 25 ans. La tâche est d'autant plus lourde que le nombre d'enfants diminue dans les familles.

Le vieillissement rapide de la population commande, selon la nouvelle présidente de l'organisme, Marguerite Blais, une redéfinition des rôles respectifs de la famille et des institutions publiques: «Pour la famille, l'aide devrait surtout consister en des visites et des sorties, un accompagnement aux visites médicales, un soutien moral. Or les milieux gouvernementaux donnent parfois l'impression de tenir pour acquis que les familles assument aussi le ménage, le bain et les injections», a souligné Marguerite Blais, en poste depuis cinq mois.

Le CFE note qu'au moins 80 % de l'aide nécessaire pour les aînés est dispensée par des membres de la famille. Ce qui n'est pas toujours facile pour les aidants naturels, déjà engagés dans une course folle pour concilier leurs rôle de parent, de travailleur, de conjoint et parfois de bénévole.

«C'est formidable que les familles s'occupent de leurs aînés. Mais est-ce socialement acceptable que, pour prendre soin de la santé d'une partie de la population, on hypothèque celle d'une autre? Dans son effort de modernisation, l'État ne doit pas attendre de la famille plus que ce qu'elle est capable de faire», a mis en garde Mme Blais.

Dans son avis, le CFE recommande notamment de mieux financer les services de maintien à domicile. Selon les données du vérificateur général, le Québec figurait au dernier rang des provinces quant aux fonds alloués au maintien à domicile, avec seulement 69 $ par habitant en 1999-2000, comparativement à la moyenne canadienne de 83 $.

Le conseil gouvernemental demande également l'harmonisation de l'offre des services aux personnes en perte d'autonomie sur tout le territoire, ainsi qu'une réglementation des résidences d'hébergement privées.

«Un débat de valeurs doit guider la révision de nos programmes sociaux. Il ne faudrait pas que les familles subissent les lacunes des services publics et privés aux personnes en perte d'autonomie», a conclu la présidente du CFE, qui espère que cette question sera abordée dans le cadre des forums régionaux sur les enjeux démographiques, qui s'amorcent cette semaine.