Des implants mammaires sous surveillance

Ce sont les prothèses mammaires à enveloppe texturée qui sont mises en cause par l’Agence nationale du médicament en France (photo d'illustration).
Photo: Mailson Pignata Getty Images Ce sont les prothèses mammaires à enveloppe texturée qui sont mises en cause par l’Agence nationale du médicament en France (photo d'illustration).

L’Agence nationale du médicament en France annonçait la semaine dernière la sûreté des implants mammaires. Une enquête de Radio-Canada/CBC révèle à son tour de nombreux cas de femmes victimes de problèmes de santé découlant de ces prothèses qui sont utilisées pour des raisons esthétiques ou des reconstructions à la suite de mastectomies consécutives à un cancer.

L’Agence nationale du médicament et des produits de santé en France a décidé de procéder à une réévaluation des implants mammaires après avoir recensé 53 cas de lymphome anaplasique à grandes cellules (LAGC), une forme rare de cancer, parmi 500 000 femmes porteuses d’implants depuis 2011, soit un cas par 9434 femmes. Ces cas de cancer concernaient essentiellement des implants à enveloppe texturée qui, en France, représentent 85 % du marché, contre 15 % pour les implants à enveloppe lisse.

Santé Canada a pour sa part recensé un cas de LAGC par 24 177 implants texturés vendus au Canada. « Pour cette raison, beaucoup de chirurgiens ont migré vers les prothèses lisses, d’autant que, quand on explique à une patiente qu’il y a une possibilité, si petite soit-elle, de lymphome, elle écarte ce choix », affirme le président de l’Association des spécialistes en chirurgie plastique et esthétique du Québec, le Dr Éric Bensimon, avant d’ajouter que « Santé Canada et la FDA n’ont pas jugé nécessaire de les retirer en raison de la rareté des cas et du fait que ce cancer se traite bien ».

« On utilise pour certains types de reconstruction et de malformation importante des prothèses en forme de goutte d’eau ayant une texture un peu rugueuse qui permet à la prothèse de rester à la position qu’on lui donne et de ne pas tourner ou glisser vers le bas. Mais, au Québec, on utilise plus souvent des prothèses lisses », affirme le Dr Bensimon, avant de préciser qu’en Europe, on emploie principalement des implants à membrane texturée de polyuréthane qui ne sont pas offerts au Canada et aux États-Unis.

Par ailleurs, une vaste enquête menée par Radio-Canada et CBC en collaboration avec le Consortium international des journalistes d’investigation, à l’origine des Panama Papers et des LuxLeaks, soulignait le lundi 26 novembre la piètre durée de vie des implants à texture Biocell fabriqués par la compagnie Allergan et les divers effets secondaires qu’ils induisent chez certaines patientes, dont des douleurs, de l’enflure, des problèmes inflammatoires et la formation d’une double capsule, c’est-à-dire de deux couches de tissu cicatriciel autour de l’implant. Ces problèmes ont été relatés par le spécialiste en chirurgie plastique Nicholas Carr, de Vancouver, en septembre 2018 dans le journal Plastic and Reconstructive Surgery, après qu’il eut examiné les 539 implants qu’il avait retirés à des femmes, ainsi que par la Dre Elizabeth Hall-Findlay, de Banff, en Alberta, qui a été la première à remarquer la formation d’une double capsule.

Les deux spécialistes déplorent le fait que ces complications ne soient pas rapportées de façon systématique. « Les chirurgiens et les hôpitaux ne sont pas légalement tenus de signaler les complications ou blessures, mais ils peuvent décider de le faire pour des raisons éthiques », souligne CBC, avant d’ajouter que la plupart des événements indésirables qui ont été rapportés par le fabricant à Santé Canada n’ont pas été rendus publics malgré les multiples demandes pour la mise sur pied d’un registre central.

Avec l'Agence France-Presse