Vers un avertissement sur chaque cigarette?

Le public, et toute organisation concernée, auront jusqu’au 4 janvier 2019 pour faire part de leur opinion et de leurs commentaires.
Photo: Jonathan Hayward Archives La Presse canadienne Le public, et toute organisation concernée, auront jusqu’au 4 janvier 2019 pour faire part de leur opinion et de leurs commentaires.

Le Canada pourrait être le premier pays où une mise en garde serait écrite sur chaque cigarette individuelle : Santé Canada poursuit sa réflexion et vient tout juste de lancer une consultation publique sur cette possibilité.

Le ministère fédéral de la Santé trouve important d’explorer d’autres avenues pour bien informer les citoyens des risques associés au tabagisme, a expliqué en entrevue téléphonique Saira David, directrice du Bureau de l’étiquetage et de la banalisation des emballages au sein du ministère.

« La ministre [de la Santé, Ginette Petitpas Taylor] a exprimé un intérêt envers cette possibilité d’avoir des avertissements de santé directement sur les cigarettes », a-t-elle ajouté.

De plus, les règles sur l’étiquetage des produits de tabac n’avaient pas été mises à jour depuis un certain temps.

Selon cette responsable, l’initiative n’a pas été lancée parce que les emballages actuels — des avis sur les paquets de cigarettes avec des photos montrant par exemple des poumons noircis et atrophiés — n’atteignent pas l’objectif recherché. Il était tout simplement temps de regarder d’autres idées, a-t-elle souligné.

Pourtant, de récentes données de Statistique Canada démontrent que le nombre de fumeurs au pays a augmenté. Selon les plus récents chiffres datant de 2017, 15 % des Canadiens ont déclaré être des fumeurs — occasionnels aussi bien que quotidiens — ce qui est en hausse par rapport à 2015, qui n’en comptait alors que 13 %, un creux historique.

D’écrire de tels avis sur chaque cigarette serait-il plus efficace ? « Des recherches récentes, mais limitées, montrent que les mises en garde qui figurent directement sur le produit pourraient être efficaces pour communiquer avec le public », a confié Mme David.

Cela serait un rappel sur une base régulière, pour le fumeur comme pour ceux qui se trouvent à proximité.

De quoi auraient l’air ces cigarettes ? Mme David a signalé que rien n’était décidé encore, bien que les messages devraient « être courts et droit au but », compte tenu de l’espace limité disponible. Mais le document accompagnant la consultation donne en exemple des cigarettes où il est écrit en noir sur la partie blanche de la cigarette : « Fumer cause le cancer ».

La consultation, lancée vendredi dernier, portera aussi sur d’autres aspects de l’étiquetage, comme des rotations d’avertissements, pour qu’ils soient constamment renouvelés « afin d’être frais dans l’esprit du public et pour offrir de nouvelles informations ».

Le public, et toute organisation concernée, auront jusqu’au 4 janvier 2019 pour faire part de leur opinion et de leurs commentaires.

Les fabricants de produits de tabac auront ensuite l’occasion de faire valoir leur point de vue.

Santé Canada veut aussi s’assurer que l’encre à être utilisée ne soit pas toxique pour les fumeurs.

La Société canadienne du cancer se réjouit que cette possibilité soit considérée par le gouvernement. Elle la suggère d’ailleurs depuis des années.

« Ça cible les fumeurs chaque jour, à chaque cigarette », a fait valoir en entrevue Robert Cunningham, analyste principal des politiques à la Société.

Il estime que cela serait une manière très efficace de communiquer un message de santé. « Le Canada pourrait établir le précédent mondial », croit-il.

M. Cunningham pense que cela serait particulièrement efficace pour dissuader les jeunes.

« Pourquoi les adolescents commencent à fumer ? Parce que c’est attirant, attrayant. Mais avec ce message, qui va dans la bouche à chaque fois, c’est moins cool », soutient-il. Et puis ceux qui empruntaient une cigarette, souvent sans voir le paquet avec les photos de cancers, ne pourraient plus éviter les avertissements.