Santé: Ressentir

En sortant du studio, le Dr Dufour m'a raconté qu'il travaille depuis plusieurs mois avec une dame sur la colère qu'elle refoule lorsqu'elle revient de ses voyages à Paris. Elle lui dit: «Vous ne savez pas ce que j'ai lu dans Paris Match?»... Et elle lui ressort tout ce qu'il essaie de lui faire comprendre depuis deux ans, comme si c'était une idée nouvelle. «Cela rend modeste», m'a-t-il dit en souriant.

Je plaidais justement pour les opinions divergentes, les multiples façons de dire presque la même chose, pour qu'un jour la lumière de la compréhension ressentie s'allume chez quelqu'un.

Qu'est-ce qui fait qu'en un instant, tout se réunit pour faire sens? On a lu avec attention des théories, des témoignages. Les idées ont été comprises et, pourtant, on reste bloqué. Puis, au détour d'un mot, d'une émotion, tout devient clair. Est-ce l'inconscient qui a fait son chemin, sont-ce toutes les démarches et toutes les réflexions qui s'entrecroisent en un point où un déclic se fait? Certes, ce n'est pas l'aboutissement, c'est plutôt un début.

Beaucoup de gens nous disent, comme Daniel Dufour, que notre corps est notre ami qui, par la maladie, nous envoie un message. Pour lui comme pour bien d'autres, la maladie n'est ni un hasard ni une malchance et encore moins une malédiction. Alors, qu'est-ce qui conduit à la maladie? «La plus grande partie de nos maladies a son origine dans les émotions. Ce ne sont pas tellement les émotions qui sont responsables de la maladie. C'est le fait de ne pas les vivre, de ne pas s'autoriser à les vivre.»

Bien entendu, un médecin comme Daniel Dufour commence par vérifier la mécanique. Posture, mouvements, le faux geste qui a causé la douleur. On peut s'arrêter là, on soigne, ça guérit. Terminé.

Mais à partir du moment où les réponses mécaniques ne mènent pas automatiquement au problème diagnostiqué, il vous demandera ce que vous dit cette douleur. Que s'est-il passé au moment où vous avez eu mal? Et qu'avez-vous fait avec cette émotion, que vous n'avez peut-être ni reconnue ni acceptée et encore moins exprimée? «Une colère, une tristesse ou même une joie qui n'a pas été vécue il y a dix ans est en réalité toujours présente en nous. Notre mental nous dit que c'est réglé, passé, mais si on se remet dans l'événement, si on revit ce qui a déclenché le problème, on accède à l'émotion.»

En 17 ans de pratique, me dit ce médecin suisse, ses patients l'ont convaincu qu'on peut guérir de toutes sortes de maladies, y compris des maladies excessivement graves, simplement en remontant à la source et en se permettant de vivre les émotions refoulées. «Si je devais résumer, je dirais qu'en se donnant un peu d'amour, ben... l'amour a un pouvoir de guérison merveilleux.»

On n'a pas été éduqué comme ça, n'est-ce pas? On apprend à aimer les autres — et parfois on y arrive! —, mais s'aimer soi-même, s'accepter sans conditions, c'est encore souvent vu comme de l'égoïsme. «Il faut désacraliser le terme "amour", me dit le Dr Dufour. S'aimer, c'est simplement porter sur soi le regard qu'on porte naturellement sur quelqu'un qu'on aime. On va savoir si cette personne est tendue ou détendue, si elle est en colère, et ça ne prendra pas une fraction de seconde. Je crois qu'il faut réapprendre, petit à petit, à porter ce regard-là sur soi-même.»

Alors voilà, on est fatigué, on essaie de savoir ce qui a drainé notre énergie. Cela peut être la peur ou la culpabilité, qui ne sont pas du domaine du ressenti, m'explique le Dr Dufour, qui a une jolie expression pour en parler. C'est le petit vélo qui tourne. «C'est le mental, ce fichu cerveau qui nous met dans le futur ou dans le passé, qui nous empêche d'accéder à notre émotion.» Au nom d'une morale que l'on s'est faite, on n'a pas le droit d'être irrité ou en colère contre quelqu'un, un fils malade, par exemple. Ne pouvant exprimer la colère, le corps exprime la fatigue.

Dans son livre Les Tremblements intérieurs (Éditions de l'Homme), Daniel Dufour va encore plus loin. Il affirme qu'on ne peut pas penser et ressentir en même temps. C'est embêtant. Ressentir sans penser, ça va toujours. Quand on est dans l'émotion, si on se met à se demander pourquoi ou comment, on en sort vite, et hop le petit vélo. Mais penser sans ressentir? En y pensant bien, c'est vrai que réfléchir, c'est être absorbé dans le monde immatériel des idées: on peut s'absenter.

Mais d'où viennent donc toutes ces idées qui placent l'amour dans la mire de l'énergie vitale et les émotions au centre de la vie et de la santé? Ce courant qui commence à peine à toucher quelque médecins, cette vague comme un remous qui vient lentement à la surface, comment ont-ils commencé?

Il est bien entendu que cette tendance est encore marginale, discréditée par la science, et c'est étonnant comme ces scientifiques accordent à leur tour peu de crédibilité à des gens qui savent guérir autrement. Tous ces gens qui témoignent et proposent des idées issues de leurs expériences, toutes ces personnes qui, par exemple, associent un organe à une émotion. Tous ces gens qui aident les autres à faire des liens entre la santé du corps, des émotions et de la spiritualité — et qui sont parfois médecins! On vit une époque formidable, non?

vallieca@hotmail.com