Des préposés aux bénéficiaires menacés par leurs patrons, dénonce la CSN

Selon un sondage réalisé en mai par la Fédération de la santé et des services sociaux auprès de 13 000 travailleurs de la santé, près de 80% d’entre eux ont vu leur charge de travail augmenter depuis 3 ans.
Photo: Jean-Sebastien Evrard Agence France-Presse Selon un sondage réalisé en mai par la Fédération de la santé et des services sociaux auprès de 13 000 travailleurs de la santé, près de 80% d’entre eux ont vu leur charge de travail augmenter depuis 3 ans.

À Québec, la CSN accuse des cadres du réseau de la santé de recourir à la menace pour forcer des employés à rester au travail lorsqu’ils manquent de personnel. Des informations niées en bloc par la direction du CIUSSS.

« L’employeur est mis au fait, il est courant de la situation, mais ça n’a jamais cessé. Ça continue, ça perdure et, pire que ça, ça se généralise », a déploré le président du Syndicat des travailleuses et des travailleurs du CIUSSS de la Capitale-Nationale (CSN), Richard Boissinot, lors d’une conférence de presse lundi matin. « Les climats de travail se sont détériorés, nos gens sont en détresse. »

Le syndicat affirme avoir comptabilisé des « centaines » de cas d’abus de pouvoir et d’intimidation, une situation qui l’a amené à déposer la semaine dernière un grief « général ». Les premiers cas à avoir fait l’objet de griefs datent de juin 2017 et touchent l’ensemble de la grande région de Québec, y compris Portneuf et Charlevoix.

Le syndicat avait rapporté notamment qu’au centre d’hébergement Saint-Augustin, des gestionnaires ont rencontré les employés pour leur dire que, s’ils recevaient un appel pendant un congé ou une fin de semaine, ils étaient obligés de rentrer au travail sous peine de mesures disciplinaires.

Au Jeffrey-Hale, un cadre aurait menacé des employés d’avoir recours à la police pour forcer l’un d’entre eux à demeurer à la fin de son quart de travail.

Charge de travail augmentée

Mais c’est à la résidence Saint-Brigit’s Home que le cas le plus préoccupant serait survenu le 22 mai dernier. « Il y avait 5 préposés aux bénéficiaires qui terminaient leur quart de travail à 15 h et les gens de soir rentraient à la même heure. Il y avait une personne manquante de soir. Les gestionnaires ont barré les portes », a raconté M. Boissinot. « Ils ont pris au piège cinq préposés aux bénéficiaires. Ils leur ont dit “Choisissez lequel d’entre vous va rester ce soir sinon personne ne sort.” Ça a duré 15-20 minutes et il y a finalement une personne qui a décidé de rester. »

Une information complètement erronée au dire du CIUSSS. « Il n’y a pas eu de portes barrées, il n’y a pas eu de gens séquestrés », a souligné Mme Allard qui mentionne que les syndicats et le CIUSSS sont en période de négociations.

Le syndicat se dit conscient qu’il y a un problème de manque de main-d’œuvre, mais estime que ces pratiques ne font qu’aggraver le problème. « Ici, on parle d’un taux d’absentéisme de 25 % », souligne la présidente de la section régionale de la CSN, Ann Gingras. « Oui, il faut pouvoir recruter, mais encore faut-il qu’on soit attractif comme milieu de travail. »

« Il y a une espèce de “bulldozage” (sic) dans le réseau qui ressemble drôlement aux façons de faire du ministre de la Santé actuel, Gaétan Barrette. Est-ce que les gestionnaires s’en inspirent ? Il faudrait croire que oui », a poursuivi Mme Gingras.

« Ce qu’on demande, c’est que la situation cesse pour que ça devienne attractif et plaisant de travailler dans le domaine de la santé », a ajouté le coordonnateur responsable des griefs du syndicat, Gilles Lévesque.

Malgré le nombre de cas signalés, le syndicat dit ne pas avoir de raisons de croire que la situation soit plus dramatique à Québec qu’ailleurs.

Selon un sondage réalisé en mai par la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN) auprès de 13 000 travailleurs(ses) de la santé, près de 80 % d’entre eux ont vu leur charge de travail augmenter depuis 3 ans et 42 % ont été en arrêt de travail au cours de la même période.