Le code postal comme indicateur de votre santé

À Montréal, les chercheurs veulent évaluer l’ensemble de la ville, car beaucoup de choses y sont en constant changement: des nouvelles pistes cyclables, du nouveau mobilier urbain, des arbres, des passages piétonniers, des ruelles…
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir À Montréal, les chercheurs veulent évaluer l’ensemble de la ville, car beaucoup de choses y sont en constant changement: des nouvelles pistes cyclables, du nouveau mobilier urbain, des arbres, des passages piétonniers, des ruelles…

L’aménagement de nos villes a un impact à long terme sur notre santé. C’est le postulat de base d’une équipe de l’Université de Montréal qui cherche à recruter pas moins de 10 000 personnes pour évaluer leur santé en fonction de leur code postal.

« La façon dont nous nous déplaçons et participons à la vie quotidienne influe sur notre risque d’avoir des problèmes de santé, comme les maladies cardiaques, le diabète et certains cancers », indique Yan Kestens, professeur au Département de médecine sociale et préventive l’Université de Montréal.

Selon lui, notre code postal est un « puissant indicateur de notre santé » et il entend le démontrer grâce au projet Interact, une recherche pancanadienne qui étudie l’impact des investissements en infrastructures sur la santé de la population. Quatre villes serviront de « laboratoires vivants » pour les prochaines années : Vancouver, Victoria, Saskatoon et Montréal.

« Un nouveau corridor vert sera évalué à Vancouver, tandis qu’à Victoria on veut regarder l’impact d’un réseau de pistes cyclables. À Saskatoon, les chercheurs vont s’intéresser à l’élaboration d’un parcours d’autobus rapide », énumère le professeur Kestens.

À Montréal, l’approche est différente, dit-il. « On veut évaluer l’ensemble de la ville, car beaucoup de choses sont en constant changement dans la métropole : de nouvelles pistes cyclables, du nouveau mobilier urbain, des arbres, des passages piétonniers, des ruelles, etc. »

10 000 citoyens scientifiques

Pour arriver à colliger toutes ces données, l’équipe de Yan Kestens a besoin d’un « gros échantillon » de personnes. « Nous serons en recrutement jusqu’en octobre et ce qu’on veut, c’est recruter 10 000 personnes sur l’île de Montréal, à Laval, à Longueuil et à Brossard. À ce jour, nous en avons déjà près de 1000, donc ça va bien », explique-t-il. Pour faciliter le recrutement, des avis ont été affichés sur les réseaux sociaux et des lettres ont été directement envoyées à des citoyens. « Nous sommes aussi en contact avec les arrondissements et avec des organisations comme Vélo Québec. »

L’objectif est de rejoindre des gens de « tous les milieux », notamment des personnes défavorisées et des personnes âgées. « C’est important pour nous parce que nous voulons aussi recruter des gens qui ne sortent pas souvent pour avoir un portrait plus près de la réalité », fait valoir le professeur.

Ceux qui veulent devenir des « citoyens scientifiques » disposent de trois options de participation. « Ils peuvent simplement remplir un questionnaire en ligne, télécharger une application sur leur téléphone intelligent ou bien se prêter au jeu en portant un appareil spécial. »

Remplir le formulaire prend environ une heure, tandis que l’application enregistre des données pendant 30 jours, comme la position GPS et l’accéléromètre, c’est-à-dire vos déplacements quotidiens à pied. L’appareil spécial, comparable à un téléavertisseur, enregistre la dépense énergétique en plus des autres données recensées par l’application. « Les développements technologiques récents nous permettent de récolter des données individuelles précises », explique Yan Kestens.

Une fois les 10 000 participants recrutés, l’équipe de recherche de Yan Kestens compte interroger les participants de nouveau tous les deux ans, et ce, jusqu’en 2021. « On aimerait voir les effets potentiels liés à l’embourgeoisement. Par exemple, on veut voir si les investissements en infrastructure forcent les gens pauvres à déménager », précise le professeur Kestens.

Les personnes intéressées peuvent se rendre sur le site Internet d’Interact pour participer à l’étude.

Montréal, une ville à la santé «inégale»

La Direction régionale de santé publique recense depuis le début des années 1990 des données sur l’espérance de vie à Montréal. Les statistiques varient beaucoup selon les quartiers, comme le montrent celles recueillies entre 2010-2014.

Espérance de vie la plus courte :

Hochelaga-Maisonneuve : 76,1 ans

Pointe-Saint-Charles : 76,8 ans

Montréal-Centre-Sud : 77,7 ans

Espérance de vie la plus longue :

Parc-Extension : 88,1 ans

Côte-des-Neiges : 86,8 ans

Mont-Royal : 86,4 ans