La santé publique de Montréal en faveur de la décriminalisation des drogues

140 personnes sont mortes à cause d’une intoxication apparente aux drogues dans la métropole québécoise entre le 1er juin 2017 et le 30 juin 2018.
Photo: Spencer Platt Getty Images Agence France-Presse 140 personnes sont mortes à cause d’une intoxication apparente aux drogues dans la métropole québécoise entre le 1er juin 2017 et le 30 juin 2018.

Après la Ville de Toronto la semaine dernière, c’est maintenant au tour de la Direction régionale de santé publique (DRSP) de Montréal d’appuyer la décriminalisation de la consommation de toutes les drogues. La mesure pourrait réduire les méfaits et les décès liés aux opioïdes, selon elle.

« On sait que la décriminalisation est une mesure efficace, qui a été expérimentée ailleurs dans le monde avec de bons résultats », déclare vendredi au Devoir la Dre Mylène Drouin, directrice de la DRSP de Montréal.

Si la Dre Drouin appuie la mesure, c’est surtout par solidarité envers ses collègues à Toronto et à Vancouver, où la crise des opioïdes est sévère et la situation, presque désespérée. « Ces villes ont déjà déployé l’ensemble de leur arsenal pour contrôler la crise des opioïdes, mais le problème persiste, explique la Dre Drouin. La situation n’est pas aussi grave à Montréal, il y a encore beaucoup de mesures que nous pouvons mettre en place avant de penser à la décriminalisation. »

Tout de même, 140 personnes sont mortes à cause d’une intoxication apparente aux drogues dans la métropole québécoise entre le 1er juin 2017et le 30 juin 2018. À Toronto, on compte 303 décès liés à des surdoses d’opioïdes au cours de l’année 2017.

Dans le cadre d’une décriminalisation, la consommation de drogues demeure interdite, mais n’entraîne pas de sanctions criminelles. Toutefois, les contrevenants demeurent exposés à des amendes ou à des sanctions administratives.

Dans la foulée de Toronto

Lundi, la Commission de la santé publique de Toronto, qui dépend de la municipalité, se déclarait en faveur de la décriminalisation des drogues après la lecture d’un rapport produit par la directrice de la santé publique de la ville, Eileen de Villa. Grâce à de nombreuses entrevues avec des acteurs du milieu et à l’analyse d’études indépendantes, cette dernière arrivait à la conclusion que la criminalisation des drogues pousse les consommateurs à adopter des comportements risqués pour échapper aux forces de l’ordre, entraîne le partage de seringues et favorise le développement du crime organisé.

La Dre de Villa insistait aussi sur l’importance de considérer les drogues comme un enjeu de santé publique, et non comme un problème de criminalité.

Dès l’adoption de leur nouvelle position, les autorités torontoises ont lancé un appel à leurs collègues partout au pays afin de trouver des appuis. Le message a bien été entendu à la DRSP de Montréal. « Nous examinerons la question de la décriminalisation avec les directions de la santé publique des autres grandes villes canadiennes, et nous tenterons de développer une position commune, explique la Dre Drouin. Puisque les leviers sont au niveau fédéral, on se doit de travailler dans une perspective canadienne. »

L’Institut national de la santé publique du Québec, de son côté, ne s’est pas penché sur la question de la décriminalisation des drogues. L’institut fonctionne par mandats, explique une porte-parole, et Québec n’a pas commandé d’étude à ce sujet.

La naissance d’un mouvement ?

Tandis que les ravages causés par les opioïdes ne cessent pas, et que l’opinion publique sur les drogues est en pleine évolution, la décriminalisation fait parler dans plusieurs pays du monde.

En mai dernier, le prestigieux British Medical Journal appuyait dans un éditorial la décriminalisation de toutes les drogues. « La question n’est pas de savoir si la consommation de drogues est bonne ou mauvaise, pouvait-on y lire. Notre position, basée sur les faits, s’inscrit plutôt dans une approche de santé publique et a pour objectif de diminuer la violence. »

En entrevue, la Dre Drouin mentionne aussi le cas du Portugal, qui a décriminalisé toutes les drogues en 2001. À la fin des années 1980, un Portugais sur cent était aux prises avec un problème de dépendance à l’héroïne. « En réduisant la judiciarisation, le Portugal a obtenu d’importants gains économiques, qu’il a ensuite réinvestis dans la réhabilitation des personnes aux prises avec des problèmes de dépendance. » « La déjudiciarisation facilite la réinsertion sociale », note-t-elle.

2 commentaires
  • Daniel Lafrenière - Inscrit 28 juillet 2018 05 h 09

    Un rythme infernalement lent

    Ah bien oui! Décriminaliser? Quel beau mot! Faudra bien sur évaluer combien ça va raporter en terme d'argent $$$ comme dans tout ce que l'on fait...Qui se soucie d'une pute plantée sur le coin de la rue à attendre son prochain client pour pouvoir se procurer un instant d'ivresse?
    Faut savoir que ce sont les femmes qui sont les vaches à lait des pushers en majorité et elles sont obligées pour la plupart de se prostituer pour se payer leur drogue. Maintenant qui est vraiment responsable du nombre de toxicomanes si ce n'est pas les inégalités dans le partage des richesses, si ce n'est pas le mensonge et la corruption des grosses boutiques. Si ce n'est pas l'hypocrésie des pouvoirs en place. Les monopoles actuels et passés, qu'ils soient politiques ou religieux n'ont qu'a lâcher du leste, c'est dans leur obsession pour la richesse et le contôle que prennent racines les inégalités et injustices sociales.
    Qu'on s'attaque aux causes si on veut faire un changement significatif, qui ne prendra pas cent ans à exercer des effets.
    Décriminaliser ''good'' c'est déjà ça...On se croirait encore au temps ou le jugement et l'oppression étaient partout, vous savez ce temps ou l'église nous disait que l'humain est sale partout et en tout...

  • Paul Gagnon - Inscrit 29 juillet 2018 08 h 19

    Sale?

    @Daniel Lafrenière
    À vous lire, je crois bien que l'humain est effectivement sale sauf... les purs évidemment.