Sida 101 au Cirque du Soleil

À Amsterdam la semaine dernière, le Dr Réjean Thomas a donné des ateliers sur le sida devant les artistes et les artisans de la troupe qui présente le spectacle Dralion, du Cirque du Soleil. Une faune bigarrée, multiculturelle, où les très jeunes côtoient les assez vieux, où des Russes jouent avec des Britanniques, des Espagnols et des Québécois. Un concentré du monde, du vrai, avec, comme de fait, une bonne part d'humains d'origine chinoise.

«La diversité des connaissances sur le sida correspond à la diversité des communautés d'origine du personnel du cirque, dit le médecin, interviewé hier. C'est la société des nations, avec beaucoup d'angoisses et de peur pour certains. Par exemple, c'est évident que les Chinois et les Européens de l'Est comme les Russes ont très peu d'information sur le sida, un peu comme nous en Amérique du Nord au début des années 1980. Par contre, à la fin de la rencontre à Amsterdam, les Chinois, reconnus comme réservés, m'ont bombardé de questions. C'est un signe encourageant.»

L'affaire Cusick

La tournée du consultant découle de l'affaire Matthew Cusick, qui a connu un dénouement légal cette semaine. Le gymnaste séropositif a été embauché puis congédié l'an dernier par le Cirque du Soleil, qui s'est ensuite excusé de cette erreur. La compagnie lui a versé plus de 800 000 $ en dédommagement cette semaine.

«Des gens du cirque m'ont consulté alors que la décision était prise de congédier Matthew, explique Réjean Thomas. Je leur ai dit qu'à mon avis ils avaient fait une erreur et je leur ai expliqué pourquoi, en parlant des modes de transmission du sida. Ils m'ont alors offert de donner une série de conférences sur le sujet aux employés de la compagnie. J'ai accepté à condition que Matthew soit réembauché. J'ai passé ma vie à défendre les malades, je ne pouvais pas contourner ce principe de base. À la longue, le cirque a changé son opinion et a même offert à Matthew de reprendre le même poste, sur scène. Cet acte d'humilité et de générosité m'a plu de la part d'une grande entreprise. J'ai donc accepté de faire la tournée.»

Il a commencé par Las Vegas il y a un mois. Puis il est passé par les Pays-Bas et Lyon. Plus tôt cette semaine il était à Atlanta et le lendemain, à Orlando. C'est là que Le Devoir l'a joint. «Après j'irai à Denver et à Vancouver, où je pourrai attraper les artistes venant d'Asie, en tournée nord-américaine, dit le médecin à l'agenda de ministre. J'ai aussi travaillé à Montréal. Il faudra ensuite reprendre le travail avec les nouveaux employés.»

Il parle lui-même d'«un cours du genre "sida 101"», d'«une formation de base sur les réalités de cette maladie». Il ajoute que le milieu des athlètes, qu'on retrouve en très grand nombre au cirque, nécessite une approche particulière. «C'est un milieu jeune et le cirque mélange des gens très conservateurs et d'autres très ouverts qui vivent leur homosexualité ouvertement. Les craintes autour de Matthew venaient du fait que les acrobates se blessent souvent et saignent. Je ne nie pas cette réalité. Seulement, la littérature spécialisée n'a jamais enregistré de contamination dans le cadre d'une activité sportive. Il faut donc définir des précautions.»