La transmission d'ITS continue d'augmenter partout au Canada

De 2010 à 2015, le taux de syphilis infectieuses au Canada a augmenté de près de 86%.
Photo: Dr. E. Arum; Dr. N. Jacobs / La Presse canadienne De 2010 à 2015, le taux de syphilis infectieuses au Canada a augmenté de près de 86%.

Les taux d’infections transmissibles sexuellement (ITS) continuent d’augmenter partout au Canada, préviennent des experts de la santé publique, qui évoquent un certain nombre de raisons pour expliquer l’augmentation des cas de gonorrhée, de chlamydia et de syphilis.

« En général, toutes les infections transmissibles sexuellement ont augmenté au cours des 20 dernières années », a déclaré Jason Wong, un médecin épidémiologiste du Centre de contrôle des maladies de la Colombie-Britannique (BCCDC), qui surveille les cas d’infections transmissibles sexuellement.

La croissance des applications de rencontres y est possiblement pour quelque chose, bien qu’aucune étude n’ait été menée pour prouver un lien entre les connexions en ligne et la propagation des ITS, a déclaré M. Wong.

« Logiquement, il est plus facile de trouver des occasions de relations sexuelles et de rapports sexuels anonymes qu’avant, ce qui complique la tâche des responsables de la santé publique lorsque vous ne savez pas qui est le contact pour les personnes qui ont été exposées. La technologie sert certainement à […] se connecter (plus rapidement) avec des partenaires sexuels », a-t-il dit.

Le docteur Wong explique également que plus de gens semblent avoir des rapports sexuels sans préservatif, y compris dans la communauté gaie, qui était autrefois à l’avant-garde des campagnes de sexualité sans risque en réponse à l’épidémie de VIH-SIDA.

« Mais avec le traitement du VIH qui est vraiment efficace, maintenant qu’il s’agit essentiellement d’une maladie chronique, le problème de contracter le VIH a beaucoup diminué et cela risque d’entraîner une réduction de l’utilisation du préservatif », a-t-il dit.

L’an dernier, la Colombie-Britannique a enregistré 3295 cas de gonorrhée, une baisse par rapport aux quelque 3700 cas notés l’année précédente, mais un bond important par rapport à 2012, quand seulement 1400 cas avaient été signalés.

De l’autre côté du pays, la Nouvelle-Écosse a également remarqué une augmentation constante des cas de gonorrhée et de chlamydia depuis 2016, principalement dans la région de Halifax, a déclaré le docteur Trevor Arnason, le responsable médical de la région qui englobe notamment la capitale.

« En 2018, nous constatons un peu plus du double du nombre de cas que ce que nous attendions d’après les données des trois années précédentes pour la province, a-t-il déclaré. Normalement, nous nous attendions à ce qu’une cinquantaine de cas soient signalés à la fin d’avril, et plus de 100 cas ont été signalés dans toute la province. »

Environ 85 % d’entre eux ont été enregistrés à Halifax et dans les environs.

Il y a eu une augmentation lente des cas de chlamydia en Nouvelle-Écosse depuis 2007, mais pas de hausse rapide du nombre d’infections observées avec la gonorrhée, a indiqué M. Arnason, qui note que les cas de syphilis diminuent depuis 2013, après une éclosion chez les hommes ayant des rapports sexuels avec les hommes en 2009.

En plus de la réduction de l’utilisation du préservatif, le docteur Arnason estime que le nombre croissant de personnes ayant des relations sexuelles avec plusieurs partenaires est une source de préoccupation, un phénomène peut-être facilité par les sites de réseaux sociaux et les applications de rencontres.

« Nous savons que la grande majorité de nos cas sont diagnostiqués chez les moins de 30 ans et plusieurs d’entre eux sont diagnostiqués dans des cliniques de santé sexuelle universitaires ou collégiales », a-t-il déclaré lundi à Halifax, une ville qui accueille plusieurs établissements d’enseignement postsecondaire.

La vaccination des jeunes filles et de nombreux garçons au Canada contre le papillomavirus humain — une cause majeure de cancer du col de l’utérus — et les changements apportés aux lignes directrices recommandant que les femmes à faible risque soient moins souvent examinées que précédemment, signifient qu’il y a probablement moins de dépistage de la gonorrhée et de la chlamydia, a expliqué le docteur Arnason. Ces tests d’ITS étaient souvent effectués en même temps qu’un test de Papanicolaou.

« Encore une fois, nous n’avons aucune certitude, mais on craint que les gens ne subissent pas de tests aussi fréquemment, ce qui entraîne une tendance à long terme de transmission accrue », a-t-il dit.

À l’échelle nationale, les statistiques confirment que les ITS bactériennes sont à la hausse dans les provinces et les territoires. L’Alberta, par exemple, a enregistré 4763 cas de gonorrhée en 2017, comparativement à environ 3700 l’année précédente.

En 2015, la dernière année pour laquelle des chiffres nationaux sont disponibles, il y a eu près de 116 500 cas de chlamydia, l’ITS la plus souvent déclarée au Canada, les femmes représentant les deux tiers des infections, selon l’Agence de la santé publique du Canada. Entre 2010 et 2015, les taux de chlamydia ont augmenté de près de 17 %.

La gonorrhée est la deuxième ITS la plus fréquemment signalée au pays. Environ 19 845 cas ont été enregistrés en 2015, soit une augmentation de plus de 65 % par rapport à 2010. Les hommes avaient des taux plus élevés que les femmes, avec le plus grand nombre de cas chez les 15 à 29 ans, dit l’ASPC.

De 2010 à 2015, le taux de syphilis infectieuses au Canada a augmenté de près de 86 %. En 2015, 3321 cas ont été signalés, dont près de 94 % chez les hommes. Les personnes âgées de 20 à 39 ans présentaient les taux les plus élevés et les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes étaient parmi les plus à risque.

Alors que les trois ITS peuvent être traitées avec succès avec des antibiotiques, la chlamydia non traitée et la gonorrhée peuvent entraîner une maladie inflammatoire pelvienne chez les femmes, affectant la fertilité. Non traitée, la syphilis peut causer des dommages au cerveau, aux nerfs, aux yeux, au système cardiovasculaire, aux os et aux articulations. Dans les cas extrêmes, cela peut être fatal.

Concernant la gonorrhée, le docteur Wong du BCCDC explique que les médecins surveillent une souche rare de la bactérie qui est devenue résistante à l’un des antibiotiques standard utilisés depuis longtemps pour soigner la maladie, et qui a été notée chez une Québécoise l’an dernier — le premier cas de ce genre en Amérique du Nord. Environ une demi-douzaine de cas ont été signalés dans le monde, notamment au Japon et ailleurs en Asie.

La femme québécoise n’avait pas voyagé en Asie, mais son petit ami s’était rendu en Thaïlande et en Chine et avait eu des relations sexuelles non protégées dans les deux pays, ont rapporté des chercheurs.

Conséquemment, poursuit le docteur Wong, les responsables de la santé publique surveillent de près les cas de gonorrhée « parce que nous avons certaines inquiétudes que nos traitements ne seront plus efficaces ».

La prévention est la clé, a-t-il dit, en soulignant que l’utilisation du préservatif est parmi les meilleurs moyens de se protéger contre l’infection.

« Ce ne sont pas seulement les » microbes « auxquels nous devons penser, ce sont les réseaux de personnes et comment ils se connectent entre eux et il faut réfléchir à ce que nous pouvons faire pour empêcher les infections ou les complications, a-t-il déclaré. Mais nous examinons également ce que nous pouvons faire au niveau de la population, ce qui pourrait supprimer le potentiel d’exposition à ces infections. »