Guichet d’accès: Barrette dénonce le manque d’éthique de certains médecins

Le ministre de la Santé Gaétan Barrette
Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne Le ministre de la Santé Gaétan Barrette

Les médecins de famille qui boudent le guichet d’accès en choisissant leurs patients en fonction de critères d’âge, d’ethnie et de problèmes de santé ont un comportement contraire à l’éthique, selon le ministre de la Santé Gaétan Barrette.

« Ça ne se défend pas. Absolument pas », a déclaré le ministre mercredi matin. Comme l’avait rapporté Le Devoir, un rapport de la protectrice du citoyen a reproché à certains médecins montréalais d’être trop sélectifs dans le choix de leurs patients.

Ce phénomène contribue aux ratés du guichet d’accès pour les gens sans médecin de famille dans la métropole, avance-t-on.

« L’attribution des patients dans cette région est presque exclusivement faite de façon particulière afin de pouvoir respecter les demandes spécifiques des médecins (origine ethnique, âge ou problématique de santé spécifique », peut-on lire dans le rapport rendu public mardi.

Selon le ministre Barrette, la protectrice du citoyen « a absolument raison.

« Par contre, il faut qu’elle prenne en considération le fait que, dans les relations que nous avons avec les médecins, je n’ai pas le pouvoir direct de dire : docteur, vous allez prendre tel patient », a-t-il ajouté.

« La loi 20, c’était fait pour que les médecins aient une pression pour prendre des patients en charge. On est en train de resserrer les règles et de faire énormément de pression sur la Fédération des médecins omnipraticiens pour régler ça. » Il a ensuite souligné que c’était contraire à l’éthique et « inacceptable ».

Au Collège des médecins, on souligne que les médecins ne peuvent pas se faire imposer la prise en charge d’un patient. « En vertu de l’article 23, le médecin ne peut pas refuser de traiter le patient qui est devant lui », souligne la porte-parole du Collège des médecins, Leslie Labranche. « Mais ce n’est pas la même chose pour la prise en charge. »

D’emblée, le Collège trouve que le rapport de la protectrice aurait pu apporter plus de précisions sur cette question. « On manque d’information pour porter un jugement. »

Peur des cas lourds

Dans son rapport, la protectrice explique que des coordonnateurs des guichets d’accès pour la clientèle orpheline (GACO) à Montréal se disent « impuissants face au refus de certains médecins de collaborer à la prise en charge de nouveaux patients ».

La situation est jugée d’autant plus préoccupante dans la métropole que le taux d’inscription à un médecin de famille est parmi les plus faibles au Québec.

En décembre, il s’élevait à 66 % alors que la moyenne est de 78,3 % et la cible gouvernementale, de 85 %.

Mercredi, Le Devoir a cherché en vain à joindre des coordonnateurs de GACO pour en savoir davantage. Or, ailleurs, on nous confirme que le GACO est mal vu par bien des médecins.

« Les gens préfèrent utiliser le bouche-à-oreille et l’autoréférencement », explique Dominique Hotte, co-porte-parole du Regroupement des omnipraticiens pour une médecine engagée (ROME).

La perception voulant qu’on y retrouve beaucoup de cas lourds souvent non diagnostiqués est très répandue, dit-elle. De plus, les imprécisions dans les formulaires font en sorte que des personnes en bonne santé sur papier se révèlent être des cas beaucoup plus complexes quand la prise en charge débute.

Article 23 du Code de déontologie des médecins omnipraticiens du Québec

« Le médecin ne peut refuser d’examiner ou de traiter un patient pour des raisons reliées à la nature d’une déficience ou d’une maladie ou au contexte dans lequel cette déficience ou cette maladie présentée par ce patient est apparue ou pour des raisons de race, de couleur, de sexe, de grossesse, d’état civil, d’âge, de religion, d’origine ethnique ou nationale ou de condition sociale de ce patient ou pour des raisons d’orientation sexuelle, de moeurs, de convictions politiques ou de langue. »