Combien de patients pour une infirmière?

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
La lutte de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec concernant ces ratios remonte aux négociations de la dernière convention collective.
Photo: iStock La lutte de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec concernant ces ratios remonte aux négociations de la dernière convention collective.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

C’est une petite révolution qui a lieu actuellement dans le monde de la santé : le 29 mars dernier, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, et la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), Nancy Bédard, ont annoncé le lancement des projets-pilotes sur les ratios professionnels en soins/patients.

La lutte de la FIQ concernant ces ratios remonte aux négociations de la dernière convention collective. « Les demandes provenant de nos membres étaient de diminuer la charge de travail », rappelle Jérôme Rousseau, vice-président de la FIQ. « Cette lutte s’est terminée par une lettre d’entente dans laquelle il est stipulé que ce sera dans le cadre de projets-pilotes que seront déterminées la faisabilité et la pertinence d’établir des ratios professionnels en soins », explique-t-il. À la suite de nombreux échanges, le mandat de la FIQ est aujourd’hui de déterminer des ratios et aussi de les implanter.

C’est avec une démarche précise que la FIQ procède à cette implantation. « Dans un premier temps, on a ciblé les unités de médecine, de chirurgie et les CHSLD pour les 13 premiers projets », déclare Jérôme Rousseau, qui ajoute que, « dans les régions où ces projets sont implantés, on a visé différentes unités de soins pour obtenir un portrait global. » On le sait, les niveaux de soins varient énormément qu’on travaille dans un hôpital universitaire ou dans un centre hospitalier en région, de soir, de nuit ou de jour.

« Pour le ministre Barrette, il est clair que ces projets tracent la voie au déploiement de nouveaux ratios pour l’ensemble du réseau », lance, confiant, le vice-président. La FIQ en est arrivée à déterminer que, pour un travail de jour en médecine et en chirurgie, une infirmière, accompagnée d’une infirmière auxiliaire, pouvait prendre en charge de 7 à 9 patients. Si actuellement ce nombre est de 11 à 14, il est évident que les ratios visés nécessiteront de nouvelles embauches. « Le ministre a déjà annoncé des discussions avec ses homologues au ministère de l’Éducation pour l’établissement d’un plan pour les années à venir », précise Jérôme Rousseau.

Le déploiement des projets-pilotes prévoit deux grandes phases. Nous en sommes actuellement à la préimplantation qui implique d’aller sur le terrain pour observer l’état de la situation : déterminer le nombre d’infirmières et de préposés et évaluer les problèmes logistiques d’une unité de soins. « On doit aussi mesurer le niveau de soins et s’assurer que les infirmières sont vraiment dans leur champ de pratique », précise le vice-président. Cette phase pourra durer jusqu’à deux mois parce que c’est à ce moment que seront discutés les moyens pour la mise en place des nouveaux ratios qui nécessitera un ajout de personnel. Jérôme Rousseau précise qu’ainsi, « quand arrivera le jour J, on saura comment affecter le personnel et la planification aura déjà été faite ».

Actuellement, la phase de réimplantation des projets va bon train et devrait se poursuivre tout au long du mois de mai. On vise le début septembre pour entamer la phase d’implantation qui, elle, durera quatre mois. Cette démarche vise les 13 premiers projets. Quatre autres devaient voir le jour dans différentes unités de soins ; l’urgence, les soins à domicile, l’inhalothérapie et dans les soins de longue durée.

Depuis quelques années, le réseau d’hôpitaux publics de la Californie a fait l’exercice de modifier ses ratios. Aujourd’hui, on voit revenir des infirmières qui avaient quitté leur emploi pour le secteur privé et il y a eu des campagnes pour attirer les jeunes dans les facultés de soins infirmiers. « Quand il y a un plan national où les ministères de la Santé et de l’Éducation travaillent main dans la main, on améliore les conditions et l’image de la profession et l’attractivité revient… et c’est ce qui s’est passé en Californie », raconte Jérôme Rousseau, qui croit qu’on ne pourra pas y arriver en une seule année, mais qui reste sûr qu’un jour ou l’autre ça va se réaliser.

On ne peut passer sous silence la question des coûts puisqu’un tel déploiement n’est pas sans conséquence. On peut alors se questionner sur l’avantage d’un tel changement de cap pour un gouvernement. « Les impacts liés à l’amélioration des ratios sont importants : diminution des heures supplémentaires et de l’absentéisme et la réduction du nombre d’erreurs professionnelles ont été observés en Californie », souligne encore Jérôme Rousseau.

Le vice-président conclut : « Il y a une multitude d’avantages liés à l’implantation des ratios. Actuellement, il faut que les sommes qui sont dépensées dans le réseau de la santé soient mises au service des patients et des professionnels pour assurer des soins de qualité et sécuritaires. »