Montréal: des médecins de famille rabroués par le Protecteur du citoyen

C’est à Montréal que la faible participation des médecins au guichet d’accès est «la plus problématique».
Photo: Philippe Huguen Agence France-Presse C’est à Montréal que la faible participation des médecins au guichet d’accès est «la plus problématique».

Un grand nombre de médecins montréalais boudent le guichet d’accès à un médecin de famille parce qu’ils préfèrent choisir leurs patients eux-mêmes en fonction de « l’origine ethnique, [de] l’âge et [de] la problématique de santé », déplore dans un rapport le Protecteur du citoyen.

C’est à Montréal que la faible participation des médecins au guichet d’accès est « la plus problématique », note le Protecteur dans un rapport rendu public mardi. « En effet, l’attribution des patients dans cette région est presque exclusivement faite de façon particulière afin de pouvoir respecter les demandes spécifiques des médecins (origine ethnique, âge ou problématique de santé spécifique ».

Les médecins de famille n’ont pas l’obligation de passer par le guichet pour se trouver des patients. Or des coordonnateurs des guichets d’accès pour la clientèle orpheline (GACO) rencontrés durant l’enquête du Protecteur du citoyen se sont plaints de leur manque de coopération. Ils se disent « impuissants face au refus de certains médecins de collaborer à la prise en charge de nouveaux patients ». Le rapport précise que ce problème a en outre été soulevé « avec insistance » par les personnes qui portent plainte à son bureau.

Vivre sans médecin

La situation est jugée d’autant plus préoccupante que le taux d’inscription à un médecin de famille est parmi les plus faibles au Québec. En décembre, il s’élevait à 66 % alors que la moyenne est de 78,3 % et la cible gouvernementale, de 85 %.

À défaut d’avoir le pouvoir de faire des recommandations aux médecins, le Protecteur du citoyen presse le ministère de la Santé « d’aider les GACO de Montréal à augmenter l’attribution de personnes auprès d’un médecin de famille, tout en s’assurant l’équité d’accès ».

À la Fédération des médecins omnipraticiens (FMOQ), on réfute l’idée que les médecins « magasinent » leurs patients. « Il ne faudrait pas voir ça comme ça », avance le deuxième vice-président de la FMOQ, Sylvain Dion. « Un médecin, par exemple, qui a davantage une pratique en toxicomanie ou en pédiatrie peut faire une demande d’attribution particulière, dit-il. Un médecin qui se concentre davantage en suivi de grossesses et de bébés, on peut comprendre qu’il ne veuille pas faire de la gériatrie. »

Quant au critère de l’origine ethnique, il s’en étonnait. « Ça, je ne pourrais pas vous dire. Peut-être que c’est dans Côte-des-Neiges, où certains disent : “Je vais prendre seulement des réfugiés parce qu’il y en a tellement dans le coin.” »

Au-delà des exigences des médecins, le rapport déplore le fait que les formulaires que doivent remplir les nouveaux inscrits sont imprécis, ce qui a pour effet de mal prioriser les cas. Il note aussi que des patients qui sont dirigés vers un médecin attendent ensuite « jusqu’à sept mois » avant de le voir. Or, au cours de cette période, les patients ne sont plus disponibles sur la liste pour être dirigés vers un médecin pouvant procéder plus rapidement.

Interpellé par l’opposition péquiste durant la période de questions, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a dit que le guichet était un « nouvel outil » et qu’il y avait certes des choses à améliorer, mais qu’il préfère se concentrer sur les progrès réalisés dans l’accès aux médecins de famille. « On peut voir le verre à moitié plein, on peut le voir à moitié vide, mais la réalité est que le guichet a fonctionné et continue à fonctionner. »