Québec critiqué pour son manque de clarté sur l’entente avec les médecins

Le président du Conseil du trésor, Pierre Arcand, a confirmé les chiffres du «Devoir» sur la rémunération des médecins.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le président du Conseil du trésor, Pierre Arcand, a confirmé les chiffres du «Devoir» sur la rémunération des médecins.

Les partis d’opposition ont écorché mercredi l’entente de Québec avec les médecins spécialistes, en plus de reprocher au gouvernement Couillard son « manque de transparence », puisque Le Devoir a révélé que l’accord qu’il a conclu coûtera à terme au moins 4 milliards de dollars, soit deux fois plus que le montant véhiculé depuis février par les médias.

« Ce dont on est surpris, c’est évidemment ce manque de transparence et d’explications qui proviennent du gouvernement », a reproché la députée péquiste Véronique Hivon lors d’une mêlée de presse.

Le débat s’est transporté à la période des questions. « Est-ce que c’est parce que ce gouvernement a honte de présenter ses cadeaux démesurés, indécents qu’il dissimule les vrais chiffres aussi longtemps ? » a interrogé la péquiste Diane Lamarre.

« Ces chiffres-là sont connus, s’est défendu le président du Conseil du trésor, Pierre Arcand. Les ententes sont publiées sur les sites Web, également elles vont être revérifiées par la vérificatrice générale. Alors, M. le Président, le gouvernement est tout à fait transparent dans ce dossier-là. » La vérificatrice générale du Québec doit en effet déposer un rapport préélectoral avant le prochain scrutin.

Avec les journalistes, M. Arcand a reconnu que les chiffres du Devoir sont « les bons chiffres », mais a précisé que « ça dépend de la façon dont vous les interprétez ».

Un rattrapage « effectué », dit le premier ministre

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le président du Conseil du trésor, Pierre Arcand

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a déploré la « clause cadenas » prévue à l’entente. « Ça veut dire que, d’ici 2023, même si on avait une étude qui montrait que les spécialistes au Québec sont plus payés que dans le reste du Canada, bien, il ne pourrait y avoir aucun ajustement », a-t-il lancé.

L’étude que l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS) réalisera pourra en effet entraîner une négociation à la hausse de la rémunération des spécialistes si ces derniers sont désavantagés par rapport à leurs collègues du reste du Canada. Mais dans le cas contraire, l’accord-cadre ne prévoit pas que l’enveloppe puisse être revue à la baisse.

Le premier ministre, Philippe Couillard, a une fois de plus reconnu que « le rattrapage a été effectué » pour les médecins spécialistes par rapport à leurs collègues ailleurs au pays. « Ce qui est clair, également, c’est que l’entente permet de protéger exactement ce qu’elle dit, puisqu’on fait diminuer le poids de la rémunération médicale dans le budget de la santé, ce qui était un enjeu important ; on a réussi à la ramener en bas de 20 %, à contrôler l’augmentation des masses de rémunérations médicales à 3 % », a-t-il justifié.

Le député caquiste Simon Jolin-Barrette a sommé le gouvernement Couillard de dévoiler « l’ensemble des chiffres » associés aux ententes avec les médecins.

Les accords-cadres sont publics, mais complexes

L’élu solidaire Amir Khadir, lui-même médecin spécialiste, a admis n’avoir jamais été avisé de ces chiffres par la FMSQ, dont il est membre. « Le détail de ces ententes est très compliqué, la rémunération à l’acte permet ce genre de tour de passe-passe où on n’y comprend rien, a-t-il déploré. Croyez-moi, la plupart des médecins, on n’a même pas le temps, si on veut faire notre travail, de regarder ces choses-là. »

La santé souffre encore de l’austérité, selon une étude

« Le choix fait par le gouvernement » de « concentrer » ses investissements en santé sur la rémunération médicale « explique en partie » le manque à gagner de « 5 à 7,5 milliards » de dollars en santé et services sociaux depuis 2013-2014, juge la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN). Cette dernière a mis à jour son analyse des budgets de la santé en tenant compte du plus récent budget du Québec, analyse dont Le Devoir a obtenu copie.

Cette étude estime que, depuis l’arrivée des libéraux au pouvoir en 2014, les manques à gagner cumulatifs se sont élevés à 406 millions de dollars en santé publique, à 227 millions de dollars en santé physique, 293 millions en déficience intellectuelle et autisme et 231 millions en santé mentale, pour ne nommer que ces secteurs.

Selon cette étude, « l’austérité n’est pas terminée », puisque le financement prévu au dernier budget ne serait toujours pas à la hauteur des besoins. Le président de la FSSS, Jeff Begley, en appelle à un débat urgent sur la rémunération médicale et sur les priorités de financement, notamment en prévention et en soins à domicile.
2 commentaires
  • Roxane Bertrand - Abonnée 26 avril 2018 08 h 23

    Autre critique....

    On pourrait aussi critiquer le gouvernement pour le manque de contrôle sur le retour de son investissement en santé, en plus du manque de contrôle de ses dépenses en santé!

  • Robert Morin - Abonné 26 avril 2018 09 h 56

    Arcand a aussi pris le champ...

    ... il me semble l'avoir entendu déclarer que les chiffres du Devoir additionnaient les rémunérations des spécialistes et des omnipraticiens, alors qu'il n'en était rien.