Un tatouage sans encre qui détecte les cancers

Dans une grande majorité des cas, les cancers sont détectés à un stade avancé, souvent trop tard pour qu’on puisse les guérir.
Photo: Joe Raedle Getty Images Agence France-Presse Dans une grande majorité des cas, les cancers sont détectés à un stade avancé, souvent trop tard pour qu’on puisse les guérir.

Une tête de mort, « I love mum », un scorpion, tout y était déjà passé. Tout, sauf peut-être « Attention, cancer ! ». Un tatouage biomédical mis au point par l’équipe de Martin Fussenegger, de l’École polytechnique fédérale de Zurich, permet de déceler la survenue de certains cancers en détectant un signal biologique précoce : un taux élevé et prolongé de calcium dans le sang (ou hypercalcémie). Il a été présenté le 18 avril dans la revue Science Translational Medicine.

Sans encre

Dans une grande majorité des cas, les cancers sont détectés à un stade avancé, souvent trop tard pour qu’on puisse les guérir. Pourtant, « dans le cas d’un cancer de la prostate ou du côlon, on a plus de 90 % de chances de soigner le patient si on détecte la tumeur à un stade précoce, explique Martin Fussenegger. Malheureusement, trop peu d’outils sont développés pour favoriser une détection rapide. »

Pour surmonter le problème, le biologiste et son équipe ont mis au point un tatouage qui devient plus foncé en cas de cancer précoce. Tatouage qui n’en est d’ailleurs pas vraiment un : il ne possède aucune encre, mais est composé de cellules injectées sous la peau et génétiquement modifiées de sorte qu’elles possèdent à leur surface des récepteurs qui captent le calcium. Lorsque le calcium s’y fixe en cas d’hypercalcémie, il déclenche la production de mélanine, le pigment responsable de la coloration foncée de la peau. Le tatouage devient alors plus foncé, alertant le patient.

Tatouage biomédical

« Tous les composants sont biocompatibles et existent naturellement dans l’organisme », fait valoir Martin Fussenegger. De quoi limiter par exemple les risques d’infection ou de rejet.

Seul un taux de calcium élevé sur une longue période va mener à la coloration des cellules. « En injectant ces cellules à un endroit donné sous la peau, nous sommes donc capables de détecter le possible développement d’une tumeur grâce à la simple apparition d’une tache ou d’un grain de beauté », ajoute Martin Fussenegger.

Pour le moment, ce tatouage a été testé chez des souris et sur des échantillons de peau de cochon. Une hypercalcémie peut être liée à d’autres maladies, comme des arythmies cardiaques. Pour éviter des diagnostics erronés, ce tatouage ne devrait s’adresser qu’à des patients à risque, tels que ceux qui ont déjà souffert d’un cancer par le passé. Mais ce dispositif, s’il venait à être utilisé en clinique, pourrait constituer un moyen supplémentaire de détecter des maladies avant qu’elles ne fassent des dégâts.